LES FEL'X DE BROUSSE
Or, au mois d'août, il est excessivement difficile de parcourir le pays : les sentiers indigènes euxmêmes sont à moitié recouverts par les herbes ; tout est sec et cassant. C'est alors que les feux dits de brousse (i) sont allumés par les noirs aux alentours des villages, par les voyageurs sur les sentiers, par les chasseurs dans les bois. Le souffle puissant et continu du vent active laflamme, l'incendie s'avance ; mis généralement le soir, il se propage toute la nuit avec un bruit pareil au grondement du tonnerre, marche avec une effrayante rapidité, lèche les arbres de ses hautes gerbes embrasées. Des colonnes de fumée en tourbillons s'élèvent vers le ciel, enlevant dans leurs spirales noires des brins de paille et des débris enflammés, tandis que sur le sol crépite comme une fusillade : ce sont les grosses pailles et les plantes restées vertes qui éclatent. Le vent tempère ou précipite le grondement, et l'élément déchaîné traverse ainsi les plaines, grimpe les collines, court à travers d'immenses étendues de pays. Quelquefois plusieurs jours après, au milieu d'amas de cendres noires, grises ou blanches, de troncs d'arbres morts qui ont pris feu, un filet de fumée bleue s'échappe, montrant que le feu couve encore et qu'il continue lentement son œuvre. Il est pourtant rare qu'il fasse de longs parcours sans être arrêté; pour mettre leurs villages à l'abri, les indigènes brûlent les alentours à l'avance; les flammes qui arrivent ne trouvent alors plus rien
(i) Mes grandes chasses, p. 122, 202, 237, 241.
qui les alimente. Les forêts dépourvues d'herbes, les endroits humides, les espaces sablonneux ou rocailleux, éteignent également la combustion.
La vitesse des flammes, dans une plaine herbeuse, est en raison directe de la force du vent; j'en ai vu marcher avec une rapidité effrayante, peut-être à 20 kilomètres à l'heure; d'autres fois, au contraire, elles en font à peine 4 ou 5.
Quand on est en marche dans un pays sec, si on est surpris par la conflagration, et que le vent soufile un peu fort, il n'y a pas un instant à perdre, surtout si les herbes s'étendent loin de tous côtés. Nous nous sommes trouvés plusieurs fois dans cette situation, et il a fallu toute la diligence dont nous étions capables pour ne pas avoir à souftrir du fléau. Dès que vous entendez le feu, et on l'entend de fort loin, si vous croyez être sur son passage, allumez l'herbe vous-même devant vous, sous le vent, en traçant une ligne qui s'étende à droite et à gauche ; les flammes partent de cet endroit en s'éloignant de vous, puisqu'elles ne remontent évidemment pas contre le vent : elles dénudent ainsi un espace où il faut vous dépêcher de vous placer, en vous portant aussi loin que possible de la limite des herbes restées intactes. Ouand le 2:rand embrasement arrive, il est forcé de s'arrêter net là oii vous avez commencé le vôtre.
Une quantité de biichangas, oiseaux noirs comme la fumée où ils s'agitent, suivent les incendies, attrapant au vol les sauterelles et les insectes que la flambée fait sortir sur son passage.