‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 40 sur 163 · POURSUITE D'UN LION · texte numérisé non relu

POURSUITE D'UN LION

cours dans les herbes, où une nouvelle flaque rouge indique encore un arrêt, nous voici dans une petite plaine, toujours à la suite du malfaiteur nocturne; un bois vient après, où nous trouvons des caillots de sang et la ceinture de perles que le pauvre petit portait autour des reins, puis un morceau de son pagne arraché par un buisson. Une grosse mare de sang montre l'endroit où la bête a commencé à déchirer sa victime; mais il y a déjà plus d'une heure de cela. Enfin, sur la lisière opposée du bois, nous nous engageons dans les hautes herbes, quand un grondement nous arrête net. Tous nous écoutons. L'ennemi est là! Va-t-il charger?... On n'entend plus rien... J'arme mes chiens avec soin, je fais tenir à portée de ma main mes six coups de chevrotine; je réfléchis bien si tout est prêt, et j'entre dans les herbes, le doigt sur la gâchette, l'œil fixé devant moi, l'oreille tendue, sans faire avec mes pieds le moindre bruit... A dix mètres devant nous, nous entendons un froissement dans les herbes dont nous voyons les têtes s'agiter, mais rien de plus. Nous continuons à avancer lentement. Ah! voici un arbre sur la droite! Vite un signe à Kambombé, qui grimpe comme un singe. En deux enjambées il est à la fourche et regarde... « L'enfant est ici, dit-il d'une voix étouffée, mais pas de lion... » Puis, tournant la tête à gauche : « Le voilà!... vite, par ici... « Guidé par son geste, je cours sur ma droite; puis, une réflexion me venant, je fais signe d'approcher aux gens du village qui nous suivent, et, d'un mouvement de bras,

je leur indique de contourner les herbes à gauche; j'envoie Rodzani leur dire de faire du bruit afin de rabattre le lion de mon côté, et moi, je me poste à une clairière, immobile, toutes mes facultés tendues sur ce carré de broussailles d'où je compte voir sortir la bête que j'attends.

Kambombé, de son arbre, me renseigne à voix basse : « Il s'en va... non, il revient par ici... il s'arrête et regarde du côté des hommes... il hérisse sa crinière... Tenez! il vient de votre côté... au pas... il va passer à la termitière .. . Ah! si vous étiez ici!... Comme je le vois bien!... Il regarde derrière... Le voilà! le voilà!... Reculez un peu, reculez!... »

On comprend avec quelle anxiété j'écoute ces paroles. Suivant l'avis qui m'est donné, je recule de deux pas ; mes hommes sont derrière moi, leurs armes prêtes : « Ne tirez qu'en cas de nécessité », leur disje. « Ne vous pressez pas », me murmure Tambarika.

Les herbes frôlées s'inclinent enavant, puis s'écartent, et le lion sort à huit mètres de moi, au pas, regardant derrière lui, préoccupé par le bruit des voix. En tournant la tête, il m'aperçoit, immobile, montre les dents et renâcle sans se détourner de son chemin; sa queue, au même moment, se dresse; il aplatit ses oreilles : il va charger. A cet instant, l'ayant suivi du fusil et visant la nuque, je presse la gâchette... Ses quatre pieds s'affaissent sous lui, il s'abat raide mort, sans un mouvement...

J'avais compté sur la précision de mon 303, et

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