‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 55 sur 163 · DANS LA BROUSSE ÉPAISSE · texte numérisé non relu

DANS LA BROUSSE ÉPAISSE

interrompt la clôture par une ouverture que limitent deux poteaux plantés en terre, on coupe ensuite une grande branche d'arbre épineux, munie de piquants aussi longs et épais que le petit doigt; on la traîne devant l'entrée; de l'intérieur, on engage le tronc de la branche entre les deux poteaux, on le tire à soi avec force et on l'attache en dedans ; les épines se tassent à la porte, et cet endroit devient le plus inaccessible de la fortification.

A deux cents mètres de la lisière de notre bout de forêt coule le Kapotché où nous prenons l'eau à boire. La rivière est très haute en cette saison; les roseaux et les herbes aquatiques qui encombrent ses abords immédiats y attirent des quantités de moustiques; c'est pourquoi nous nous tenons à distance.

Si cette saison est propice à la poursuite de l'éléphant, du rhinocéros et du buffle, on ne voit jamais en revanche les autres animaux, cachés qu'ils sont par l'épaisseur de la végétation, prévenus qu'ils sont de votre approche par le bruit de votre marche dans les herbes. Aussi avais-je alors toutes les peines du monde à me procurer une antilope ou un sanglier, tandis que, à la saison sèche, où tout est brûlé, on en a tant que l'on veut, pour peu, naturellement, qu'on se donne la peine de les chercher.

La première chasse au Kapotché mérite d'être mentionnée.

Un matin sombre, par un temps pluvieux, nous apercevons, dans un endroit découvert, un animal que la plupart d'entre nous n'ont jamais vu; on ne

le distingue pas bien, et, comme il tourne le dos, nous nous livrons à toutes sortes de conjectures. Je vois deux grandes oreilles de lapin très mobiles, un dos rond, une queue charnue. Serait-ce par hasard un kanguroo? Ne voulant pas faire un mouvement qui risquerait de le mettre en fuite, je le tire de dos, dans la direction du cœur, et il tombe sur le côté. Tambarika le reconnaît immédiatement pour un fourmilier, pendant que ses camarades et moi examinons avec étonnement cet étrange animal. Une peau blanche, au poil brun noirâtre, rare et long, un museau efïilé dans le genre du groin du porc, avec une ouverture au bout, mais sans bouche, une langue d'un mètre de long, comme une lanière de fouet, des oreilles de lapin, des ongles énormes aux pattes, une queue puissante, grosse, courte, presque dépourvue de poils, la corpulence d'un porc adulte, tel est le portrait peu attrayant du fourmilier. Au camp, on accueille l'édenté avec des exclamations de toutes sortes, tandis que les anciens déclarent que cet animal porte malheur : il est d'usage, quand on en rencontre un, de rentrer chez soi et de ne pas donner suite à son voyage. Je suis bien certain maintenant que, quoi qu'il arrive, c'est ce malheureux fourmilier qui va en être cause. En effet, nos tentatives infructueuses pour rejoindre les éléphants, les indispositions, le mauvais temps même, tout lui sera attribué pendant la durée de notre séjour en cet endroit.

Cela n'empêche pas mes hommes de le manger et de le déclarer excellent. J'y ai goûté et suis de leur

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