‹ Chasses dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 2 sur 79 · PS · texte numérisé non relu

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PRÉFACE XI Il n'est pas de pays au monde où la chasse soit plus attrayante qu’en Amérique, surtout pour nous autres Européens, forcés, afin de satisfaire notre passion, à nous munir avant tout d’un port d'armes, d'une action de chasse, d’un permis de commune, d'une muselière pour notre chien, et de mille autres articles indispensables pour défier les procès -verbaux du gendarme, du garde champêtre ou du garde particulier.

Aux États-Unis la‘chasse est libre partout. Procurez-vous un fusil et des munitions, un sac et u chien; aventurez-vous au nord, au sud, à l’est et à l’ouest ; il vous est permis de vous introduire en tout lieu, el onques personne ne songera à vous empêcher de passer sur ses terres ou de traverser ses bois.

Il n'y a d’entr'actes à ce sport illimité qu'à

l’époque des accouplements, — c’est-à-dire du

15 avril au 4 juillet, et encore pendant cette période peut-on tuer lièvres, cerfs, oiseaux de passage, gibier d’eau, ours, panthères et animaux nuisibles. Les seuls oiseaux protégés par les lois du pays sont les perdrix (quæils), les coqs de bruyère (grouses), les dindons, et surtout les bécasses. Malheur à vous si vous êtes surpris chassant ces oi-

seaux en temps prohibé. Le premier messier venu,

XII PRÉFACE un simple valet de charrue, vous déclare procèsverbal, et vous serez bel et bien condamné par le judge du territoire à une amende de cinq dollars (25 francs) pour chaque long bec découvert au fond de votre gibecière.

Moi qui vous parle, ami lecteur, je me suis vu, certain jour, le 25 juin 1842, arrêté par un bûcheron, à quelques lieues de New-York, ayant onze bécasses dans mes poches; on me traîna à Hastings, devant les autorités, et j'aurais été bel et bien condamné à payer l’amende énorme de deux cent soixante-quinze francs, si je n’eusse prouvé au juge qu'en ma qualité d’étranger j'ignorais les règlements du pays. Mon excuse fut admise; j'en fus quitte pour ia confiscation de mon gibier, dont le chef de la justice, — à ce que j'ai appris plus tard, — se hâta de faire un succulent pâté.

La bécasse (1oodcock) des États-Unis est plus petite que son congénère d'Europe, et n’a d'autre ressemblance avec le scolapax rusticola que son plumage, dont l'identité est en tout parfaite. Suivez le courant d’un ruisseau, un matin du 4 juillet; aventurez-vous au milieu des fondrières boueuses d'un bois marécageux, ou parmi les méandres d’un épais cannier, à chaque pas votre bon pointer

tombera en arrêt, une bécasse se lèvera au bout

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