AUX PRISES AVEC UX RHIXOCÉROS
plus profonde... Il s'approche pourtant D'où vient
donc le vent ?... Pas moyen de s'en rendre compte; la terre est humide, il n'v a pas de poussière (i)... Le temps presse pourtant... Ah! voici une deuxième charge dans notre direction!... Cette fois, j'aperçois mon animal un instant avant qu'il soit sur nous ; il ne va plus aussi vite, quoiqu'il aille au grand trot. Nous avons sauté de côté, et chacun s'est caché... Placé derrière un arbre, je le vois venir admirablement, et je décide d'attendre son passage ; il ralentit en arrivant devant nous, flairant sans doute nos traces fraîches, et j'en profite pour lui envoyer deux balles qui le font pirouetter dans une direction opposée à la nôtre; avant d'avoir disparu à travers la fumée, il reçoit encore un coup d'express dans la croupe.
Mais ce n'est pas fini, car au même moment, tout près de nous, une autre charge s'annonce : celle du rhinocéros n" 2, que nous avions oublié : c'est madame sans doute. Il ou elle passe au galop, en cornant avec force, à cinq ou six mètres de nous, mais pas dans notre direction. Gare à une nouvelle attaque! Il est terrible de se trouver dans une végétation si épaisse qu'elle empêche d'être prévenu du danger autrement que par l'oreille. Je fais monter Rodzani sur un arbre pour qu'il inspecte les environs, et il aperçoit le dernier rhinocéros fort loin déjà; il aflfirme que c'est le mâle qui s'en va et que ce doit être la femelle que nous avons tirée. Nous n'avons pas tardé à voir
(i) Quand il y a de la poussière, on en ramasse une poignée, et, en la lançant en l'air, on voit dans quelle direction la pousse le vent.
qu'il est dans l'erreur. Le sang, ce précieux indice pour le chasseur, nous a jalonné la piste de celui que je crois avoir touché sérieusement; à cent mètres, il a dû se coucher, mais, par un dernier effort, il s'est relevé pour aller tomber un peu plus loin. Il s'est abattu sur le ventre, les quatre jambes affaissées sous lui. Les rhinocéros s'affalent souvent ainsi. Cela rient sans doute à ce qu'ils ne meurent pas sur le coup, mais continuent à marcher jusqu'à ce que leurs membres refusent de les porter davantage.
C'est bien le mâle que nous avons tué. Voici ses dimensions : hauteur au garrot, i'",55 (5'', 2) ; longueur du bout du nez à celui de la queue, 3"", 35 (iip,!); diamètre du pied de devant, o'",205 (op,8;; cornes : de devant, o'", 67 (2p,3); de derrière, o'", 43 (ip, 5 1/2). Voici celles de la femelle (car madame n'a pas tardé à rejoindre son époux dans un monde meilleur) : garrot, I '",605 (5P, 4); longueur totale, 3"", 37 (iip,2); diamètre du pied, o"',2i (op,8 1/2); cornes : de devant, o"',5i (iP,8 1/2); de derrière, o'",37 (ip,3). On remarquera que la femelle est plus grande que le mâle ; cette particularité se produit souvent.
Revenons au mari. Après avoir mesuré et photographié son cadavre, je laisse deux hommes auprès de lui et me dispose à rentrer au camp afin d'envoyer du monde. Sur mon chemin, je traverse la plaine où la femelle a chargé après mes deux coups de fusil. Des traces fraîches à terre nous montrent qu'elle a passé là, et tout à coup un reniflement nous apprend qu'elle y est encore, attendant depuis