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d’un quart d'heure ; mais, à la fin, le Peau-Rouge qui nous accompagnait dit à M. Simonton dans son langage pittoresque :
# « L'oiseau noir est rusé, ; et veut tromper le visage sl pâle. IL est monté sur des : jambes de bois afin de ne : pas laisser de traces. Jette : tes regards dans les ar- “ . bres, et ton œil découvri- À ra celui de l'oiseau plein d'astuce. »
rien n'était plus vrai.
4 Les dindons avaient pris leur vol à quelques pas du buisson et s'étaient abattus au milieu des { branches. Perchés sur les d lianes, serrés les uns À contre les autres comme des poules sur les perches d’une basse-cour, ils à avaient ramassé leur cou 1 auniveau deleursépaules, et attendaient là, patiemment, en retenant jusqu'à leur souffle, que le danger fût passé.
Black et Nick s’élancèrent dans le fourré : ils semblaient avoir oublié leur éducation première, et ils forçaient le
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gibier au lieu de l'arrêter. Le troupeau entier prit de nouveau sa volée, en laissant cinq des siens aux alentours du buisson. Trois se débattaient dans les convulsions de l’agonie; les deux autres étaient tombés frappés à mort.
Dès ce moment il m'était prouvé que rien n'était plus facile que de tuer un dindon : son énorme taille, la pesanteur de son vol, tout contribue à rendre cet oiseau la proie assurée du chasseur; mais si la blessure n’est point mortelle, s’il n’est atteint qu'aux ailes, le dindon, au lieu de perdre son temps, comme beaucoup de gallinacés, à se débattre sur le sol, s'échappe sur-le-champ, et son allure est si rapide, qu’à moins d’avoir un excellent chien, il échappe bientôt à toute recherche. Si le dindon est frappé à la tête, au cou ou dans la poitrine, il est mort; tandis que si le plomb l’a atteint au milieu du dos, il court encore si loin, qu’il est presque toujours perdu.
Les chiens suivent la piste des dindons à des distances immenses, à près d’un tiers de lieue. J’ai vu des chiens américains dressés à cette chasse qui, lorsqu'ils avaient rencontré la voie de la compagnie, partaient en silence sur un signal de leur maître; mais, arrivés en vue des oiseaux, ils aboyaient sans cesse dans le but de les effaroucher et de les faire voler dans toutes les directions. Une fois séparés de cette manière, par un temps calme et chaud, le chasseur commençait sa tournée en tirant le premier dindn, et, les tuant successivement les uns après les autres, les donnait à porter au nègre dont il s'était fait accompagner.
Les dindons vivent généralement au milieu des vertes savanes qui s'étendent le long des bois. Le matin et le soir on les rencontre près des marais, abrités par les grandes herbes, grattant le sol pour y trouver des vers et des insectes; mais à midi et pendant la nuit ils reviennent vers la lisière des forêts pour y dormir, perchés sur les arbres. Dans cette position il est fort difficile de les apercevoir, car ils sont si immobiles, qu'ils semblent faire partie inhérente avec la branche sur laquelle ils se reposent. Règle générale : si
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l'oiseau est accroupi sur ses pattes, il dort. Le chasseur peut s'approcher sans crainte. L’aperçoit-on debout, il est sur ses gardes, et au moindre bruit le voilà parti, bien souvent si loin qu'il est impossible de le retrouver.
On fait souvent la chasse aux dindons en Amérique par un beau clair de lune, lorsque ces oiseaux sont perchés sur les arbres. Le bruit d’un coup de fusil ne les effraie point alors, et l'on peut ainsi tuer toute la compagnie sans changer de place. |
Un matin, chassant dans un des comtés de l'Etat de Missouri, j'entendis.autour d’un bois, le long d’une haie plantée de caroubiers, un gloussement répélé qui altira mon attention. Je m’avançai à pas légers, et bientôt j'aperçus, perchée sur une branche morte, une magnifique poule d'Inde qui caquelait avec une extrême volubilité. L'oiseau se trouvait à quinze pas de moi, j'allais le tirer, lorsqu’à ma gauche des gloussements successifs m'apprirent que plusieurs mâles répondaient à l’appel de la femelle. En effet, je distinguai bientôt au milieu des hautes herbes une vingtaine de dindons qui s’acheminaient vers moi. Leurs yeux brillaient d’un feu inconnu, leur démarche était précipitée, et leurs gloussements langoureux ressemblaient à ceux d’un chat sur les gouttières. À quinze pas, je tirai sur le troupeau , et j'eus le plaisir de ramasser six oiseaux énormes, qui étaient les uns morts, les autres blessés à ne pouvoir plus fuir. Me croira-t-on lorsque je dirai que le reste de ces coqs semblait ne point vouloir abandonner ceux qui avaient succombé sous mes deux coups de fusil, et qu’il me fut encore possible d’abattre successivement quatre d’entre eux sans quitter l'endroit où gisaient mes six victimes ?
Un de mes amis qui voyageait à cheval dans l’intérieur des terres de l’Arkansas, m'a raconté avoir tué d’un coup de pistolet une poule d’Inde qu’il avait vue accroupie sur la terre, et lorsqu'il alla la ramasser, il s’aperçut qu’elle couvait sur un nid dans lequel se trouvaient quatorze petits à peine éclos depuis vingt-quatre heures. La pauvre mère,
malgré l’imminence du danger, n'avait pas voulu abandonner sa progéniture.
Un fermier des États-Unis se plaignait avec raison du dégât que faisait sur ses plantations de maïs un troupeau de dindons, qui ne voulait pas céder à l’intimidation et semblait défier tous les coups de fusil. Il s'y prit de la manière suivante pour en arriver à ses fins. Une large rigole fut creusée par ses ordres; il en tapissa le fond avec des grains de maïs, et ayant chargé un tromblon jusqu’à la gueule, il plaça l'arme meurtrière de telle sorte que cette pièce d’artillerie, fixée sur deux crocs, dominât toute la tranchée. A la gächette du tromblon se trouvait attachée une ficelle, qu'il se proposait de tirer au moment favorable, en se plaçant derrière un buisson épais qui se trouvait près de là. Les dindons découvrirent bientôt la rigole pleine de maïs, ils picorèrent chaque grain, sans cesser pour cela de commettre leurs déprédations dans les champs voisins.
Le gentleman farmer renouvela l’appât plusieurs fois, et les volatiles s’accoutumèrent si bien à venir chercher leur nourriture dans cet endroit, que les nègres de la plantation n’appelaient plus la rigole que furkeys’ ground (le champ des dindons).
Un soir, avant le coucher du soleil, le squire crut que le moment opportun était arrivé de se servir de sa machine infernale. Le voilà qui se glisse à plat ventre jusqu’à l’endroit où gisait le tromblon ; il tire la ficelle, le coup part, et il entend, dominant l'explosion, un bruit terrible, composé des cris des mourants et des coups d’ailes de ceux qui, ayant échappé à la mort, s'envolaient loin du lieu du sinistre. Quarante-trois victimes se trouvaient gisantes sur le sol, le long de la tranchée, les unes mortes, les autres voletant encore, ou bien se débattant dans les dernières convulsions.
« C'était beau à voir! » me disait le fermier yankee; et lorsque je lui demandai ce qu’il avait fait de tout ce gibier, lui dont la famille ne se composait que de dix personnes, y compris deux valets, il me dit qu'il avait salé trente-cinq
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dindons, et que cette provision lui avait été fort utile pour passer l'hiver avec économie. Sans compler que ce coup de canardière avait tellement effrayé les oiseaux du voisinage, qu'ils avaient fui au loin, et que par conséquent la récolte du maïs avait pu être faite sans constater un trop grand déficit.
La chasse aux dindons se fait aussi dans les États-Unis au moyen d’appeaux. Ces instruments se composent d’un petit os qui, taillé d'une certaine façon, attaché à un petit sac de peau plein de crin, produit un son semblable au cri de la poule d'Inde. Les mâles répondent aisément à cet appel, ils accourent, et dès lors leur mort est certaine.
Les Américains emploient, pour tuer les dindons, un moyen qui mérite d’être mentionné : c’est la chasse à la trappe.
Voici comment ils procèdent. Lorsque les dindons sont nombreux dans un bois, quand on remarque qu'ils s'y plaisent, on établit sur un espace de soixante pas une sorte de cage factice, faite de branches d'arbres entrelacées, de manière à former un rempart impénétrable, qui toutefois laisse passer le jour au travers. Cette cage est soigneusement évidée en dessous; bien plus, on bêche tant soit peu la terre pour niveler le sol et le dépouiller de toute espèce d'herbes. L'une des extrémités de cette immense voûte est hermétiquement close, tandis que l’autre offre un passage ou plutôt une coulée de trois pieds de haut, ayant la forme d'une ngive. De distance en distance, les deux parois de cette cage sont reliées l’une à l’autre par des perchoirs. Une fois cette trappe achevée, le chasseur couvre le sol intérieur de grains de maïs, et, sortant par l'ouverture en ogive, il contourne un des côtés de la trappe, semant sur son passage une traînée de grains assez suivie pour qu'il soit impossible de la perdre. Les compagnies de dindons découvrent bientôt les grains, et en les mangeant ils suivent la traînée jusqu'à l'ouverture, au milieu de laquelle ils s’aventurent sans trop hésiter. Une fois entrés, les oiseaux ne peuvent plus sortir, et
bien souvent un chasseur heureux, en visitant sa trappe le matin, y rencontre une vingtaine de dindons, dont il s'empare sans coup férir.
Il est bon d'ajouter, comme ombre à ce tableau, que les animaux nuisibles, tels que renards, coyotes et lynx, qui pullulent dans les forêts de l'Amérique du Nord, devancent maintes fois le chasseur dans sa visite matinale, et que, lorsque celui-ci pénètre dans la cage, il ne trouve bien souvent que des plumes et quelques os à demi broyés.
Je terminerai cet article sur le dindon américain en racontant une des plus belles chasses qui aient jamais été faites — du moins je le crois — au milieu des savanes « de l’autre monde ».
Nous étions depuis deux semaines, mon ami et md, au milieu des Peaux-Rouges, lorsqu'un matin l’un d'eux accourut annoncer au chef de la tribu qu'il avait rencontré, à cinq milles du camp, un troupeau de dindons, qui était composé d'à peu près deux cents volatiles. Quoiqu’en général les Peaux-Rouges estiment fort peu la chair de ces oiseaux, à qui ils ne font la chasse qu’au moyen de piëges, le désir qu'avait le chef d’être agréable aux visages pâles, qui étaient ses hôtes, lui suggéra l’idée de donner des ordres immédiats pour ne pas laisser échapper l’occasion de leur procurer un plaisir de plus.
Une demi-heure suffit pour que tout le monde, hommes, femmes et enfants, fût sur pied , se dirigeant en silence vers le lieu où l’Indien avait rencontré les dindons. A un demimille de cet endroit, toute la tribu, sur un signal du chef, se divisa en deux troupes , l’une se portant vers le nord, et l’autre vers le sud. C'était un curieux spectacle que la vue d'environ deux cent quatre-vingts Peaux-Rouges marchant à la file, sur un seul rang, le corps à moitié courbé, afin que leur tête ne dépassât pas les herbes au travers desquelles ils se frayaient un passage.
Bientôt un gloussement, répété par plusieurs coqs, nous avertit que les dindons nous avaient ou aperçus ou enten-
LES DINDUNS 43
appe le 4 dus. Le troupeau se trouvait devant nous, et lorsque le chef il s'em- ne des Peaux-Rouges donna le signal de l'attaque en poussant son whoop de guerre, toute sa tribu se précipita en avant,
que les ‘4 faisant retentir les airs üc cris perçants et gutturaux. X, qui L vancent ".
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l’autre na, au accountré, à it coméral les eaux , à Soudain, comme d’un seul bond, la compagnie de dine désir dons s’envola devant nous, poursuivie par les Indiens, qui étaient ne s’arrêtèrent que lorsque leur première remise fut accomnédiats plie. La même manœuvre fut répétée cinq fois : à la fin les rer un oiseaux, lassés, rendus, ne pouvant plus voler, trottaient devant nous, s'appuyant sur leurs pattes et sur les extrémités
mmes, 4 de leurs ailes, pourchassés par les Peaux-Rouges, qui les
ce vers attrapaient par le cou et les assommaient sur le sol. demi- Lorsqu'on revint au camp, et que l’on compta le produit chef, de la chasse devant la tente du chef, il y avait cent soixante ord , et dindons entassés dans un seul monceau. Le reste de la comla vue pagnie avait échappé à ce « stceple-chase » meurtrier, soit hant à en se rasant dans les herbes, soit en laissant passer celte fin que meute humaine et en fuyant ensuite sur nos derrières. elles 118 s, nous
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Parmi les animaux les plus rapaces et les plus dangereux de l'Amérique du Nord, le loup (communément appelé coyote dans quelques États du Sud) est celui dont les chasseurs redoutent la rencontre à l’égal de celle d’une panthère ou d’un ours gris. Les loups, bien plus nombreux aux États- Unis qu’en Europe, sont peut-être plus horribles à voir qu'ils ne le sont sur le vieux continent. Partout, le long des sentiers du désert, comme dans les endroits habités, aux environs des fermes et des villages, dans les prairies ou dans les bois, le loup, la goule de la race animale, s'offre aux yeux du voyageur la gueule pleine de bave, les yeux
flamboyants , et faisant entendre un grognement , signe or-
dinaire de lâcheté mêlée d'audace.
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Il est très-difficile de prendre les coyotes au piége; inais on les force souvent avec des chevaux et des criens. Leur pelage est d’une couleur rougeûtre, terne, mélangée de poils gris et blancs. Telle est leur couleur ordinaire ; mais, comme chez les autres animaux, il y a des variétés. Leur queue touffue, noire au bout, est à peu près longue comme le tiers de leur corps. Ils ressemblent aux chiens qu’on voit dans les wigwams des Indiens, et qui descendent certainement de cette espèce. On ics trouve dans les régions situées entre le Mississipi et l'océan Pacifique, et au sud du Mexique. Ils chassent en troupes comme les chacals, et poursuivent les daims, les bisons ou autres animaux dont ils espèrent se rendre maîtres. Ils n’osent pas attaquer les bisons en troupes, mais ils les suivent en bandes nombreuses, en attendant qu’un traînard se détache, un jeune veau, par exemple, un vieux mâle : ils se jettent alors sur lui et le mettent en pièces. Ils accompagnent des groupes de chasseurs ou de voyageurs , prennent possession des camps abandonnés, et dévorent les débris qu'ils trouvent. Ils s’introduisent quelquefois dans le camp pendant la nuit, et s'emparent des morceaux sur lesquels comptaient les émigrants pour leur déjeuner du lendemain. Ces vols exaspèrent parfois ceux qui en soni victimes, et, devenant moins avares de leur poudre et de ieur plomb, ils les poursuivent jusqu'à ce qu'ils en aient couché plusieurs sur le gazon.
Cette espèce de loups est la plus nombreuse de toutes celles des carnassiers de l'Amérique du Nord; c'est pour cela même que les coyotes souffrent souvent de la faim. Alors, mais seulement alors, ils mangent des fruits, des racines et des légumes, enfin toutce qui peut les empêcher de mourir d’inanition.
Le coyote ignore tout sentiment de sympathie , el par cette même raison il n’en inspire aucun. Voici pourtant une anecdote qui prouve que le voleur quadrupède des bois est susceptible d’une certaine sensibilité, celle des nerfs du moins, si ce n’est celle du cœur. Cette histoire m'a été racontée sous
la tente, à la veillée, pendant nos chasses au milieu des Indiens Pawnees.
Pendant la première époque de la colonisation du Kentucky, les coyotes étaient si nombreux dans la prairie sud de cet État, que les habitants n'osaient pas sortir de leurs demeures s'ils n'étaient armés jusqu'aux dents. Les enfants et les femmes étaient sévèrement consignés à la maison. Les coyotes dont le pays était infesté appartenaient à cette race dont le pelage est gris foncé, espèce très-abondante dans les districts du nord, au centre des forêts épaisses et des montagnes inexplorées de la rivière Verte.
Le village de Henderson, situé sur la rive gauche de l'Ohio, près de son confluent avec la rivière Verte, était le cantonnement le plus fréquenté par ces déprédateurs à quatre pattes.
Les cochons , les veaux, les brebis des planteurs payaient un large tribut à ces voraces animaux. Maintes fois, au cœur de l'hiver, lorsque la neige couvrait le sol, quand les troupeaux restaient à l'étable, les coyotes affamés attaquaient les hommes, et plus d’un fermier attardé, rentrant le soir chez lui, s'était vu entouré par un troupeau dévorant, des | A morsures duquel il avait eu grand’peine à se défenüre. all Parmi les aventures les plus horripilantes que j'aie jamais el oui raconter, il n’en est pas qui m'ait impressionné comme
! celle dont Richard, le vieux nègre joueur de violon, fut le héros, et que je vais raconter.
Richard était ce qu’on appelle en bon anglais a good old ai good for nothing darkie (un bon vieux bon à rien de nègre). Tout le canton reconnaissait qu’il n'avait pas d'autre mérile || que celui de racler du violon, ei ce mérite, qui n’en est pas | A un à nos yeux, était cependant prisé à un haut degré par EU tout la gent de couleur, et même par la race blanche qui Hi vivait dans un espace de quarante milles à la ronde. Ce qu'il | y a de certain, c'est qu'aucune fête ne pouvait avoir lieu nl sans que Richard le violonneur fût invité. ‘A Les mariages, les baptêmes, les soirées prolongées jus-
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qu'au jour, que l’on nomme breaks-down aux États-Unis, ne pouvaient avoir lieu sans l’aide de son violon, et quelque vieux que fût le ménétrier nègre, quelque pelée que fût sa tête, aussi noire que la bouteille à l’encre, Richard n'en était pas moins le bienvenu partout où il se présentait, son instrument enveloppé d’un vieux mouchoir en loques sous le bras etun bâton noueux à la main.
Le vieux Richard était «la propriété » de l’un des Henderson, membre de la famille qui donne son nom à ce comté et à ce village de Kentucky. Son maître avait de l'affection pour lui à cause de son naturel obéissant et original, et l’esclave, au lieu de travailler la terre, était libre de faire ce que bon lui semblait. Personne ne trouvait à redire à cette tolérance, car Richard, que son maître disait être « un mal nécessaire, » avait par-dessus tout le talent de maintenir en belle humeur les nègres de la plantation au moyen de son violon.
Richard, qui comprenait toute l'importance de ses hautes fonctions, ne connaissait que son devoir, et élait de la plus grande ponctualité chaque fois que ceux qui l’honoraient de leur confiance lut faisaient savoir qu’on avait besoin de ses services. Sur ce chapitre-là, un rien l’irritait, une contrariété, un dérangement quelconque le rendaient féroce. En dépit de la timidité proverbiale reconnue aux enfants du génie, le vieux Richard tenait de l’hyène toutes les fois que, pendant une des fêtes nègres présidées par lui, quelque chose ou quelqu'un manquait à l'étiquette ou aux convenances. Quant à lui, jamais il ne s'était oublié en quoi que ce fût, et depuis qu'il avait été appelé à remplir les hautes fonctions dont il s’acquittait si bien, onques il ne lui était arrivé de se faire attendre. Et cependant un jour. Pauvre Richard! Le récit qui va suivre prouvera que ce n'était pas sa faute s’il arriva trop tard au rendez-vous.
Une noce de gens de couleur devait avoir lieu sur une plantation située à six milles de celle sur laquelle demeurait le violonneur. Pour que la fête fût complète, le vieux
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