‹ Chasses aux grands fauvesChapitre 91 sur 163 · CHASSE AUX FLAMBEAUX · texte numérisé non relu

CHASSE AUX FLAMBEAUX

Nous allons donc rester deux ici à attendre, en fumant une pipe, que les quatre autres soient allés au camp et aient rapporté des feux de Bengale. A la lueur d'une allumette, j'écris à Bertrand pour les lui demander, ainsi que de la paille et des sagaies. Quelques hommes supplémentaires apporteront des tisons.

Dès que nos compagnons sont partis et que tout est rentré dans le silence, nous entendons deux fois comme une plainte dans la direction de la plaine ; mais est-ce un oiseau nocturne, ou bien une hyène en tournée? Nous ne pouvons le dire. Ce bruit ne se renouvelle pas. Une heure à peu près se passe sans incident. La lune commence à descendre, il peut être une heure du matin, lorsque des voix et des lueurs annoncent l'approche des renforts : nos hommes sont de retour.

Nous partons en avant avec des torches poursuivre les traces de sang, et derrière nous, de temps à autre, je fais allumer un feu de Bengale qu'on élève au bout d'un bâton pour éclairer la plaine que j'explore à la lorgnette. Heureusement pour nous, le feu a tout nettoyé : il ne reste que quelques arbres rabougris et des plantes desséchées.

Le sang est abondant, mais par intermittences, et nous avons la plus grande peine à trouver des traces. Ce groupe d'hommes avec ces torches, ces feux éblouissants éclairant vivement sur un point les arbres et les détails de la plaine, tandis que le reste du paysage est plongé dans l'ombre, doivent faire un effet étrange; on dirait quelque apothéose de mélodrame;

je ne crois pas que le lion ait été souvent chassé dans ces conditions. Ne pas vouloir perdre sa "peau était fort sage, mais c'était risquer la nôtre que de le poursuivre la nuit, alors qu'il était peut-être encore en vie, agonisant, exaspéré par sa blessure. C'était même de la folie.

Nous avons mis ainsi une heure pour faire à peu près deux cents mètres, et je me rappellerai toujours ce qui s'est passé à ce moment-là : à la lueur d'un feu, je venais d'explorer tous les environs sans rien voir, quand devant nous nous entendîmes tout à coup un grondement distinct qui se changea presque aussitôt en un rugissement terrible, rauque, comme si la bête qui le poussait étouffait, mais un rugissement de rage qui faisait pressentir le saut, l'attaque, la vengeance d'une bête affolée. Chacun comprit si bien cela que, en un instant, plus personne... Les porteurs de torches détalèrent, les feux s'éteignirent, nous laissant dans l'obscurité, et le silence le plus complet régna, entrecoupé par des hoquets du lion, des sons vagues, des plaintes, des craquements de buissons et de feuilles à cinquante mètres à peine, tandis que la lune achevait de descendre, laissant tout dans les ténèbres.

Au moment de cette panique, bien naturelle de la part d'êtres qui, comme nous, n'y voient pas la nuit, j'ai fait en courant quelques pas vers la gauche, craignant une poursuite de la bête, puis, n'entendant plus rien, je me suis accroupi très bas, mon fusil à la main, de façon, si quelque chose s'approchait, avoir ce quelque chose se détacher sur le ciel. A ce moment, j'entendis

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