‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 63 sur 163 · FUSILS INDIGÈNES · texte numérisé non relu

FUSILS INDIGÈNES

ne pas les accompagner, car je connais ce genre de battues-là; ce n'était pas la première à laquelle j'eusse assisté, mais c'a été et ce sera sûrement la dernière. J'eus beau demander aux hommes de laisser leurs fusils au village, ils me répondirent, naturellement, qu'ils en avaient besoin pour se défendre en cas de danger. Cette raison, qui semble fort juste au premier abord, ne vaut rien quand on réfléchit à l'usage que les noirs sont capables de faire de leurs armes : dans le cas où un lion aux abois leur fait face, leur premier mouvement est de jeter leur fusil ou de tourner les talons; ou bien, si certains font feu, c'est en hâte, sans épauler; aussi manquent-ils « à coup sûr ». L'idée ne leur vient même pas, comme à nous, de se servir de la crosse; alors autant vaudrait n'avoir entre les mains qu'un mirliton ou une pipe. A cause même de l'infériorité qui résulte de leur manque de préparation, ces gens ont certes bien du mérite à attaquer, à moitié nus et pour ainsi dire sans armes, un animal redoutable; mais une sagaie ferait dix fois mieux leur affaire : ils sont tous habitués à la manier; l'instinct de la défense personnelle faisant le reste, le lion serait criblé de coups de sagaie bien dirigés. C'est ce qui se passe dans les régions où la poudre est rare; mais, au pays de Makanga, où, en vue d'une guerre, il n'est pas un homme qui n'ait son fusil, on ne manquerait pas une si belle occasion de s'en servir; il ne faut donc pas espérer aujourd'hui qu'ils consentiront à substituer la sagaie au fusil.

Mon premier mouvement, dis-je, est de refuser mon

concours à cette bande mal disciplinée, mais comment lui faire comprendre pourquoi? D'ailleurs, je parviendrai peut-être à régler la battue, en expliquant à mes gens, par une théorie démonstrative faite sur place, que je désire les former en un fer à cheval, dont j'occuperai ce qui serait la pince ; si la présence du lion vient à être reconnue au centre, on rabattra les branches du fer à cheval pour fermer l'ouverture et on s'écartera de moi, de façon à offrir à l'animal une issue au milieu de laquelle je me tiendrai seul. Je recommande, en outre, de ne tirer qu'en cas de légitime défense et surtout si on n'a pas de monde devant soi. Ceci bien entendu, nous nous rendons à l'endroit où la bête est supposée se tenir ; nous y reconnaissons des traces, en effet; puis on se déploie en silence, comme il a été convenu, autour du lit de roseaux. Une dizaine de tam-tams que le chef a cru bon d'ajouter, et qui, disséminés sur la ligne, se tiennent prudemment derrière les rabatteurs, commencent alors à tambouriner à coups redoublés. La chasse au tambour! Voilà qui est nouveau ! Pourvu que le lion en soit aussi agacé que moi...

Les dix premières minutes se passent sans incident; mais bientôt des gens sur la gauche poussent des exclamations, et nous comprenons que le fauve a été signalé. On crie qu'il marche dans le même sens que nous; alors je fais arrêter mon monde un instant, et, quittant mon poste, je me porte en courant en dehors de la ligne des indigènes, à l'ouverture du fera cheval, afin d'apercevoir l'animal, s'il continue à

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