‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 78 sur 163 · ORGANISATION D'UNE MEUTE · texte numérisé non relu

ORGANISATION D'UNE MEUTE

n'avions pas besoin d'eux pour cela. D'autre part, ils faisaient du bruit, reniflaient et annonçaient notre approche; mes hommes et moi, nous suivions la piste tout aussi vite qu'eux, et sans tous ces inconvénients! Ce que je voulais arriver à leur faire faire était de battre la brousse sans bruit et de nous signaler la présence des animaux dangereux; s'ils n'étaient pas capables de les découvrir, j'espérais, du moins, qu'ils nous aideraient à les retrouver une fois blessés. J'employai beaucoup de temps et de patience à les dresser, en attendant que l'occasion se présentât de leur faire connaître le gibier que je les destinais à chasser de préférence.

Cinq chasseurs et quatre chiens constituent un équipage de chasse convenable. Hélas ! on va voir que j'étais loin d'avoir réalisé mon rêve : mes chiens n'étaient bons que pour orner le camp, ils ne pouvaient marcher deux heures sans tirer des langues extra-longues, et il fallait emporter de l'eau exprès pour les réconforter en route. Si, du moins, ils m'avaient rendu des services 1 Mais, hélas ! quelle triste conduite a eue ma meute et quelle fin misérable, bien méritée d'ailleurs ! J'aurai à y revenir plus tard, plusieurs mois s'étant passés avant que j'aie pu me convaincre de l'inutilité de mes peines, avant de me démontrer que le chien de l'Afrique centrale ne ressemble en rien à son congénère du Sud.

De celui-ci, Gordon Cumming, Selous, Kirby et tant d'autres, ont obtenu des services inestimables dans l'Afrique australe ; Cumming l'aurait employé

même pour la chasse à l'éléphant; Selous lui doit bon nombre de lions ; Kirby prétend n'avoir pas abattu un léopard sans l'aide de sa meute. De plus, ces chasseurs étaient toujours à cheval dans ces pays de plaines, ce qui réduisait considérablement pour eux les distances et les fatigues. Quant à moi, je ne pouvais avoir de cheval pour diverses raisons : à cause du caractère accidenté du sol : qui est semé de fossés, de crevasses, de trous d'hvènes, de terriers de fourmiliers , de tanières de phacochères ; puis l'épaisseur de la végétation eût empêché une allure vive, et aussi les branches basses, les racines à fleur dë^ terre, etc. ; enfin l'abondance de la mouche tsétsé (i). Pour ne pas exposer inutilement les chiens à la piqûre de ce terrible insecte, j'évitais de les emmener avec moi dans les endroits infestés, mais j'aurais voulu tout au moins pouvoir compter sur leur concours le cas échéant, pour les recherches importantes et périlleuses ; je les aurais alors envové prendre au camp.

J'étais en possession de mes chiens depuis près de trois mois, et je fondais sur eux de grosses espérances, lorsque le moment de la grande sécheresse commença.

Dès que l'eau se fait très rare, j'en profite, pour chasser à l'affût, de préférence la nuit : je l'ai dit plus haut en parlant des saisons. Muni de mon projecteur électrique, je me place sur le bord d'une mare et j'attends, adossé à un arbre, sous le vent, si possible, et

(i) Mes grandes citasses, p. 29, 30, 31, etc.

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