‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 147 sur 163 · UNE BONNE JOURNÉE · texte numérisé non relu

UNE BONNE JOURNÉE

enflé. Ce qui nous a trompés, c'est que nous n'avions pu distinguer sa crinière, qui, soit dit en passant, était fort belle. Ma balle a traversé les poumons et atteint le cœur en éclatant en deux endroits; j'avais manqué les omoplates, ce que je savais d'ailleurs, puisque le lion avait continué à courir. Quand il avait bondi en avant, j'avais bien pensé qu'il était fortement touché, mais je ne l'aurais pas cru si gravement atteint en le voyant disparaître au galop.

Trois lions dans une matinée! J'étais tellement heureux que tout le monde au camp reçut une triple gratification. L'opération de la photographie et du dépouillement fut répétée de nouveau. Quel dommage de m'être tant pressé les deux premières fois! Si j'avais différé jusqu'à midi, j'aurais pu photographier mes trois lions ensemble et moi avec. Mais je ne pouvais prévoir que j'aurais tant de chance ce jour-là, et les animaux se décomposent si vite, surtout les félins, qu'on ne saurait trop se dépêcher de mettre leur dépouille en sûreté. Je pourrais retourner dans la brousse pendant vingt ans encore sans retrouver pareille aubaine. Ce qui est exceptionnel, ce n'est pas d'avoir rencontré quatre lions, c'est d'avoir pu en tirer trois l'un après l'autre, posément, au fur et à mesure qu'ils se sont présentés.

J'arrive maintenant à une troisième chasse, moins extraordinaire à coup sûr, mais qui mérite d'être notée parce qu'elle s'est terminée par la capture de lionceaux.

Deux mois après la journée des trois lions, en dé-

cembre, l'expédition était en marche, et nous arrivions àl'eau vers trois heures de l'après-midi. A ce moment, je tue pour notre dîner un sanglier que j'aperçois. Les porteurs arrivent, le camp s'installe pour la nuit, et je vais, comme d'habitude, faire un tour aux environs, en quête de gibier. Kambombé seul m'accompagne. En descendant en aval du cours d'eau sur lequel nous avons campé, j'y vois de nombreuses traces de lions et je réfléchis à la façon d'installer un affût en cet endroit. Mais ces traces sont d'hier; y en a-t-il d'aujourd'hui? Je reste à explorer sur Tune des rives tandis que j'envoie Kambombé chercher sur l'autre. Je marche ainsi sans bruit sur le sol humide du bord, longeant une plaine à la végétation touffue qui surplombe la rivière d'un mètre environ. Voulant jeter un coup d'œil dans la plaine, je grimpe sur l'escarpement et je risque d'abord la tête, puis les épaules, puis le buste, au fur et à mesure que j'examine les environs; ceux-ci me paraissent déserts. A cent mètres pourtant je distingue quelque chose dans l'herbe : est-ce un tronc d'arbre coupé? est-ce un animal?

Je me lève un peu plus, l'objet remue. Je fais signe à Kambombé de venir, il m'a bientôt rejoint... Il ne peut pas se prononcer, lui non plus. Approchons. Pour cela, redescendons au niveau de la rivière, suivons sa rive sans bruit, puis remontons de nouveau. « C'est un lion! » dis-je, tandis que la tête de l'animal est maintenant à quatre-vingts mètres... « Ou un léopard », murmure Kambombé. En effet.

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