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LES SAISONS DE CHASSE

d'eau de pluie ont disparu, ainsi que les marécages; les rivières commencent à diminuer.

Août, septembre, octobre et novembre : sécheresse. Le feu nettoie la plus grande partie du pays, brûle les herbes, ne laissant subsister partout que les arbres, les arbustes et les buissons, entourés d'un tapis de cendre qui se change en novembre en un tapis vert (i). Les animaux se voient bien; les grosses bêtes recherchent les endroits boisés, impénétrables à la lumière, que le feu a épargnés; les antilopes se groupent dans les districts où se trouv^ent les abreuvoirs. L'eau se fait de plus en plus rare, surtout vers la fin de novembre, et l'on chasse à l'affût avec succès. Pendant la journée, l'absence de feuilles et d'ombre rend la chaleur accablante. C'est l'époque où l'on poursuit l'antilope.

Ayant donc fait pendant les pluies la chasse à l'éléphant et au rhinocéros, je me préparais, pendant la saison sèche, à collectionner de préférence des antilopes et de petits animaux pour le Muséum. Selon le moment choisi pour telle ou telle chasse, on peut, comme on voit, réussir ou échouer totalement. On peut dire que pendant la saison sèche la chasse à l'éléphant n'est qu'accidentelle. Elle est excessivement pénible : l'animal ne voyage que la nuit et le matin de bonne heure. C'est pendant les heures chaudes, c'est-à-dire quand il se repose, qu'il faut accomplir le même chemin pour le rattraper. On verra

(i) Mes grandes chasses, p. 122, 202, 237, 2|i.

iio CHASSES AUX GRANDS FAUVES.

que nous avons eu quelques occasions de ce genre, mais je n'anticipe pas et je reviens chez Mpéséni, à la fin de la saison des pluies, au moment où le pays est couvert d'herbe, non plus verte, mais mi-sèche et bruissante, et où je n'ai pas grand espoir de réussite en fait de pachydermes.

Après un échange de cadeaux et de compliments avec Samba Mropa, un des ministres du roi Mpéséni, dont la résidence est voisine, je campe sur les bords d'une petite rivière, le Ntsatso, qui se jette dans la Louvia. Une période de la plus noire bredouille commence notre séjour dans cette région ; mes hommes me mangent toutes mes sardines, car je suis bien obligé de leur donner quelque chose pour remplacer la viande absente; je ferai grâce au lecteur de ces quelques jours de mauvaise chance (i). Mauvaise chance inexplicable, car la région est déserte et tranquille; à la vérité, la saison des foulas et des fnatoiidos est passée, mais il reste le 7nigbalamgboiia ou palmier éventail ijiyphœnœ), chargé de fruits que l'éléphant aime beaucoup. En tout et pour tout, nous prenons au lacet quelques pintades, ce qui aide à faire bouillir

(i) A la suite de la publication des Grandes Chasses, quelques amis m'ont reproché de n'avoir mentionné que mes succès, en passant sous silence les échecs et les déconvenues que j'ai forcément dû éprouver. Je dois avouer que je l'ai fait à dessein, car c'eût été trop long d'énumérer toutes les bonnes occasions que... j'ai manquées. A ce sujet, on peut établir la règle suivante : vu les difficultés multiples du métier, un bon chasseur, si soigneux, si adroit qu'il soit, si bien secondé qu'il puisse être, doit compter un animal de perdu sur deux poursuivis; je prends là le minimum, car combien blessent ou manquent trois ou quatre animaux avant d'en abattre un ! Ce serait donc une fameuse besogne de décrire toutes les chasses, les marches ou les contremarches qui ont abouti à une « veste » !

RÉVEILLÉS EX SURSAUT! m

la marmite, et nous péchons quelque peu dans la Louvia qui se trouve à 400 mètres à peine de notre campement.

Un matin, il peut être trois heures et demie, et il fait un clair de lune resplendissant, quand, dans la direction de cette rivière, retentissent des barrits d'éléphants répétés. Quand ils prennent leurs ébats au bord de l'eau et qu'ils se croient en sécurité, ces pachydermes expriment leur joie par des cris que l'on ne peut mieux comparer qu'à des coups de trompette de cavalerie. Réveillés en sursaut, nous nous équipons à la hâte, et nous nous rendons à travers les hautes herbes du côté d'où les cris semblent venir; malheureusement, arrivés au bord de la Louvia, nous nous apercevons que les éléphants sont du côté opposé; on ne peut les voir à cause de la végétation et de l'escarpement du bord, mais on les entend distinctement. La rivière est là très profonde ; sa largeur dépasse cent mètres; que faire? — Se jeter à la nage, allezvous me dire. — Impossible. D'abord, nous avons des fusils auxquels l'eau ne convient pas, et puis les rivières africaines sont toutes fréquentées par ces animaux voraces. silencieux, à l'aspect peu engageant, qu'on nomme des crocodiles. Il est même sage de ne pas s'arrêter sur la rive sablonneuse en contemplant le firmament, car on pourrait être tiré de sa rêverie d'une façon fort désagréable. Aussi, sans nous attarder dans cet endroit, remontons-nous et avisonsnous au moyen de traverser. Il n'y a pas de pirogue, mais il existe, à quelque distance en amont, un gué

par lequel nous avons passé, la veille ou l'avant-veille, à la recherche de gibier. Nous y courons sans tarder, comme bien vous pensez, et au point du jour nous voici à l'endroit où se trouvaient les éléphants. Un fracas, un crépitement de branches brisées nous apprennent qu'ils sont encore dans le voisinage, mais plus bas, en aval. Ils remuent bruyamment dans les roseaux qui bordent la rivière; le vent remontant la vallée, nous nous tenons toujours en amont des éléphants et nous les suivons pendant un instant ; mais ils gagnent sur nous, car une grande mare nous force à faire un détour, et, au moment où nous arrivons sur la berge, nous les apercevons qui sont au beau milieu de la rivière en train de la traverser à plus de 150 mètres de notre position! Il ne servirait à rien de tirer; d'ailleurs, à un certain moment, les éléphants s'enfoncent complètement dans l'eau et marchent sur le fond, ne laissant dehors que leur trompe.

Spectacle excessivement curieux, celui que nous offrent ces trompes, à la queue leu leu, semblables à de gros serpents dont les tètes seules émergeraient, toutes tournées du même côté. Les énormes animaux marchent ainsi lentement en laissant un sillage dans le courant. Au bout de quelques minutes, le fond se relevant, ils remontent et, gravissant la rive, reparaissent l'un après l'autre, noirs et ruisselants. J'en compte sept, dont deux mâles âgés et un jeune ; celui-ci ne s'est lancé dans la rivière que lorsque les autres ont atterri, et sa mère l'a soutenu avec sa trompe pendant qu'il nageait devant elle.

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