‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 41 sur 163 · MORT DU LION · texte numérisé non relu

MORT DU LION

c'est avec une balle creuse que j'ai fait ce coup magnifique. Je l'ai souvent répété depuis avec le même succès. Si on frappe l'animal là où le crâne commence et où le cou finit, bien au milieu de son épaisseur, il tombe foudroyé. Quand on tire d'aussi près qu'en cette circonstance, il fau^t se rappeler que toutes ces carabines portent haut, le Metford plus que toute autre; on doit donc viser bien audessous du point que l'on veut atteindre. Au delà de 120 mètres, le relèvement ne se produit plus.

Ma victime était une fort vieille bête, d'une taille moyenne, d'une maigreur rare. X'^oici les mesures prises sur elle immédiatement après sa mort(i) : longueur totale, 2'", 745 (9P i); hauteur au garrot, G™, 875 (2" II); avant-bras, o"',43 (i" 5).

L'enfant que le lion voulait dévorer pouvait avoir quatorze ans ; il avait été tué presque en même temps que saisi. Les félins n'emportent jamais une proie qui se débat, à moins d'y être forcés par la surprise ; mais notre lion avait eu tout le temps nécessaire pour tuer sa victime; la mère entendant un cri avait deviné la terrible vérité, mais telle était son épouvante qu'elle n'a pas trouvé la force de crier tout de suite; lorsqu'elle est sortie de la case, il était trop tard; au moment où elle aameuté le voisinage, l'enfant devait être déjà à moitié chemin de la rivière.

Nous avons rapporté ensemble au hameau les

(i) Ces mesures sont données avec leur équivalent exact en pieds et pouces, parce que les records de mensurations sont établis en mesures anglaises.

corps des deux acteurs de ce drame nocturne. Celui de l'enfant montrait des morsures profondes qui lui avaient déchiqueté le cou et l'épaule droite; l'une de ses cuisses était entamée jusqu'à l'os. Quant au lion, lorsqu'il est entré dans le village, les pieds attachés à une perche portée par huit hommes, toute la population a voulu se ruer dessus avec des fusils, des flèches et des sagaies. On a l'habitude, en pareil cas, de maltraiter le cadavre de la bête à coups de fusil et de couteau jusqu'à ce que sa peau ressemble à une écumoire.

Comme cette façon de préparer mes trophées de chasse ne faisait pas du tout mon affaire, je m'interposai et expliquai aux indigènes que je leur avais tué le lion et que je demandais à prendre sa peau intacte avec les griffes et la tête, qu'ensuite je leur abandonnerais le reste. J'ajoutai, sans attendre réponse, que j'allais faire dépouiller l'animal et que le premier qui y toucherait ferait connaissance avec ma canne. Toute la population s'assit en cercle, attendant patiemment que Tchigallo, aidé de Rodzani et Msiambiri, eût achevé d'enlever la peau; on se précipita ensuite sur le cadavre, on le cribla de projectiles, on le larda de coups de sagaie, et on traîna dans tous les villages voisins cette carcasse sans pieds et sans tête qui ressemblait vaguement à un bœuf préparé pour la boucherie. Plus tard, au milieu des lamentations des femmes, des danses de funérailles et des clameurs, on brûla les restes du lion sur un énorme brasier, et nous étions à moitié route de notre

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