MA METHODE D'AFFUT
tudes : le premier reviendra longtemps boire au même endroit, tandis que le second ne visitera jamais une mare plus d'une ou deux fois de suite, s'il en a une autre à sa disposition.
Une fois décidé à chasser dans une région, j'avais à chacune des mares un affût préparé consistant soit en une cahute comme celle que j'ai déjà décrite, soit en un petit retranchement en terre ou en pierre, construit de façon à nous protéger surtout par derrière. Le plus ordinairement je me servais d'une des termitières qui abondent sur le bord de l'eau et qui y forment des élévations. Je m'y taillais un siège et je la faisais entourer en arrière d'épines, de façon à ne pas être surpris de ce côté (i). D'autres conditions sont indispensables à l'établissement d'un affût : par exemple, d'être sous le vent de l'animal qui boit, pas trop près, pas trop loin, en dehors de la ligne par laquelle il vient généralement et surtout pas trop haut, ce qui gêne le tir. Parfois, lorsque les termitières manquaient et que je ne pouvais faire autrement, je me suis installé sur un arbre; mais, en échange d'un seul avantage, qui est de n'être pas senti, cette position offre de graves inconvénients, à commencer par l'impossibilité où on se trouve de remuer ou de changer de place selon les besoins. L'arbre n'offre guère de sécurité, attendu qu'on ne peut y monter que s'il est rabougri (les grands arbres étant hors de notre portée), et alors n'importe quel animal peut y sauter, témoin un
(i) Sur ce siège, afin ne pas être piqué par les termites, je faisais étendre soit une peau, soit un morceau de toile à voiles, un vieux sac, etc.
léopard blessé qui faillit atteindre un jour notre perchoir et nous culbuta tous à terre, pêle-mêle, au risque de nous faire rompre le cou et de nous recevoir sur l'échiné ; il se sauva, effrayé par ce qu'il venait de faire. Non, décidément, un arbre ne vaut pas le plancher des vaches ; il y a incontestablement du danger à attendre ainsi des animaux redoutables par une nuit noire, mais on conserve la possibilité de fuir, si douteuse soit-elle, et, malgré la difficulté de la chose, cette pensée rassure et donne confiance; on peut se cacher derrière sa termitière et même au besoin choisir à l'avance un arbre à proximité où l'on se ménage un refuge ; on peut varier sa position selon les occurrences ; on est d'ailleurs libre de ne pas tirer, de ne pas manifester sa présence, si l'on sent que le danger est trop imminent.
Et puis il faut se souvenir que, dans cette chasse, l'homme a l'avantage de la surprise ; c'est lui qui attend, aux aguets, l'animal sans méfiance. Si, dans les premiers temps, je me sentais énervé et plein d'appréhension, j'ai bientôt pris l'habitude de ce genre de chasse. Il va sans dire que les émotions qu'elle procure sont bien plus violentes que celles que donnent les rencontres de jour : dans ce calme absolu, une feuille qui tombe, une ombre, une petite branche qui craque, sont autant de sujets d'émotion, et le cœur bat plus d'une fois à l'approche d'une inoffensive antilope dont on ignore l'identité.
Si la chasse de jour est souvent une affaire de coup d'œil, de rapidité de jugement, la nuit, au contraire,