‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 59 sur 163 · GROS GIBIER · texte numérisé non relu

GROS GIBIER

les traces de huit éléphants, dont deux grands mâles, et nous les rattrapons après deux heures de marche seulement. Je tue un gros mâle; quant à l'autre, je le blesse, ainsi qu'une femelle; mais je les perds tous deux au bout d'une journée de poursuite; cependant, comme le mâle me semble condamné, j'envoie quatre homme à sa poursuite. Après une nuit passée dehors, ils reviennent sans résultat (i). Le camp se transporte près de Téléphant mort, v passe deux nuits et rentre ensuite avec la viande boucanée. Le 13, je tue une vieille femelle qui charge Rodzani à deux reprises; je lui tire cinq balles dans la région du cœur, elle ne paraît pas s'en porter plus mal; elle s'en va tout doucement, saignant à peine. Nous la suivons à distance, nous attendant d'un moment à l'autre à la voir s'abattre. Comme elle a l'heureuse inspiration de se rapprocher du camp, il se trouve que c'est autant de fait pour nous. Enfin, au bout de plus d'une demiheure, elle se décide à tomber, succombant à une hémorragie interne; son abdomen était plein de sang, et elle avait fait ainsi près de cinq kilomètres !

Le 17, rencontre d'une troupe de buffles derrière laquelle j'aperçois trois lions magnifiques; ils disparaissent avant que j'aie pu tirer ; nous les suivons pendant un moment, mais nous y renonçons bientôt et reprenons alors la suite des buffles. Je rejoins ceuxci et j'en abats deux un peu au hasard, c'est-à-dire sans avoir eu le temps de les choisir pour la beauté

(i) Le 26, je retrouve cet éléphant mort et j'y découvre trois de mes balles; je prends ses défenses, pesant i6 kilos environ.

de leurs cornes : mais la végétation est si épaisse que l'on ne voit pas de buffles; on entrevoit vaguement dans les herbes des fractions de buffles un peu partout. Je blesse un troisième animal, et, comme il quitte la troupe, nous lui donnons la chasse. C'est travail dangereux dans cette brousse compacte que de poursuivre un buffle blessé, et nous avons besoin de tout notre sang-froid, de toute notre présence d'esprit.

Kambombé et le porteur d'eau (i) se chargent de veiller du haut des arbres autour et en avant; quant à nous, nous utilisons plus leurs veux que les nôtres. Nous suivons la piste ensanglantée; à chaque pas, nous interrogeons du regard nos vedettes.

Avec un rhinocéros ou un éléphant, on est prévenu; l'un renifle violemment; l'autre ébranle l'air par un coup de trompette éclatant ou pousse des grognements de douleur. Le buffle, lui, reste là, silencieux et immobile, si immobile que vous le confondriez avec un arbre renversé ou tout autre objet similaire. Il retient son souffle et tend l'oreille pour percevoir votre arrivée. Vous entend-il? il continue à ne pas bouger... C'est seulement quand vous êtes à sa portée qu'il se jette sur vous, trop tard, en général, pour que vous puissiez l'éviter. Telle est, du moins, son attitude dans la brousse épaisse. En terrain découvert ou à peu près, il est obligé de commencer à charger de plus loin, et vous avez le temps,

(i) C'est celui qui nous accompagne d'habitude portant les gourdes; pendant les pluies, il transporte la nourriture, l'appareil photographique, le sac à effets, etc.

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