‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 49 sur 163 · FAÇON DE DÉPECER U\ ÉLÉPHANT · texte numérisé non relu

FAÇON DE DÉPECER U\ ÉLÉPHANT

d'entamer nos animaux, tandis que, le sang ayant été lavé, il y a beaucoup de chance pour qu'ils ne soient pas sentis. Nous nous contentons donc de beltong et passons une nuit tranquille, ce dont nous avons grand besoin.

Le lendemain, Bertrand étant arrivé à l'heure prévue avec tout les porteurs, la besogne du dépeçage commence ; la moitié des hommes, les chasseurs, domestiques et cuisiniers y sont employés, tandis que l'autre moitié agrandit le camp pour le soir.

Voici comment les chasseurs indigènes dépècent un éléphant : comme il est couché sur le côté, et que les couteaux entament difficilement la peau du corps, on commence par détacher l'oreille à l'endroit où elle est le plus tendre ; ceci fait, on enlève graduellement avec des couteaux la peau du cou et du ventre jusqu'à ce qu'on ait mis celui-ci à découvert ; puis on désarticule les membres supérieurs de devant et de derrière. Huit hommes s'attelant à ces gigantesques gigots les traînent à quelques mètres sur l'herbe. Puis on coupe longitudinalement la peau du ventre qu'on enlève du niveau de l'extrémité inférieure des côtes jusqu'à l'épine dorsale. On brise les côtes à la main en les ouvrant avec force (i). Les intestins étant à découvert, on les sort de la cavité abdominale, à quoi on n'arrive pas sans peine, vu leur poids et leur volume. Le spectacle est étrange : on croirait voir des enfants aux prises avec un énorme

(i) L'éléphant a les os tendres et spongieux ; un vieux dicton indigène dit que a la hache ne chante pas quand l'éléphant meurt r.

édredon d'un blanc laiteux. Comme le foie, le cœur et les poumons sont déjà enlevés, le corps de l'animal présente une immense cavité, généralement pleine de sang ; pour travailler plus à l'aise, les hommes entrent une dizaine là dedans, et, tout barbouillés de sang, y baignant jusqu'aux genoux, ils continuent leur besogne. On détache la tête; puis, le sang ayant été précieusement recueilli dans un boyau, on réunit ses efforts pour retourner la carcasse ; on recommence la même besogne du côté qui était précédemment dessous. Une fois toutes les parties détachées, on procède à la confection du beltong.

En travaillant de onze heures à huit heures, tout ce que l'on put faire ce jour-là fut de rentrer les deux éléphants au camp et d'y empiler la viande tant bien que mal en une véritable montagne. Le soir, les hyènes nous donnèrent des concerts avec leurs hurlements lugubres et nettoyèrent si bien l'endroit où les animaux avaient été découpés qu'on ne pouvait plus le reconnaître que par les herbes piétinées. De lions, pas l'ombre d'un. Cela doit provenir de ce que cette région est moins giboyeuse que celle d'où nous venions. Quant aux hyènes, leur nez est tellement fin qu'à plusieurs kilomètres il les prévient de la présence d'un débris animal quelconque ; elles arrivent tout droit en poussant par intervalles leur cri désagréable.

Comme il y a un village à trois heures d'ici, j'envoie prévenir le chef que je désire quelques porteurs. Bientôt cinquante hommes répondent à l'appel. Ils sont accompagnés de quelques femmes qui viennent

Page 1