‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 145 sur 163 · POURSUITE DE LIONS · texte numérisé non relu

POURSUITE DE LIONS

en place à le regarder, le lion a disparu dans les herbes, et la famille entière, composée de cinq individus, les parents et trois lionceaux déjà grands se montre filant au petit trot. Nous nous lançons à sa poursuite ; mais, les herbes non brûlées devenant plus nombreuses, nous les perdons de vue. Du haut d'un arbre, Msiambiri les revoit et il distingue, derrière la termitière où nous les avons dérangés, les cornes d'un koudou. Ils sont donc repus, et peut-être se laisseront-ils approcher. Aussi continuons-nous à les suivre à grandes enjambées, et bientôt je les aperçois; mais ils sont trop loin pour que je puisse tirer. Un d'eux monte un instant sur une termitière pour nous regarder, puis il repart. Nous accélérons l'allure et voyons à plusieurs reprises toute la famille; la femelle marche devant avec les petits, le mâle ferme la marche. Il se retourne de temps à autre et nous lance un regard oblique. Quel colosse! Et il est sans crinière ! ! 1

La chaleur est terrible, je l'ai déjà dit, et les lions font halte de temps en temps, à l'ombre, comme las de marcher. Ahl nous voudrions bien en faire autant! A un certain moment ils reprennent le trot et franchissent une plaine presque nue sans me donner l'occasion d'un coup de fusil : ils sont à plus de cent mètres. Un petit bois de « mitsagnas » commence bientôt; nous le traversons à leur suite, et la lionne disparaît avec ses petits dans une étendue herbeuse où il est inutile d'aller les chercher! Il fait si chaud que nous n'avons pas la force d'exprimer des regrets.

Découragés, nous soufflons un instant sous un arbre; je remets mes chiens au cran de sûreté, je rends mon fusil à Kambombé, comme de coutume, et je tends la main pour recevoir mon bâton ; mais Kambombé a oublié de le ramasser quand je l'ai jeté. Il ne manque pourtant jamais de le faire; cette fois, dans l'émotion de la rencontre, il l'a complètement oublié. Je tiens à ce bâton qui est un vieux souvenir de chasse; je me décide donc à retourner là où nous l'avons laissé, et, au lieu de reprendre notre route, nous revenons sur nos pas, traversant la plaine et rentrant dans le petit bois. Alerte! Rodzani, qui

marche en avant, tombe presque sur le gros lion!

Celui-ci, qui était couché, se lève péniblement, s'écarte de notre route sur la droite et passe derrière nous pendant que, ayant repris mon fusil, je cours me poster dix mètres plus loin à une clairière où il va passer, car ici je suis gêné par les arbustes pour tirer

Accablé lui aussi par la chaleur, ainsi que par sa ventrée de viande, comme je l'ai vu après, il marche la tète basse, si basse que l'on ne voit que son dos qui ondule et ses épaules puissantes; il ne me regarde même pas, bien qu'il sache sûrement que je suis là. Je vise à la nuque, et quand il passe bien devant moi, à six mètres, feu!... Il s'abat comme un paquet avec un bruit mat.

Si le hasard n'avait pas voulu que l'oubli de ma canne nous fît rebrousser chemin, ce lion serait resté là tranquillement couché, tandis que nous le croyions

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