XDJOVO >■ EST FAIT PRISONNIER
oreilles ouvertes; puis, changeant d'idée, il me tourne le dos et continue à s'amuser.
La corde finit par arriver, et les essais de capture commencent. Tout jeune qu'il est, le tendre nourrisson nous culbute sans peine avec sa tête; quant à ses pieds, ils ne sont pas plus légers que ceux d'un cheval, et il faut les éviter avec soin. Mais je crois qu'au fond il veut s'amuser plutôt que s'enfuir, et qu'il y met de la bonne grâce; nous finissons par lui passer au cou et autour des pieds de devant un lien solide avec lequel nous l'amarrons à un arbre. J'envoie aussitôt au camp chercher du lait concentré, ainsi que du personnel de renfort.
Qu'est-il advenu, cependant, du premier éléphant? Retournant dans le fourré, nous nous avançons avec précaution vers l'endroit où ont commencé les hostilités. Au milieu des roseaux couchés, ma victime gît étendue sur le côté droit, ayant à la tempe deux minuscules trous bien nettement découpés comme par un emporte-pièce : deux petits filets de sang en découlent. Elle est énorme, et ses défenses sont très belles (24 kilos environ chacune).
Je n'ai pas eu souvent pareille occasion de tirer à la tète avec succès. Combien de fois n'ai-je pas tenté ce coup par la suite sans autre résultat que de faire saigner l'animal ou de l'exaspérer encore davantage! Il V a une étude assez intéressante à faire sur la question du coup à la tête, et je me promets d'y revenir dans un des chapitres suivants.
Cette chasse à l'éléphant a été la dernière de la
saison des pluies de Tannée 1895 : la dernière qui ait réussi, s'entend. A quelques jours de là, en effet, nous
devions nous retrouver presque nez à trompe avec
les éléphants, dans des circonstances que je vais relater brièvement.
Assez tard dans la matinée, à deux ou trois bonnes lieues en amont du camp, nous prenons une piste et nous ne rejoignons notre gibier que vers quatre heures de l'après-midi, après avoir fait derrière lui une étape forcée de 35 kilomètres. Le pays où nous a conduits le hasard de la poursuite diffère de celui où nous avons campé ; c'est une succession d'immenses plaines couvertes comme toujours de hautes herbes et où on arrive par une pente insensible; sur leur lisière, voici des fumées que les hommes tâtent du pied : elles sont encore chaudes... attention! les éléphants ne peuvent être loin... Nous sommes dans des herbes hautes de plus de huit pieds où les éléphants (ils sont 10 ou 12) ont tracé des sentiers parallèles. Impossible de voir : nous marchons dans ces herbes absolument comme des aveugles. Le vent est mauvais, en ce sens qu'il vient par le côté. A un certain moment, nous entendons, d'abord vaguement, puis très clairement et à proximité, un grondement puissant, puis un autre, ressemblant assez au bruit que fait une chaudière qui commence à entrer en pression. Les indigènes croient que c'est le ventre des éléphants qui fait ce bruit; je n'en sais rien, je me borne à constater ce que j'entends. Ce grondement est intermittent, c'est comme un ronflement