‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 38 sur 163 · CHASSE AU BUFFLE · texte numérisé non relu

CHASSE AU BUFFLE

Nous voici donc à la poursuite des buffles ; au bout d'une demi-heure, nous les apercevons broutant paisiblement sur un mamelon que nous contournons, et, nous approchant à cent mètres, nous pouvons bientôt voir tout le troupeau. Il y a là une quinzaine d'animaux, dont seulement trois gros mâles ; un d'eux surtout est énorme; il se promène lentement; sur son dos nombre d'oiseaux insectivores crient, volettent et font du bruit (i). Il est étrange que ces oiseaux ne nous aient pas déjà dénoncés; d'habitude ils s'enfuient avec des cris et indiquent le danger à l'animal. Comme le gros buffle que je convoite est mal placé et trop loin, je décide de me contenter de celui qui me paraît le plus facile à atteindre, et je lui loge une balle dans l'épaule avec l'espoir de l'abattre surplace; mais le troupeau entier s'enfuit; nous suivons la piste du blessé, mais en n'avançant qu'avec méfiance, car le pays est couvert d'une végétation très dense. Nous apercevons bientôt notre bête couchée sur la piste et sur le point d'expirer. Afin de ne pas faire de bruit inutilement, nous l'assommons avec un morceau de bois. Les cornes de ce buffle étaient magnifiques. Quel dommage que j'aie dû épargner son aîné qui en avait de bien plus belles encore!

A six heures et demie, la viande était rendue au camp par quartiers, et nous commencions à faire du beltong (2). Vers onze heures du soir, les lions nous ofïrent un magnifique concert; ils s'éloignent peu

(i) Sur ces oiseaux insectivores, voir Mes grandes chasses, p. 163. (2) Mes grandes chasses, p. 125.

après. Tout le monde sommeille, quand quelqu'un crie : Lttoumbouï, litoiiinhoifi! Ce sont les grosses fourmis carnivores (i) qui envahissent notre camp en rangs serrés, attirées par les débris de viande et parle sang répandu à terre; chacun se lève, ravive les feux et, avec des brandons incandescents, repousse l'invasion; pour ne pas me déranger, je fais amonceler de la braise allumée autour des quatre pieds en fer de mon lit de camp, et je me rendors tranquillement. Les litoumbouïs reviennent à la charge une fois et, étant de nouveau repoussées avec pertes, se le tiennent pour dit.

Le lendemain, la journée se passe sans incident; la brigade des recherches revient accompagnée de deux indigènes qui ont à me parler de la part du chef d'un village des environs; il paraît qu'un lion a attrapé une vieille femme chez eux il y a deux jours; la nuit dernière, il est encore venu rôder aux alentours. Comme on sait que j'ai promis une prime lorsqu'on me renseignerait exactement sur la présence des animaux que je cherche, on est venu me prévenir. Nous nous mettons en route aussitôt et, après une marche soutenue de quatre heures, nous arrivons au village. C'est ce que les indigènes appellent « tout près » [pafoiipi)\ La nuit tombe, et je ne sais trop ce qu'on pourra faire dans ces ténèbres; le mieux est donc d'attendre le jour, en recommandant aux gens de ne pas sortir de chez eux cette nuit; peut-être demain,

(i) Mes grandes chasses, p. 315. Elles ont été appelées noires à tort : elles sont plutôt brunes.

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