CHAPITRE VI
UNE BATTUE AVEC LES INDIGÈNES. — RÉGION INEXPLORÉE. — GÉANTS SUR LE DÉCLIN.
Une battue au lion. — Le fusil entre les mains des indigènes. — Grêle de balles. — Blessés. — Précautions à prendre avec les armes à feu. — Période de rencontres avec des lions. — L'expédition se déplace. — Pays à rhinocéros. — Poursuite de ces animaux. — Cornes usées. — Beauté et lois de la nature.
Au moment où nous nous préparons à quitter Makanga avec toute l'expédition, le roi du pays, auquel j'ai déjà fait mes adieux, m'envoie dire qu'un lion commet de nombreuse déprédations dans des villages environnants, et que, si je veux essayer de le tuer, il
me fournira immédiatement tout le personnel nécessaire à une battue. Comme, après tout, cela ne me fait qu'un jour ou deux de retard, tout en m'offrant une chance d'ajouter un nouveau trophée à ma collection, je laisse partir l'expédition en recommandant à mes camarades de ne pas se presser et de m'attendre en un endroit et à une date donnés, si je ne les ai pas rejoints en cours de route.
Je me rends au village de Kamsikiri, sur le Ponfi, où le lion m'a été signalé. J'y arrive le soir. Le chef m'apprend qu'il a reçu des ordres et qu'il y a une centaine d'hommes prêts à partir avec moi le matin. Le lieu de retraite du fauve est situé à peu de distance du village, et les indigènes ont fait deux battues sans parvenir à l'apercevoir dans les lits épais de roseaux où il se cache. Il a déjà sur la conscience deux femmes, un homme et quelques chiens; il continue cette nuit-là la série de ses exploits : profitant de ce qu'il fait noir comme dans un four, il défonce la toiture basse d'une case-étable et, après avoir tué les cinq chèvres qui s'y trouvent, il en dévore une sur place, ne pouvant l'emporter; tout cela sans le moindre bruit. Les chèvres portent toutes des traces d'une morsure sur le cou : ou sur le garrot rien de plus ; il est évident que le lion a fait cela en se jouant.
Au matin, je vois que, sur 80 hommes, 72 sont pourvus de fusils (i) ! Mon premier mouvement est de
(i) Ces armes sont pour la plupart d'anciens fusils de guerre à baguette et à capsule, de différents modèles, dont on faisait autrefois un commerce considérable dans ces régions.