RETOUR AU CAMP
nés que les os bien nettoyés de nos gigantesques pachydermes. Tandis que la colonne des porteurs, avec Bertrand, coupe au plus court, je fais un grand crochet afin de ne pas avoir le vent dans le dos si, par hasard, nous rencontrons du gibier. Le temps est couvert; il tombe une pluie fine qui obscurcit l'air, formant un léger brouillard qui nous empêche de voir à distance. Nous ne devons pas être bien loin du camp lorsqu'une masse fauve passe lentement entre les buissons ; notre premiermot a été : Un lion ! Mais, malgré la bruine, un instant d'examen nous a fixés sur l'animal : c'est une hyène attardée. Le reste de la journée se passe à couvert. La brigade des recherches bat les alentours sans découvrir de piste fraîche. Le lendemain, nous décidons de nous transporter plus loin. Pendant qu'on plie bagage, je vais tâcher de tuer une antilope, car nous n'aimons pas beaucoup la chair de l'éléphant, Bertrand et moi. Je découvre des bubales, et j'en tue un dans des conditions assez curieuses : je l'avais blessé d'abord ; après une longue course, il s'arrêta exactement derrière un gros arbre, et, comme je ne pouvais le tourner sans le faire fuir de nouveau, j'essayai de tirer la bête à travers le tronc avec une balle sûlid du 303. Le projectile traversa ce tronc, qui avait 55 centimètres de diamètre, et brisa le garrot du bubale qui tomba mort. C'est l'histoire du fusil Lebel que j'ai vu essayer pour la première fois au Dahomey : les Dahoméens s'embusquaient derrière des palmiers ; le même projectile traversait palmier et Dahoméen...
Nous transportons le bubale entier au camp, où on l'a bientôt découpé et mis sur les charges. Le soir, nous couchons au village près duquel j'ai tué le lion, et le surlendemain nous campons au pied des collines que l'on voit des alentours, à cinq minutes du fleuve Kapotché, dont nous parcourons le bassin depuis assez longtemps.
Nous construisons un camp retranché dans le genre de celui que nous venons de quitter, et nous le dissimulons avec soin, car, dans cette région, il n^ a pas seulement des animaux, mais aussi les pillards de Mpéséni, les fameux Mafsitis (i) et il faut se mettre en garde contre toute tentative de leur part. J'ai donné à ce camp, autour duquel j'ai rayonné pendant quelque temps, le nom du Niarougoué ^ c'est-à-dire de la panthère, à cause des visites que nous y avons reçues de ce félin.
(i) Mes grandes citasses, p. 135, 137, 152.
TERMITIERE.
^i^SÛ.
LE RHINOCÉROS TUÉ DANS LA JUNGLE ÉPAISSE. (\'oir page 72.)