POURSUITE D'ÉLÉPHANTS
plémentaires, qui doivent nous suivre à distance. Nous nous dirigeons du côté où les éléphants se sont fait entendre la veille au soir, et, environ une heure après, la piste fraîche de cinq éléphants est découverte. Nous la suivons. Dans la troupe, selon toute apparence, il n'y a que des femelles; elles vont sans se presser, et en file indienne, ce qui indique qu'elles ne mangent pas. Il est probable qu'elles s'arrêteront un peu plus tard, à moins qu'elles n'aient pris leur nourriture la nuit dernière et qu'elles ne soient actuellement en voyage; dans ce cas, elles peuvent nous mener loin. La pluie cesse vers huit heures ; le soleil se montre, séchant bientôt les herbes, et la chaleur commence. J'ai déjà dit que nous sommes en plein été ; le soleil est au zénith à ce moment de l'année, et, lorsqu'il darde ses rayons, on les trouve très chauds, circonstance fort heureuse, car les éléphants sentent x la chaleur plus que nous : si elle continue, il est probable qu'ils ralentiront leur allure ; peut-être s'arrêteront-ils tout à fait.
Vers midi, en effet, — nous sommes alors fort loin du camp, — les voici qui, de temps à autre, se mettent à l'ombre pour ramasser des foulas. Ils ont sur nous une avance d'environ un kilomètre. Mais le vent vient brusquement à changer. Ah ! pourvu que toute notre peine ne soit pas perdue ! Nous nous éloignons aussitôt vers la droite, de façon à ne pas nous faire sentir. Fort heureusement, nous en sommes quittes pour la peur. En cette saison, les éléphants vont moins vite et moins loin, mais en revanche le vent change con-
tinuellement (i), et quelquefois au moment où vous voyez votre gibier.
Vers une heure de l'après-midi, la chaleur commence à être intense, mais le ciel est noir vers le nord : nous allons bientôt avoir de la pluie. Il faut se dépêcher. Nous voyons bientôt les éléphants devant nous s'en allant à petits pas à travers les arbres ; on distingue leurs grandes croupes grises et, de temps à autre, leurs oreilles. Encore un changement de vent, mais il ne nous gêne pas. Nous nous hâtons. Je suis à trente mètres derrière les animaux; je les examine. Mes hommes font de même en se portant à droite et à gauche. Nous reconnaissons qu'il n'y a là que des femelles, toutes avec défenses; l'une d'elles, qui paraît la plus grande et la plus vieille, est un peu en arrière. A un moment, elle s'arrête pour se frotter le dos contre le tronc d'un foula. Je me dirige vers elle en me dissimulant derrière des buissons, car les herbes n'ont qu'un pied de haut. D'un dernier coup d'œil jemerends compte de la situation. Un peu plus loin que ma vieille, et sur la même ligne qu'elle, s'en trouve une autre. Une troisième, également arrêtée sur ma gauche, montre sa croupe. Mon plan est de tirer d'abord celle qui se frotte, puis l'une des deux autres, selon les circonstances.
J'arme mon express n"i, je m'approche à dix mètres environ de la première, et feu! feu!... deux coups au
(i) D'août à novembre, dans ces régions, le vent est très régulier, venant du sud-est; pendant le reste de l'année, il souffle alternativement, pendant une journée, des quatre points cardinaux.