‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 48 sur 163 · DEUX ÉLÉPHANTS TUÉS · texte numérisé non relu

DEUX ÉLÉPHANTS TUÉS

cœur. Celle qui est à ma gauche fait demi-tour et s'arrête ; je lui tire également deux balles avec mon n" 2, pendant qu'on recharge le n° i ; reprenant celui-ci et courant en avant, je tire encore sur un des éléphants.

Après une seconde d'hésitation, toute la troupe part à la course. La première bête sur laquelle j'ai fait feu semble ne pas s'en apercevoir : elle a filé en tète; l'autre, après un détour à gauche, a rejoint la troupe. Nous reprenons la piste. Je suis certain de la première et presque de la seconde; quant à la troisième, je crois ne l'avoir blessée que légèrement à l'épaule.

Au bout de quelques minutes de poursuite, nous trouvons d'abord un peu de sang sur la piste ; puis, de plus en plus. Nous commençons à explorer les environs du regard, sachant que, si c'est aux poumons que le coup a porté, les éléphants sont certainement sur pied. On voit bien aux alentours, le pays étant assez découvert : il n'y a rien. Tout à coup, derrière un buisson, nous discernons une masse grise; c'est la première femelle qui est tombée : elle est morte. Les deux balles étaient bien au cœur. Continuons notre chemin. Au moment de descendre dans un petit ,vallon, voici un éléphant, sans doute ma deuxième bête, debout face à gauche, auprès d'un bouquet d'arbres. En même temps l'orage éclate, la pluie tombe avec violence. Ma victime, que je ne vois qu'à travers un rideau de gouttes d'eau, souffre visiblement, son flanc se gonfle avec exagération, puis se creuse : elle est touchée aux poumons. Nous la contournons de façon qu'elle ne nous voie pas appro-

cher, mais elle semble plus préoccupée de ses souffrances que de nous, et, au moment où je vais tirer, elle s'efïondre dans l'herbe, respirant encore ; je m'approche et lui donne le coup de grâce derrière l'oreille. Autour d'elle il y a une grande mare de sang que la pluie entraîne en un ruisseau rouge vers le fond du vallon.

Il est deux heures et quart. Une trentaine de kilomètres nous séparent du camp ; j'y envoie des hommes avec un mot à Bertrand pour qu'il amène tout le monde ici. Quand ce sont de grands animaux que l'on tue, au lieu de les transporter au camp, ce qui demanderait trop de porteurs, on transporte au contraire le camp auprès d'eux. En cette saison, cela n'a aucun inconvénient, car on trouve de l'eau partout ; mais pendant la sécheresse, c'est souvent fort difhcile.

En coupant au plus court, mon personnel pourra arriver ici demain vers onze heures. En attendant, nous nous reposons un peu; nous cherchons ensuite un emplacement pour la nuit. Je choisis un endroit au fond du vallon sous des arbres et à proximité d'un ruisseau, à environ 50 mètres du dernier éléphant tombé. Nous y faisons une clôture en abatis d'épines. Cette besogne terminée, je vais mesurer mes éléphants (i) et les photographier.

Mes hommes voudraient bien prendre un peu de viande, mais je m'y oppose, car ce serait attirer pendant la nuit tous les carnassiers du voisinage que

(i) On trouvera à la fin de ce volume un tableau comparatif des mensurations de quelques éléphants.

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