LA MORT DE L'ELEPHANT GOLIATH
il tomba lourdement, écrasant tout autour de lui, couchant des arbres dont la cime faillit s'abattre sur notre tête, s'effondrant avec fracas au milieu de lianes, de branches et de troncs brisés.
Nous nous approchons, et mes yeux contemplent le plus colossal éléphant que j'aie jamais abattu; ses défenses énormes dépassaient extérieurement sa bouche de i'",7o, ayant à leur sortie une circonférence de o'",55. Elles mesuraient en totalité 2", 41 et pesaient exactement même poids chacune, soit 52 kilogrammes. Quant à l'éléphant, sa taille, du garrot à la terre, était de 3", 695 (12'' 1/2). Une fois le sol déblayé, la hauteur de son flanc couché atteignait i'",79 (5'', II), c'est-à-dire qu'un homme de taille moyenne ne pouvait regarder par-dessus (i).
Je fis garder le crâne, avec l'intention de l'emporter en Europe avec les défenses ; il ne fallut pas moins de onze hommes supplémentaires pour ce trophée : six hommes pour le crâne nettoyé et vidé, sans le sousmaxillaire, deux pour chaque défense et un pour la mâchoire inférieure. Plus tard, les difficultés de transport et le manque de porteurs pour les objets indispensables m'obligèrent, à mon grand regret, à abandonner ces colis embarrassants ; cet énorme crâne resta dans les gorges des monts Mitoumba. Mais les défenses, elles, ont achevé le voyage. Elles constituent aujourd'hui les plus belles pièces de ma collection et font l'admiration de tous ceux qui les voient.
(i) Cette dernière dimension dépasse la moyenne que j'ai observée chez les mâles adultes : environ i"\66 (S^'.ô).
Dans les chapitres qui précèdent, j'ai raconté au lecteur quelques-uns des principaux épisodes de mes chasses aux éléphants. Puisse-t-il y avoir pris quelque intérêt ! C'est certainement la plus grande, la plus noble, la plus périlleuse chasse qui se puisse faire au monde. V^oici d'ailleurs sur ce sujet l'opinion du célèbre sportsman anglais, sir Samuel Baker, qui est une grande autorité en la matière (i) :
« Il est à la mode de soutenir que l'éléphant est une « créature inoffensive, et que, comme la girafe, c'est « péché de le détruire. Je puis dire que, pendant huit « ans à Ceylan et presque cinq ans en Afrique, j'ai « acquis la conviction que V éléphant est le plus formiez dahle adversaire avec lequel un sportsjuau puisse se « mesurer. L'espèce africaine est bien plus dangereuse « que celle des Indes, carie coup au frontn'estpaspos- « sible. Le chasseur est donc convaincu d'avance « que, pendant la charge, son arme lui sera inutile. »
(i) A//t' Tribittaries of Abysslnia, petite édition, 1S94, p. 360.
CRANE D'É.ÉPHANT. (\'oir p. 266.)