‹ Chasses dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 20 sur 79 · LE LE · texte numérisé non relu

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A cet aspect je me sentis trembler, et bientôt en rouvrant les yeux, que j'avais fermés pour ne pas voir, j’aperçus deux des frères du téméraire Ben qui s’efforçaient de remonter la corde , tandis que le troisième menaçait l'aigle d’un bâton sans pouvoir l’atteindre.

Je ne savais quel parti prendre : tirer me paraissait impossible, de peur d'atteindre Ben. Je demeurai la bouche béante sans oser bouger ou respirer. Sous son bras, le courageux enfant tenait deux aiglons; mais au moment où l'aigle allait déchirer son visage, il se décida à en lâcher un. J'étais en proie à une angoisse indicible, et j’entrevis à travers mes paupières closes l'oiseau roi des airs se précipiter pour arrêter dans sa chute son petit qui voletait.

Je respirai alors ; les deux petits garçons tiraient de toutes leurs forces. Ben approchait du bord supérieur, et le frère ainé attaquait l’aigle à coups de pierre.

Prompt comme la foudre, l'oiseau irrilé revenait au combat; mais à l'aspect du bec ouvert de son ennemi, Ben lächa le second aiglon et se cramponna à l'arbre, tandis que ses frères le tiraient à lui.

Au même instant, visant le formidable oiseau, je l’atteignais d’une double décharge et l’étendais mort à mes pieds, tenant encore son petit vivant entre ses serres.

Quelques minutes plus tard, je pressais dans mes bras le petit dénicheur d’aiglons, tout en le grondant de s'être ainsi exposé pour moi; car c'était pour m'offrir ce trophée que Ben et ses frères avaient quitté leur père et leur sœur dès l’aube du matin, sans prévenir personne du coup de main qu ils méditaient.

J’ajouterai, pour terminer cette histoire, que je voulus descendre moi-même dans l'aire de l'aigle et retrouver, si faire se pouvait, , jeune aiglon que Ben avait läché le premier. Je rechargeai done mon fusil et le passai en bandoulière; puis, amarrant solidement la corde, à laquelle

j'eus soin de faire de gros nœuds, je me laissai dévaler

doucement et touchai bientôt du pied l'aigle. Le jeune

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ouvrant k oiseau se débattait au milieu du nid, et je pus facilement us deux m'en emparer. onter la C'était sur une corniche plate que les oiseaux de Jupiter n bâton avaient préparé la couche de leurs aiglons, amas de branchages , de roseaux, de bruyères ayant cinq ou six pieds sait im- de long, charnier puant entouré de lambeaux de charognes bouche de toutes natures et d’ossements blanchis. L’aigle que ras, le } j'avais tué mesurait douze pieds anglais d’un bout de l'aile nent où à l’autre. C’était la femelle.

| lâcher Trois jours de suite, je vins m’embusquer près de l'aire ntrevis vide, attendant le mâle, qui ne parut point. Sans doute il se pré- 4 avait trouvé la mort quelque part, ou bien, avec la finesse roletait. “ naturelle à sa race, avait-il vu le spectacle sanglant du e toutes L meurtre de sa moitié et le rapt de ses enfants, et s'était-il le frère tenu prudemmevi à distance.

J'emporta ce x aiglons à Staten-Island et les offris à u com M. Blanchard, maitre d'hôtel de cette oasis de New-York. n lâcha L'un d'eux mourut au bout de quelques semaines, malgré que ses les soins que l’on prenait de lui. Quant à l’autre, il était É devera gras et dodu en 1849, à l’époque où je quittai les l’attei- L États-Unis, et se pavanait nonchalamment sur son perpieds, É choir, dans le jardin de l'hôtel, en tenue de galérien; car À il avait été prudemment enchaîné par la patte et rivé au s bras 1 tronc d'arbre qui lui servait d’abri. B s'être À Selon toute probabilité, l'aigle de Staten-Island est mort rophée : à l'heure qu'il est, comme tous ceux de son espèce, d’une r sœur à maladie de foie, de m':a50° ou de mâle rage. up de À voulus , * ver, si De iché le { ban- à quelle ë évaler 4 jeune

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J'ai deux fois visité les Prairies et vécu au milieu des [ndiens pendant mon séjour aux États-Unis. Lors de mon second voyage dans la savane américaine, nous nous trouvions, un matin du mois d'octobre 1848, le long d’une chaîne de montagnes abruptes et pelées qui s’abaissaient en forme de vallée et au milieu de laquelle coulait, comme un ruban d'argent, un ruisseau poissonneux bordé par une belle pelouse émaillée de fleurs. De loin en loin, sur le penchant des montagnes qui bordaient le vallon, s’élevaient quelques arbres au feuillage frais et brillant, dont les troncs étaient recouverts de mousse émeraude, et sur lesquels notre vue se reposait avec délices ; car ils faisaient contraste avec la monotonie de la vaste solitude que nous avions traversée, après avoir quitté les rives fangeuses du Mississipi.

On aurait dit un jardin anglais tracé par un des plus habiles horticulteurs de la grande-Bretagne.

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A l'horizon, nos yeux découvraient une manade de chevaux sauvages ! qui paissaient tranquillement non loin d’une

1 La race des chevaux sauvages qui existent actuellement en Amrrique v a éte introduite par les Européens. Elle descend des chevaux qui formaient la cavalerie de Cortez. C’est donc une race d'un sang pur, car les bêtes espagnoles provenaient elles-mêmes de la race arabe, Dans les premiers siècles après la colonisalion, ces animaux se vendaient à des prix fort élevés. Antonio de Herrera dit qu’au Chili un cheval coûtail alors mille piastres ; Garcilasso de la Vega raconte que cet animal étail considéré, au Pérou, comme une richesse ; qu'un père la transmettait à son fils par héritage, ce qui revenait à un don de 3 à 4000 piastres. Mais. au commencement de ce siècle, la race s'était tellement accrue en Amérique, que les Espagnols faisaient leurs remontes de cavalerie aver des chevaux dont le prix, en moyenne, était de deux piastres.

Aujourd'hui on trouve le cheval sauvage errant en troupes innombrables dans les pampas de l'Amérique méridionale, sur les plateaux de New-Mexico, et le long des côtes du Texas. Pour preuve de leur nombre considérable, Azara cite ce fait que, pendant une grande sécheresse qui régna dans les pampas, on trouva sur les bords du Parana, à une seule place, plus de mille cadavres de chevaux : ils avaient été poussés là par la soif; à l'aspect de l’eau ils tombèrent dans une espèce de rage, et, se jetant les uns sur les autres, entamèrent une lutte mortelle.

Chez les chevaux sauvages on rencontre les mêmes nuances de poil que chez les chevaux dressés. Ils n’ont pas une taille élevée, mais ils sont très-vigoureux et doués d’une énergie dont en Europe on ne se fait aucune idée. Ils accomplissent sans fatigue les plus longues courses, Seulement, il faut bien se garder de les arrêter de toute la journée. La nuit, on les abandonne dans les forêts; un peu avant l'aube, on les reprend et on leur donne de l’eau et du maïs. Ainsi lestés, on les fait marcher tout le jour, sans manger ni boire, jusqu’à ce qu'ils atteignent le campement où l’on passera la nuit; à ce moment on leur donne derechef de l’eau et du maïs. Les animaux se trouvent très-bien de ce traitement ; on regarde même comme une chose nuisible de les nourrir dans la journée, et quand on passe un fleuve, on a soin de leur tenir la tête au-dessus de l’eau pour les empêcher de boire.

La manière de marcher du cheval de l'Amérique est telle qu’il peut parcourir sans fatigue un long trajet. L'Américain croit qu'il est absurde de faire trotter un cheval, et le sobriquet le plus injurieux est, dans ce pays : irôlon (c'est-à-dire trotteur). Leur marche est une espèce d’amble particulier, sobrepaso, comme on l'appelle ; elle consiste à lever les jambes de devant, tandis que celles de derrière rasent presque le sol, ce qui empêche l'animal d’être bicssé par la selle. Les courriers d’ambassade font ainsi une fois par mois le trajet de Mexico à Vera-Cruz, aller el retour, en trente-six heures; l’espace est de 63 milles géographiques.

La manière dont les gauchos se servent des chevaux sauvages pour passer les rivières est assez curieuse. Quand ils s'aperçoivent que l'ani-

vingtaine de bisons, dont les uns ruminaient couchés à l'abri d’un fourré de cotonniers, et les autres montaient la garde. Il nous eût été facile de croire avoir devant nos yeux les parcs d'un haras appartenant à un riche fermier du Lancashire.

Le chef des Peaux-Rouges rassembla autour de lui les meilleurs chasseurs de sa tribu, et l’on tint conseil. II fut résolu que l’on exécuterait la grande manœuvre appelée aux États-Unis, parmi les émigrants du Far- West, the wild horses ring, autrement dit le cercle des chevaux sauvages.

Cette chasse exige un grand nombre d’habiles cavaliers, qui, s’échelonnant dans toutes les directions à une distance de cent pas l’un de l’autre , forment ainsi un cercle de deux kilomètres.

Le plus grand silence est nécessaire, car les chevaux sauvages sont faciles à effaroucher, et leur instinct est si grand, que le moindre souffle de vent apporte à leurs naseaux les émanations de leurs ennemis, les Peaux-Rouges du désert.

Dès que le cercle est formé, quatre chasseurs, montés sur de magnifiques chevaux, commencent à courir sus dans la direction de la manade. Aussitôt tous les animaux sauvages se précipitent dans la direction opprsée. Mais toutes les fois qu’ils se disposent à quitter la limite du cercle, le chasseur le plus rapproché se précipite à leur rencontre, et sa présence inattendue effrayant les nobles animaux, les contraint à rebrousser chemin.

Mes lecteurs comprendront facilement quelle pouvait être cette course que notre plume va chercher à décrire. Rien n'est plus magnifique à voir que ces chevaux lancés au grand galop, repoussés de toutes parts, et jetant par leurs naseaux des renâclements si brusques, que les échos d’alen-

mal n’a plus pied, ils se laissent glisser et se cramponnent à la queue. La bête veut remonter à la rive, mais le gaucho lui jette de l’eau dans les yeux : le cheval fait alors volte-face el reprend son trajet vers l’autre bord.

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tour avaient à peine le temps de les répercuter et de se les renvoyer de l’une à l’autre montagne.

Les Pawnees qui m’avaient donné l’hospitalité commencèrent par attacher solidement à des pieux les chevaux de bât, de crainte qu'ils ne prissent la fuite, entrainés par le mauvais exemple. Cinquante Peaux-Rouges, ayant à leur tête le chef de la tribu, se glissèrent le long des bois qui bordaient les collines du côté droit, traînant après eux leurs montures. Un même nombre d'hommes se dirigea à droite, de l’autre côté du ruisseau , tandis qu'un troisième groupe s’en allait, en faisant un immense circuit, s’embusquer en ligne parallèle vers la partie inférieure du vallon, dans le but de se joindre aux deux ailes et de resserrer ainsi le cercle au milieu duquel les chevaux sauvages se trouvaient circonscrits.

Cette habile manœuvre s’exécutait avec une précision extraordinaire, la troisième ligne allait bientôt se réunir aux deux autres, lorsque la manade donna quelques symptômes d'alarme. Les hennissements devinrent plus répétés; ils aspiraient l’air avec force et jetaient autour d’eux des regards pleins d’anxiété. Bientôt ils se lancèrent, au petit trot, derrière un bosquet de bois de cotonniers qui les cacha à nos regards. |

Le chef des Pawnees qui se trouvait le plus rapproché de l'endroit où se passait la scène que je raconte allait s’avancer lentement du côté des animaux, dans l'intention de leur faire rebrousser chemin, lorsque trois Américains, mes camarades de chasse , sortirent du couvert qui les abritait et se précipitèrent en avant.

Cette sortie inhabile dérangea tous les plans des Peaux- Rouges.

A l'aspect des hommes, les chevaux sauvages s’élancèrent dans la vallée, poursuivis par les trois Américains, qui hurlaient comme des démons.

Ce fut en vain que les Pawnees qui formaient la ligne transversale essayèrent d'arrêter les fugitifs et de leur faire

rebrousser chemin. Les animaux, si chaudement poursuivis, forcèrent la ligne et s'échappèrent le long de la plaine.

En ce moment les Peaux-Rouges firent entendre leur whoops de guerre et lancèrent leurs montures au galop. La débandade devint générale.

Les bisons, qui jusqu'alors étaient restés paisiblement occupés à tondre le gazon de la prairie, semblèrent se consulter entre eux, puis, regardant d’un œil surpris l’avalanche humaine qui se précipitait dans leur direction, ils se mirent eux-mêmes à fuir d’un pas rapide, galopant vers un marécage situé au fond de la vallée.

Quant aux chevaux, ils suivirent un étroit défilé dans les montagnes, et tout disparut pêle-mêle dans un tourbillon de poussière, avec des cris, des hourras, et un bruit qui aurait rivalisé avec les éclats de la foudre.

Les trois Américains et près de cinquante Pawnees étaient sur les talons des chevaux sauvages; mais aucun d’eux n'était encore parvenu à lancer le lasso avec succès.

Je dois avouer ici mon inhabileté comme écuyer, et je confesse que j'étais au nombre des retardataires, quoique monté sur une excellente jument, sur le dos de laquelle s'élevait une selle indienne, vrai fauteuil dans lequel je me prélassais sans redouter une chute. Mes pieds étaient solidement amarrés à d'énormes étriers mexicains, semblables à ceux des Turés. J'aurais ainsi défié la plus terrible secousse.

Dans le nombre des chevaux de la manade, j'avais rencontré un magnifique cheval, noir comme les ailes d’une corneille, et je le serrais de près en compagnie de deux jeunes Pawnees qui m’avaient été adjoints pour camarades de chasse par le chef de la tribu. En gravissant le défilé, ce cheval glissa et tomba. Aussitôt les deux Peaux-Rouges sautèrent à bas de leurs montures et saisirent l'animal par les naseaux et la crinière.

Le cheval luttait avec rage, frappait le sol de ses pieds de devant , ruait des deux soles de derrière ; mais, malgré

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ses efforts, mes deux compagnons lui passèrent un lasso autour du cou et lui fixèrent le pied droit de devant à une courroie qui le reliait au pied gauche de derrière.

Tandis que les deux autres chasseurs indiens et les trois Américains poursuivaient lereste de lamanade, je revenais au camp avec le cheval noir et ses deux vainqueurs, qui avaient attaché une seconde corde au lasso, et qui, tendant les deux cordes, tenaient le cheval entre eux deux à une distance suffisante pour qu'il lui fût impossible de les atteindre par ses ruades. Sitôt qu'il avançait d’un côté, on le tirait de l’autre. Aussi, avant qu’il fût arrivé au camp, il était, sinon dompté, du moins complétement subjugué.

De cette chasse interrompue les Peaux-Rouges ramenèrent quatre poulains et une jument. Deux des premiers bais-bruns , les deux autres blancs, et leur mère, ou tout au moins celle qui aurait pu l’être, d’un noir de jais.

Dès le lendemain de leur capture, ces six animaux, arrachés d'une manière si brutale à la liberté illimitée des prairies, paraissaient avoir compris la nécessité de se soumettre, et étaient devenus aussi dociles que les chevaux qui faisaient partie depuis plusieurs années du camp des Pawnees.

La capture d’un cheval sauvage est un des exploits les plus enviés parmi les Peanx-Rouges, à quelque tribu qu'ils appartiennent, dans la savane immense des États - Unis. Les animaux qui vivent à l’état libre sur ces vastes plaines sont de différentes formes et de couleurs diverses, auxquelles on reconnaît leur origine. Ceux-ci ressemblent aux chevaux de race anglaise , et descendent probablement de chevaux échappés des colonies frontières de l’Angleterre avant la déclaration de l'Indépendance de 1776; ceux-là. plus petits, plus nerveux, viennent sans doute de la race andalouse , que les colons espagnols avaient amenée après la prise de possession du Mississipi et de ses terres par Hernandez de Soto.

Le soir qui suivit cette grande chasse, nous étions groupés

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autour des feux qui avaient servi à faire cuire notre souper. Des couvertures étendues sur le sol nous servaient de siége. Une immense sébile de bois d'érable était placée devant nous, dans laquelle on avait versé le contenu des marmites, olla podrida composée de dindons sauvages et de tranches de jambons de peccaris. Plusieurs quartiers de cerf, enfilés

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