‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 89 sur 163 · ARRIVÉE DES FAUVES · texte numérisé non relu

ARRIVÉE DES FAUVES

zèbre, la tête élevée, évidemment occupé à inspecter la termitière factice qui l'intrigue; on ne peut malheureusement pas distinguer l'expression de sa physionomie ; on voit seulement sa robe fauve clair légèrement éclairée par la lune sur le dos et la tête, tandis que le reste du corps se confond avec l'obscurité bleuâtre du sol. Après avoir regardé un instant, pendant lequel nous avons gardé l'immobilité la plus complète, le lion baisse la tête, flairant la terre, afin de trouver un indice qui confirme ses soupçons. Nous avons passé une seule fois en cet endroit, et notre piste doit être effacée, car il lève la tête de nouveau et s'avance encore... Mille pensées s'agitent en ce moment dans mon cerveau, dont le calme contraste avec les battements de mon cœur. S'il fait le tour de notre cahute, me dis-je, il va nous sentir, et je ne pourrai pas tirer sur lui ; s'il s'éloigne après nous avoir sentis, notre chasse est compromise. Mieux vaut donc tirer avant qu'il aille trop à droite, où la disposition de mon hublot m'empêcherait de le voir. Le lion, à un certain moment, s'arrête encore en face de nous, à regarder dans notre direction ; il est à peu près à huit mètres, mais le sol est très sombre, et le lion ne se détache pas sur le ciel, ce qui fait que je ne pourrai même pas tirer à coup sûr; je ne le vois qu'en partie. Au lieu d'aller vers la droite, comme j'avais pensé, il s'approche encore d'un pas et, flairant la terre, pousse un grondement profond et court que nous comprenons aussi bien que son camarade et qui veut dire : « Attention, il y a du danger par ici! »

Il lève la tête, regarde dans notre direction, puis se remet aussitôt à flairer.

Il tourne légèrement à gauche et suit notre piste vers le bord de l'eau, faisant deux ou trois pas, me présentant à ce moment son flanc gauche. Je pousse légèrement mon canon au dehors, sans bruit, je l'incline un peu afin de voir mon point de mire, et je cherche en vain pendant quelques secondes l'endroit où je dois tirer. Ces secondes me semblent des siècles : j'ai fort l'appréhension de faire de la mauvaise besogne et encore plus peur de voir partir mon adversaire sans avoir eu le temps de faire feu, balancé que je suis entre le désir d'attendre une meilleure occasion et la crainte de ne pas retrouver celle que j'ai. Enfin, me guidant sur le reflet de son dos et l'ombre que projette sur le sol les rayons de la lune passant entre ses jambes, j'ajuste avec soin et presse la détente

Un rugissement terrible retentit; un choc violent renverse notre abri qui s'effondre sur nous, nous couvrant de terre et de sable ; immobiles dessous, nous voyons, entre les pieux disjoints, la fumée encore en suspension dans l'humidité de la nuit et le nuage de poussière qui s'élève du sol à la suite de la chute de notre cahute. Nous nous trouvons en fort mauvaise posture, occupés à retenir des mains les morceaux de bois qui ont failli nous tomber sur la tète, regardant dehors ce qui est advenu de notre blessé, car je suis sûr de l'avoir touché. S'il était à côté de nous, bouger serait dangereux. Enfin,

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