‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 148 sur 163 · CAPTURE DE LIO\'CEAUX · texte numérisé non relu

CAPTURE DE LIO\'CEAUX

de loin et vue par derrière, la tête de ces animaux se ressemble.

La bête se penche et se relève encore; elle a l'air occupée à quelque chose qui l'absorbe. Craignant de faire du bruit et de la déranger en m'approchant davantage, je décide de rester oii je suis, et je tire, visant entre les deux oreilles rondes, juste à la nuque...

Allons voir ce qui est advenu, car l'animal, léopard ou lion, a disparu. Longeant de nouveau le cours

d'eau, nous avançons avec prudence Kambombé

grimpant sur un arbre découvre que c'est une lionne : elle est étendue, immobile, la tête ensanglantée... Il aperçoit aussi des petits... Après quelques précautions destinées à nous assurer que la bête est bien morte, nous nous montrons. Deux lionceaux sont à côté du cadavre de la mère; elle en a écrasé un troisième dans sa chute : il agonise. Nous le retirons à la hâte de dessous le cadavre, mais il ne tarde pas à expirer.

La lionne est de taille moyenne; les petits doivent avoir quatre ou cinq jours ; ils sont gros comme les deux poings.

Kambombé file immédiatement avec un lionceau dans chaque main. Je lui recommande de se dépêcher et de revenir au plus tôt avec des hommes et ses camarades armés. Je reste à garder le corps de la lionne, me cachant derrière un arbre, immobile, avec l'espoir de voir arriver le père de famille. Le moindre bruit me fait dresser l'oreille, car je m'attends d'un instant à l'autre à son retour : s'il s'aperçoit que sa femme est

morte et que ses enfants ont disparu, il ne va pas être de bonne humeur, et gare à celui qui se trouvera sur son chemin!... Mais il ne vient pas(i)... Du bruit dans les herbes et un sifflement connu ne tardent pas à m'annoncer l'approche de mon monde. Leur signal signifie : peut-on se montrer? Sur ma réponse affirmative, ils paraissent. Les pieds de la lionne sont ligotés, une perche est passée entre eux, et en route pour le camp !

A Rodzani, qui conseillait de faire une palissade pour la nuit, me raconte-t-on, les autres avaient d'abord déclaré que cette précaution n'était pas nécessaire, et que l'on dormirait bien comme cela; que d'ailleurs il n'y avait pas d'épines, etc. Mais, après que Kambombé a apporté les petits lions au camp, après qu'on a compté les traces nombreuses de leurs parents au bord de l'eau, après qu'on a ramené le cadavre de la lionne, tout le monde change d'avis avec une rapidité et un accord parfaits; on a bientôt fait de trouver des monceaux d'épines et de construire une véritable fortification où on amoncelle assez de bois pour en brûler pendant deux nuits.

C'est dans cette place forte que nous nous retirons, et toute la nuit, à la lueur de grands feux, nous jouissons d'un concert de lions comme jamais nous n'en avons entendu. Le malheureux veuf a dû ameuter tout le voisinage, et l'on vient rugir jusque sous la palis-

(i) J'ai regretté, mais trop tard, de ne pas avoir attendu le lion à cet endroit ; il avait laissé les siens pour se mettre, sans doute, en quête de nourriture ; il fût sûrement revenu avant la nuit.

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