LES PAYSAGES ADMIRABLES
imposante dans sa beauté et sa solitude. On ne saurait dépeindre la grandeur de certains paysages de ces contrées : figurez-vous, au pied de quelques montagnes colossales, des roches grises de toutes tailles, éparses sur un immense plan incliné; entre elles, des végétaux qui se développent à leur fantaisie, et, au milieu de cette nature sauvage, loin du reste du monde, des rhinocéros foulant ces lieux tranquilles, de leur pas lourd, comme le faisaient, il y a quelques milliers d'années, leurs ancêtres disparus!
Et, par lui-même, le rhinocéros n'est-il pas déjà presque fabuleux? Sa laideur, sa rareté toujours croissante, ses mœurs silencieuses, son insociabilité, tout contribue à faire de lui un animal mystérieux et étrange . plus digne défigurer dans la mythologie des monstres, dans les contes Scandinaves ou les fables bouddhistes, que dans la réalité.
En contemplant cette nature calme, grandiose, avec ses géants biscornus, que de fois me suis-je cru transporté dans la légende ou bien dans les temps préhistoriques où l'habitant des cavernes donnait la chasse aux mastodontes pour se nourrir lui et les siens ! et je pensais que bientôt il ne sera plus donné à un chasseur, fût-il le plus riche et le plus courageux du monde, de se trouver face à face avec ces léviathans, d'inscrire leurs noms au tableau de ses hécatombes.
A la fin de notre dix-neuvième siècle, ils deviennent de plus en plus rares, ces coins de la terre où l'homme n'a pas encore manifesté sa présence et où la nature
est abandonnée à elle-même. Les générations de l'avenir ne retrouveront plus qu'à l'état de fossiles. les traces de ces gigantesques animaux qu'une loi inconnue fait disparaître peu à peu de la surface du globe, donnant désormais la préférence à des races plus petites et mieux appropriées au manque d'espace et à l'invasion toujours croissante de l'humanité à l'étroit.