‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 58 sur 163 · MADAME REJOINT MONSIEUR · texte numérisé non relu

MADAME REJOINT MONSIEUR

une heure le retour de son compagnon... Comme il y a à côté de nous un espace dénudé de sept ou huit mètres où le terrain rocailleux n'a pas permis aux herbes de s'étendre et sans un arbre où on puisse s'abriter, je cours m'y placer afin d'avoir, si possible, plus de champ devant moi que lors de la rencontre précédente; je prends mon calibre 8 pour faire plaisir à mes hommes qui m'ont reproché tout à l'heure de ne pas en faire usage, et je me poste au milieu des herbes, immobile, du côté opposé à celui où j'ai entendu le reniflement caractéristique de la veuve infortunée.

La bête est inquiète, mais elle n'a pas pris notre vent; je l'entends qui marche, puis aussitôt après je l'aperçois : elle vient vers nous, mais comme un animal qui suit son chemin; elle va sortir à droite, traverser l'espace libre et rentrer très probablement sur notre gauche; elle estau pas, et, au moment où elle se trouve en face de moi, à sept ou huit mètres, je lâche mon petit coup de canon. Mes hommes étaient persuadés qu'elle resterait sur le carreau ; Msiambiri avait même parié à Rodzani un pot de vioa (bière du pays) qu'avec le gros fusil le rhinocéros tomberait sur place. Il perd, car la bête commence, au reçu de mon projectile, par se jeter sur nous à fond de train, ce qui nous éparpille aussitôt dans les herbes; mais elle s'affaisse bientôt et meurt presque à l'endroit où nous nous trouvions. Grande discussion sur les termes du pari; Msiambiri, toujours farceur, prétend maintenant qu'il avait simplement parié que la bête n'irait pas aussi loin que l'autre. Ne nous attardons

pas à discuter, procédons de nouveau aux mensurations, et rentrons au camp. Le soir, la viande n'est pas rendue avant dix heures et demie.

C'est ici que la panthère (i) rentre en scène. A onze heures à peu près, tout le monde dort, lorsqu'elle saute sur la palissade. Le pied lui manque; elle tombe sur un abri de chaume où elle glisse, et, cherchant à se cramponner, elle dégringole avec la toiture en plein dans le camp. Ce fracas nous éveille tous en sursaut. En voyant, à la lueur des feux, cet animal qui tombe au milieu d'eux, mes gens croient à une attaque et se mettent à pousser des cris divers. L'apparition n'a que la durée d'un éclair; la panthère saute sur le chaume et repart par où elle était venue avant qu'on ait su de quoi il s'agissait. L'accueil fait à sa visite nocturne a dû assez l'effrayer pour qu'elle ne revienne pas, ce soir tout au moins. Je me recouche donc tranquillement.

Vers le matin, on l'entend rugir; à en juger par ses traces sur la terre mouillée, qui feraient croire au passage d'une troupe de vingt-cinq panthères, elle a dû tourner toute la nuit aux alentours. Elle va devenir notre compagne pendant une grande partie de notre séjour ici, jusqu'au jour où je lui aurai préparé un tour de ma façon.

Le 7 se passe sans incident ; le 8, nous suivons infructueusement une piste de deux éléphants mâles, mais ils ont trop d'avance sur nous. Le 9, nous rencontrons

(i) Panthère, d'après Cuvier ; léopard, d'après Linné. C'est le même animal. Voir Mes grandes chasses, p. 94, 95, 96.

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