MON « COSTUME « DE PLUIE
A neuf heures du soir, un bruit bien connu frappe notre oreille : c'est le barrit d'un éléphant; il se répète une fois encore peu après, et le reste de la nuit est tranquille, sauf, bien entendu, les allées et venues de nos visiteurs nocturnes : lions, hyènes, etc.
Avant le point du jour, on prépare les charges pour la chasse à l'éléphant. Ce sont deux paquets légers comprenant de la farine de sorgho et beltong pour trois jours, une marmite, du sel et les pagnes de nuit pour huit hommes; pour moi, une casserole, du thé, du sucre, du lait en boîte et du riz, un hamac, une couverture et un appareil photographique à main. Avec ce petit bagage supplémentaire, nous sommes prêts à suivre les éléphants très loin; nous pouvons passer deux ou trois nuits dehors.
Quand il pleut pendant mes chasses ou mes marches dans la brousse, j'ai l'habitude de me déshabiller complètement; je mets ma culotte et mon tricot dans un petit sac imperméable, et je porte un pagne comme les noirs ; je ne garde que mon casque et mes souliers. Je n'affirme pas que dans cet accoutrement j'aie l'air fort élégant, mais j'ai reconnu que pendant les pluies il n'y a rien de plus pratique. Aussitôt que la pluie s'arrête, la peau sèche, et on n'a pas l'inconvénient de garder sur soi des effets mouillés, ce qui donne la fièvre et des rhumatismes. Le temps se rassérène-t-il? Je remets mes effets bien secs, et je continue. C'est en allant tout nus sous la pluie que les noirs n'en souffrent pas : le meilleur waterproof que l'on ait encore inventé est sans contredit
la peau humaine. Quant aux herbes et aux épines, c'est surtout les jambes et les bras qui s'en ressentent, et j'y suis habitué. J'aurais bien voulu pouvoir marcher pieds nus, comme les noirs; c'eût été un énorme avantage pour un chasseur; malheureusement, cela m'a été impossible : l'insensibilité de la plante ne s'acquiert qu'en marchant ainsi depuis l'âge le plus tendre. J'ai bien essayé, autrefois, mais j'ai dû y renoncer.
Je ne veux pas insinuer par ce que je viens de dire qu'on doive se promener avec un casque et des souliers pour tout costume sur les promenades élégantes des villes coloniales ; mais, dans la brousse africaine, c'est différent, surtout à un moment de l'année où, dans ces mêmes villes coloniales, les braves colons se tiennent bien à l'abri et renvoient à la belle saison les excursions en plein air et leurs expéditions quelconques. La grosse saison des pluies est très pénible en pleine jungle, et il faut vraiment avoir la passion de la chasse comme moi pour supporter les misères qui en sont la conséquence. Avec Bertrand, nous avons toujours conservé notre gaieté ; je dois à ce brave compagnon (qui ne mena cette existence pénible que par amitié pour moi , car il n'était pas chasseur) une bonne part de la vie heureuse que j'ai menée pendant les années dont ces chasses occupent une grande partie.
J'en reviens maintenant au matin du départ.
Dès qu'il fait jour, nous quittons le camp, mes hommes et moi, accompagnés par les porteurs sup-