EN PLEINE JUNGLE. — A LA POURSUITE DES GRANDS ANIMAUX
La région du Kapotché. — Excellent pays de chasse. — Hivernage de l'expédition. — Le camp du Niarougoué. — Fortification passagère. — Saison propice aux grands pachydermes. — Le fourmilier. — Superstitions à l'égard de cet animal. — Chasse au rhinocéros. — Inconvénients d'une végétation épaisse. — Une épouse fidèle. — Chute d'une panthère au milieu du camp. — Chasse aux éléphants. — Trois éléphants tués. — Poursuite de buffles. — Rencontre avec des lions. — Recherche d'un buffle blessé dans les hautes herbes et danger de cette entreprise. — Affût à la panthère et mort de celle-ci. — Une matinée avec des lions. — Coup manqué. — Dans la jungle épaisse avec un lion agonisant. — Dernière chasse. — Rencontre avec des Mafsitis.
Aujourd'hui toute cette partie de la Maravie a beaucoup changé à cause de l'invasion européenne;
mais, à l'époque où nous reporte mon récit (1895), ^^ était peu de pays en Afrique qui offrissent au chasseur autant de ressources que le haut Kapotché, le nord d'Oundi et la contrée environnante. Entre le haut Tchiritsé et le Kapotché, tous deux affluents extrêmes de la Louyia, se trouvaient encore la Louyia elle-même et le Loangoué. Ces quatre deltas étaient aussi déserts que la terre avant la création de l'homme, et on pouvait y marcher huit jours, dans toutes les directions, sans rencontrer un village; autrefois, il y en avait eu quelques-uns, mais les Mafsitis les avaient détruits.
Le territoire était bien arrosé par les quatre rivières que j'ai citées et par leurs nombreux sous-affluents ; on y trouvait des couverts, des marécages chers aux éléphants, ainsi que les taillis gigantesques, les morceaux de forêt et les plaines herbeuses que recherchent ces animaux. Plat en certains endroits, montagneux dans d'autres , tour à tour svlvestre et découvert, uni ou accidenté, le sol convenait à toutes les espèces, et elles l'occupaient largement. N'v étant guère inquiétés, les grands pachydermes y devenaient moins nomades; en un mot, c'était un excellent pays de chasse, pour qui savait l'exploiter sagement. Il avait, en revanche, de gros inconvénients pour nous : c'était la densité de la végétation, la hauteur des herbes, la difficulté que l'homme éprouvait à se mouvoir dans ces taillis presque inextricables ou ces marécages, fort accessibles à un éléphant et à un rhinocéros, mais où le chasseur n'avançait