‹ Chasses dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 18 sur 79 · PARTIE D TET CIN ERNST · texte numérisé non relu

PARTIE D TET CIN ERNST

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Jessie avait bravement pris soin de ses quatre frères: el grâce à la pêche abondante dans ces parages, aux nids d'oiseaux de mer, aux cerfs auxquels elle tendait des lacets, la nourriture ne manquait jamais au logis. L'ainé des jeunes garcons avait environ vingt ans, et le dernier des

enfants, celui qui avait été cause de la mort de la mére, environ quatorze. Ce petit être, petit à cause de sa taille, car on lui eût à peine donné huit ans, était le favori de la

famille, et si jamais le père souriait à quelqu'un, c'était à lui. Ben ne savait point manier un filet, travailler la terre ou aider aux travaux du ménage; mais sa grande occupation consistait à tresser des guirlandes d’algues marines,

à fabriquer des nattes de joncs, à ramasser des coquillages pour arranger des colliers et des bracelets à sa sœur. Souvent on le trouvait couché sur une grande roche plate, derrière laquelle s’abritait la hutte paternelle, et là, les yeux fixés sur l'Océan, il suivait du regard les voiles blanches d'un navire, ou le courant rapide au milieu duquel s'ébattaient des dorades au dos bleu, des « b1ss » aux écailles de fer, ou des bonites vagabondes.

Souvent encore, à l’aide d’un croc, l'enfant attirait sur la plage des ulves, des goëïmons, des algues que les vagues furieuses de ces contrées arrachent sans cesse aux prairies submergées de l'Océan et poussent sur les rivages. C'étail là tout le travail auquel en coût jamais pu s’astreindre, et on l’aimait tant, que ni‘sa sœur ni ses frères ne songeaient à le gronder et à lui reprocher cette espèce de paresse instinctive.

Dès la première entrevue, Ben s'était pris d’une belle amitié pour moi, quoique dans toute autre circonstance il se füt effarouché de la présence d’un étranger sur la plage solitaire. La seconde fois que je mis les pieds sur l’île, il m'engagea à demeurer quelques jours avec lui, Je me laissai aller à consentir à cette douce contrainte, d'autant plus que Ben se flatta de me montrer des poissons, des oiseaux et des animaux que je ne connaissais pas.

Et en effet, le petit bonhomme ne me trompait point: il connaissait tous les gites, grimpait parmi les aspérités des rochers, mettait la main sur le pingouin accroupi sur ses œufs sans le faire fuir, et où j'aurais déclaré la guerre, lui faisait la paix.

Un matin, le troisième jour de mon arrivée à la hulte de Jessie, voulant profiter d’un soleil flamboyant et faire une longue course le lo: g de la côte, je demandait à la sœur de mon jeune ami où il était. Elle le chercha, l'appiia, lui et ses trois frères. Ils n'étaient pas dans l’île, Je regardai vers la côte à l’aide de ma lunette d'approche sans rien apercevoir. Résolu cependant de ne pas demeurer au logis, je pris

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