‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 37 sur 163 · CHANGEMENT DE RÉGION · texte numérisé non relu

CHANGEMENT DE RÉGION

soleil, aux arbres dénudés et tordus par la sécheresse, c'est au milieu d'une frondaison abondante que nous voici, dans un tableau enchanteur; les pluies n'ont pas cessé depuis trois mois, l'herbe nouvelle est déjà haute de deux pieds; les arbres sont chargés, les uns de feuilles, les autres de fruits sauvages; les oiseaux chantent gaiement; le ciel apparaît pur, entre deux averses : nous sommes en été. C'est la meilleure saison pour les éléphants et les buffles, la pire pour les lions, celle où ils sont le plus à craindre. C'est aussi le moment où l'on patauge partout, où rien n'est jamais sec, où l'on vit dans l'humidité, où l'on passe son existence à se mouiller, à se sécher, et où, le soir, pour couronner la journée, on se couche dans des couvertures humides sous le crépitement des ondées. Tout incommodes qu'elles soient, les tentes sont considérées comme des abris délicieux. Pour faire sa cuisine, il faut récolter son bois à l'avance et le faire sécher avant de pouvoir l'utiliser.

Entre deux petites rivières qui glissent sur du sable fin, barricadé dans des abatis de branches et d'épines qui lui font comme une couronne, notre camp est placé sur un petit monticule. Il se compose de quatre tentes entourées d'une dizaine d'abris en chaume. De Borely étant à trois jours de marche avec le gros de l'expédition, je n'ai avec moi que Bertrand et une vingtaine d'hommes. Pas un village à vingt kilomètres à la ronde, pas le moindre sentier aux alentours : le calme de la nature.

Un matin il peut être sept heures), les hommes

devisent à voix basse autour de leurs feux; le soleil brille, succédant à la pluie qui nous a empêchés de partir reconnaître les environs, comme nous le faisons chaque jour, à l'aube, et sans bruit nous nous mettons en marche, nous divisant en deux groupes. Depuis deux jours, « ça sent l'éléphant » ; nous avons trouvé avant-hier une piste du matin même, et hier une de la veille au soir. Le district est rempli d'un certain arbre, le foula, dont le fruit a l'aspect d'une amande sauvage; il est recouvert d'une pulpe douce et parfumée dont les éléphants sont friands (i). Mais ils ne peuvent secouer les foulas , qui sont des végétaux gigantesques, et ils doivent attendre patiemment que leurs fruits tombent; ils sont venus visiter le pays, ils ont fait le tour des arbres, et comme il n'y avait rien à terre, ils ont dû se dire : « Nous repasserons dans huit jours. » C'est ce que nous attendons. Tambarika file du côté du nord avec cinq ou six hommes, afin de chercher des pistes; nous partons vers le sud; à trois heures de l'après-midi, nous nous retrouvons au camp sans résultat de part ni d'autre. Comme il faut de la viande au cuisinier et que nous avons vu des traces de buffles pas bien loin, nous décidons de risquer un coup de fusil, quoiqu'il faille éviter le plus possible de faire du bruit dans un pays à éléphants, car une détonation, même lointaine, suffit souvent pour les mettre en fuite.

(i) Un autre fruit dont les éléphants se nourrissent est le viatondo, fourni par l'arbre appelé vifondo. Extérieurement, ce fruit ressemble assez à un citron; il est formé d'une pulpe sucrée et contient deux noyaux; il mûrit en décembre et janvier.

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