‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 90 sur 163 · APRES LE COUP DE FEU · texte numérisé non relu

APRES LE COUP DE FEU

comme rien ne remue, je sors d'abord la tête, puis un bras, et j'inspecte les environs dans l'attitude d'un homme qui, enseveli sous un tas de fagots, cherche à se tirer de là; mes hommes en font autant, et, comme nous ne vovons rien ni les uns ni les autres, nous nous dégageons des décombres sans autre mal que quelques écorchures insignifiantes.

Que s'est-il passé? Le lion, aveuglé par la douleur ou affolé par la surprise, a dû se cogner contre notre abri improvisé en s'enfuyant, ou bien il l'a frôlé de la patte : vu son peu de solidité, l'édifice a été renversé.

Après nous être secoués et avoir dégagé les fusils, nous regardons autour de nous : toujours le zèbre et toujours rien que lui. Nous appelons nos compagnons qui descendent de leur arbre et nous font leur rapport : le premier cri de chouette était pour nous prévenir de l'arrivée des lions; ils ont passé sous l'arbre où étaient nos guetteurs, et, faisant le tour de la mare, ils sont restés longtemps à regarder dans la direction du zèbre et de la cahute. Le deuxième cri annonçait leur marche vers nous. Après le coup de feu, mes hommes ont vu un seul lion s'enfuir par le même chemin, au petit trot, s'arrêtant plusieurs fois pour regarder en arrière, comme s'il attendait son camarade. Aussi croyaient-ils que l'autre avait été tué sur place quand je les ai appelés. Malheureusement, il n'en est rien : notre lion a disparu.

Nous allumons quelques brins d'herbe afin de regarder la piste, nous n'y voyons tout d'abord que l'empreinte de la bête au moment où elle a bondi en

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avant; ah! mais voici un gros jet de sang, un mètre après la cahute, les pieux mêmes en sont éclaboussés du côté où l'animal s'est cogné. Il est assez commun de voir un lion, en recevant un coup de feu, bondir en avant; la bête, sans doute, veut se défendre contre l'attaque qu'elle reçoit, et son mouvement le plus naturel est ce simulacre de charge.

Nous sommes d'avis que l'animal est blessé à mort et qu'il est impossible qu'il soit allé loin. Mais comment le chercher, sans paille, sans torche? Le clair de lune est tout à fait insuffisant pour un pareil travail; déjà, en plein jour c'est une besogne on ne peut plus périlleuse que de chercher un lion blessé; je laisse à penser le plaisir que l'on doit y prendre dans une obscurité qui rend tout buisson suspect et où l'on a vingt chances contre une de ne rien trouver, tout en exposant sa vie ou celle de ses hommes.

D'un commun accord nous allons renvoyer la recherche au lendemain, quand une idée me vient : si le lion est mort, les hyènes, nombreuses dans le canton, n'en laisseront que des os demain matin, et encore! Cette idée excite mes hommes, car pas de peau, pas de prime (i). Aussi tenons-nous un conciliabule, à la suite duquel il me semble que ce qu'il y a de plus raisonnable est d'attendre un peu; plus nous attendrons, plus nous aurons de chance que le lion succombe à sa blessure s'il est mortellement atteint.

(i) A titre d'encouragement et de récompense, mes chasseurs touchaient une petite prime convenue d'avance pour chaque éléphant, rhinocéros ou lion abattu. Pour les autres animaux, ils n'y avaient pas droit.

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