PRÉCAUTIONS NÉCESSAIRES AVEC LES ARMES A FEU
vois aucun inconvénient, mais mourir bêtement d'une balle égarée, tomber victime d'un fusil nègre qui se trompe, ce serait trop ridicule.
J'ai manié continuellement des armes à feu, jour et nuit, sans le moindre accident, grâce aux grandes précautions que je prenais et aux habitudes que j'avais données à ceux qui m'accompagnaient.
Je ne leur permettais pas, pendant les marches, de laisser les chiens d'un fusil armés, ce qui était une menace perpétuelle pour la vie de leurs voisins ; de même, j'exigeais que le fusil fût toujours placé sur l'épaule dans la position normale, c'est-à-dire la crosse en avant. Je ne saurais assez m'élever contre l'habitude qu'ont prise les indigènes et que tolèrent des Européens de porter le fusil avec la crosse en arrière, sous prétexte (\ue l'arme est ainsi mieux équilibrée. Non seulement la transpiration de la main rouille les canons, mais si, par malheur, les chiens sont armés, il suffit d'accrocher une branche, pendant la marche, pour que le coup parte. Et alors, gare à ceux qui sont devant! N'a-t-on pas déjà assez d'ennemis en Afrique : fièvre, maladie, anémie, animaux, sans avoir encore à redouter la maladresse d'un serviteur?
Revenons à notre lion. Il était sans doute beaucoup trop « brûlé » pour que nous eussions des chances de le cernera nouveau; il aurait fallu pour cela que les fusils restassent au village et que la sagaie fût la seule arme désormais permise. Mais cela n'était pas possible. Renonçant donc à l'entreprise, je laissai les
indigènes se débrouiller tout seuls. Depuis cette aventure, chaque fois que j'ai eu à traquer un mangeur d'hommes, j'ai posé les conditions suivantes : pas de fusils, mais des casse-tête, des sagaies et des flèches, avec des tambours autant qu'on en voulait. J'ai déjà dit que les noirs n'attaquent jamais le lion des bois, celui qui vit d'une façon normale : quand ils le rencontrent, ils lui cèdent la place. Il est d'usage chez eux, au contraire, de détruire coûte que coûte ceux qui s'attaquent aux habitants ^i). Je leur laissai ce soin et rattrapai mon expédition trois jours après.
Cette période a été particulièrement fertile en aventures avec des lions. Dans le courant d'avril, en effet, j'avais eu avec eux plusieurs des rencontres racontées au chapitre précédent; à la fin du même mois, un lion nous a blessé un homme et détruit force bagages, vêtements, ustensiles (2). C'est au commencement de mai qu'a eu lieu la jolie battue que je viens de raconter, laquelle a failli prendre les proportions d'un jeu de massacre. Enfin, dans le courant de mai, j'ai passé, certaine nuit, par une série de péripéties que je relaterai plus loin. Par contre, on reste quelquefois quatre ou cinq mois dans des régions où les lions sont nombreux sans jamais en rencontrer un, tout en battant la brousse du matin au soir et bien qu'on les entende chaque nuit : affaire de hasard.
L'expédition continue ses études et son explo-
(i) Mes grandes chasses, p. 207, 208.
(2) On trouvera le récit de cette aventure dans ma Traversée de l'Afrique du Zambèze au Congo français.