‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 83 sur 163 · CHIENS EUROPÉENS · texte numérisé non relu

CHIENS EUROPÉENS

le loup lutte de vitesse, en plein jour, avec les animaux qu'il convoite, et il les bat par sa force de résistance, par sa ténacité tout à fait exceptionnelle. Une fois l'animal tombé, il est dévoré en un clin d'oeil, et la meute va se livrer au repos jusqu'à ce que la faim la pousse à de nouveaux combats.

Voilà les animaux qu'il faudrait prendre jeunes et dresser à la chasse au lion 1 Avec six loups, on dépisterait, on traquerait et on mettrait aux abois tous les lions d'un district, quels que soient leurs repaires, leur ruse et leur audace.

Quant à nos chiens d'Europe, inutile, je le crains, de songer à les acclimater en ces pays ; la chaleur, les maladies de peau en auraient vite raison, et surtout la tsétsé, qui y abonde. Qui dit lion dit grand gibier. et qui dit grand gibier dit quantité considérable de tsétsés. Dans les pays tempérés, sur les plateaux montagneux de l'Afrique, les chiens pourraient être utilisés à la chasse au perdreau et à la petite antilope, mais ces régions sont presque toujours dépourvues des autres animaux.

Le petit ratier anglais (rat terrier) vit assez bien sous les climats chauds, mais il ne supporterait pas la vie dans la brousse; les personnes qui habitent les villes ou des maisons confortables peuvent seules en posséder.

Pour la chasse au lion, il faut bien se persuader qu'il n'est point nécessaire d'avoir d'énormes chiens féroces; quelles que soient sa race et sa taille, le moindre roquet ferait très bien l'affaire, pourvu qu'il

n'ait pas peur et qu'il aboie tout autour de son ennemi en ayant soin de l'éviter; il est suffisant pour découvrir la retraite où le fauve se tient tapi, et, une fois qu'il l'a aperçu, il l'occupe assez par ses aboiements, pour que vous puissiez approcher sans être remarqué. Trois ou quatre chiens sont indispensables pour arriver à ce résultat; au contraire, des chiens de pure race et remplis de courage se feraient tuer immédiatement en voulant trop s'approcher delà bête.

Le chacal existe également dans ces régions; mais, contrairement à ce qui se voit en Algérie, il ne vit pas en troupe; on ne rencontre que des individus isolés. Aux régions accidentées, il préfère les pays de plaines. Il est de la taille du renard ou à peu près ; sa robe se compose d'un mélange de gris et de fauve. Il pousse un cri particulier, est très peureux et se nourrit, avec les hvènes, des débris d'animaux laissés par les lions ou les chasseurs.

Pour compléter ce chapitre, consacré à la famille des canidés, quelques mots encore sur l'hyène de ces régions (i).

Dans le nord du Zambèze, la seule qui existe est tachetée. Rien de laid comme cette bête en plein jour. Ses mœurs étranges ont fait naître chez les indigènes certaines superstitions : ils disent, par exemple, qu'après sa mort elle change de sexe, croyance qui vient tout simplement de sa conformation spéciale et de la difficulté qu'on a à se pro-

(i) Mes grandes chasses, p. 128, 129.

L'HYENE. 139

noncer sur son sexe. On prétend aussi que, du fond des terriers où on va déranger des hyènes, celles-ci se mettent parfois à parler comme une personne qui se plaindrait d'être maltraitée. Cette histoire m'a été contée plusieurs fois. Lorsque j'ai essayé de faire sortir un de ces animaux de son terrier à l'aide de fusées soufrées, il m'est arrivé quelquefois d'y réussir; mais, à part quelques miaulements vagues, l'hyène ne m'a jamais rien adressé qui ressemblât à ces discours bien sentis.

L'autre variété (hyène rayée) se rencontre au sud du Zambèze et dans le nord de l'Afrique, c'est-à-dire 4ans les parties tempérées.

Les tanières qu'habite l'hyène sont généralement d'anciens terriers abandonnés par les fourmiliers ; il est rare qu'elle s'en creuse elle-même. A la tombée de la nuit, elle en sort et parcourt le pays, en quête de nourriture, poussant par intervalles son cri lugubre. Si les lions font un repas, l'hyène arrive aussitôt, « par l'odeur alléchée » ; elle attend patiemment, à distance, que les convives se soient retirés, pour se jeter à son tour sur leurs restes et achever la carcasse; ou bien, poussée par la faim, elle tourne autour des villages et des camps pour voler ce qu'elle peut trouver : os, débris de peau, plumes, etc., voire des chiens et des chèvres, si elle en rencontre. Il y a des cas où même, assure-t-on, elle aurait attaqué les habitants pendant leur sommeil.

Lorsque les hyènes rôdaient autour de mon camp et étaient par trop entreprenantes, je leur jetais des

morceaux de viande contenant des pochettes de strychnine; le lendemain on trouvait quelquefois un ou plusieurs de ces vilains animaux morts dans le voisinage.

HVENE TACHETEE.

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