INSTALLATION D'UN CAMP
qu'avec peine et fatigue. Sa position devenait, en outre, extrêmement périlleuse en cas de danger.
J'ajouterai que la pluie continuait à tomber avec abondance, et que, les premiers jours de notre arrivée au camp du Niarougoué, nous n'avons pas pu sortir de nos tentes.
Le gros de l'expédition, sous le commandement de de Borelv, hivernait pendant ce temps au nord de Makanga ; les porteurs avaient été momentanément congédiés, notre camarade restant avec quelques hommes et serviteurs. Si l'on peut décider quatre ou cinq chasseurs à courir huit ou dix heures par jour sous la pluie, il n'en est pas de même de 400 porteurs ayant une charge sur la tête; la colonne n'avance pas, et tous les bagages sont abîmés. Le mieux est donc d'attendre la fin de la grosse saison des pluies, ce qui arrive généralement au commencement de mai. Je mettais le temps à profit en chassant.
Le lecteur veut-il maintenant venir inspecter notre installation, qui est d'ailleurs celle de tous mes campements de chasse?
Notre retranchement est parfaitement dissimulé du dehors, et ceux qui passent auprès de la forêt, s'il en passe, ne se doutent pas qu'il y a là une quarantaine d'hommes aussi confortablement installés que le permettent les circonstances. Au milieu, un espace vide d'une vingtaine de mètres à découvert; à une extrémité, ma tente, celle de Bertrand et celle des bagages, spécimens et beltong; tout autour, à l'intérieur de la palissade d'abatis et d'épines, les abris en chaume
des hommes, leurs feux, le bois à brûler, les boucans, etc. En dehors du camp, un endroit nivelé et balayé, dans une clairière, pour les dépeçages, afin de ne pas salir l'intérieur. On y étend et on y expose les peaux au soleil, quand celui-ci veut bien se montrer. En ce cas, on installe également dehors de nombreux chevalets à beltong où les lanières de viande sont mises à sécher; le soir, on les rentre à l'intérieur de la palissade, et on les remet en place le matin. Ceci a pour but de ne pas encombrer dans la journée l'endroit que nous occupons et d'en éloigner les mouches que la viande attire ; il n'y a aucun danger à laisser celle-ci dehors pendant le jour; les vautours osent rarement y toucher lorsqu'il y a des hommes auprès; quant aux carnassiers, ils sont tapis dans leurs retraites.
Il m'est arrivé plus d'une fois de rentrer au camp, sans bruit, par la grosse chaleur, et de trouver les gardiens du camp lil v en avait toujours deux ou trois) complètement endormis avec vingt chevalets chargés de viande à côté d'eux. Mais ici, au campement de Niarougoué, nous n'avons pas à craindre seulement les bêtes : nous devons nous méfier également des Mafsitis ; aussi laissons-nous toujours au moins six hommes armés de carabines Martini. En cas d'alerte, il n'ont qu'à îer mer la. /)orà' de lapalissade. Comme les balles peuvent sortir de l'enceinte sans que les casse-tête et les sagaies puissent y entrer, il n'y a rien à craindre à l'intérieur. La porte dont je viens de parler est fort simple et tout à fait protectrice : on