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lamment enflammée, nous avançämes en silence. Les deux chiens qui nous accompagnaient, ayant trouvé la piste d’un opossum, donnèrent de la voix et s’élançèrent en avant, nous guidant jusqu'au pied d’un chêne qui, d’après tous les indices, devait servir de retraite au gibier que nous cherchions. avoue que j'étais fort intrigué pour savoir comment notre chasseur de sarigues allait mettre la main sur celui-ci. Nous n'avions pas de hache pour abattre l'arbre, et l'obseurilé était si grande, que la lueur de la torche, au lieu d'éclairer l’espace en dessus de nos têtes, ne servait qu'à en faire ressortir la noirceur. Le nègre qui nous accompagnail , avant planté sa torche à terre, amoncela à vingt pieds du chêne une quantité énorme de broussailles, de bois mort, el avant allumé ce bûcher, il vint s'asseoir de manière à mettre le tronc de l'arbre entre lui et le fover incandescent. Sur un signe qu'il me fit, j'allai me placer à son côté, attendant avec anxiété l'explication de ces mystérieux préparaüifs. Le bûcher jetait autour de lui une flamme petillante, et bientôt nos veux, accoutumés à l'éclat de cette lumière, distinguèrent les branches du chêne aussi facilement que si elles étaient découpées sur un horizon illuminé.
«€ Maintenant, s'écria le chasseur d'opossums, lanimal est à nous! Regardez Ti-haut, près de ce nœud qui forme un coude, cet objet noir qui parait remuer : qu'est-ce que cela peut être”? »
Et au même instant un coup de carabine faisait tomber à nos pieds une énorme branche que le nègre ramassa en riant aux éclats.
«C'est bien, gros imbécile ! » fit notre chasseur en recharseant sa carabine, Et sans faire plus attention aux grimaces du moricaud et au sourire qui s'égarait sur mes lèvres, le chasseur se mit à examiner de nouveau les branches de l'arbre. Deux fois inutilement encore il déchargea sa carabine; mais au quatrième coup, un grognement prolongé, semblable à celui d'un porc, poussé par l'objet qui tombait devant nous, fut suivi d’un hurrah retentissant.
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Un opossum énorme se débattait dans les convulsions de l’agonie; et le nègre, l'ayant délicatement pris par la queue, rallumait sa torche aux tisons du foyer mourant, alin d'éclairer notre retour à l'habitation, où, assis autour d’un bon feu, rassasiés par un excellent souper, et excités par les rasades d’un champagne exquis, nous félicitions l’habile inventeur de la chasse aux opossums sur sa découverte importante.
J'ai connu, pendant mon séjour à Philadelphie, en 1845, un certain M. David Crockett, original sans copie, que ses compatriotes avaient élu général de la garde nationale de la ville. Cet Américain pur sang avait, entre autres manies, celle de se croire un second Robin Hood. Jamais, assuraitil,1l ne tirait un coup de fusil sans atteindre son but. Plume ou poil, rien n'échappait à son coup d'œil d’aigle. Un de ses anis qui me présenta certain soir au Nemrod philadelphien disait en sa présence :
« Vous voyez bien David”? La justesse de son coup d'œil est telle, que lorsqu'il va chasser dans les bois, si un opossum l’aperçoit, il lève la patte comme pour lui faire signe d'attendre un moment avant de tirer.
«— Est-ce vous, monsieur Crockett? lui dit le sarigue elfravé.
« — Oui! « — En ce cas, je vais aller vous rejoindre; attendez-moi.
Je sais que je suis un opossum mort, et qu'il n’y a pas moyen de vous échapper. »
Et la chose se fait comme le dit le didelphe. Il descend de l'arbre, rampe jusqu'aux pieds de M. Crockett, qui délicatement lui donne un coup du revers de la main sur la nuque et le fourre dans sa :arnassière, »
M. David Crockett sourieit cette blague élogieuse; mais il se gardait bien de ;a démentir.
Un certain jour, M ke , qui m'avait pris en grande amitié, me rencont, 4 dans Chesnut-Street, me proposa de l’accompagner à la chasse aux opossums.
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« Volontiers, répondis-je; mais où me conduirez-vous ? Irons-nous loin ?
— Oh! non, reprit-il, nous chasserons seulement sur les bords de la Delaware, à dix milles de Philadelphie, et nous partirons ce soir. »
J'acceptai sur-le-champ, curieux que j'étais de voir par moi-même si l’on ne m'avait pas trop vanté l’habileté de M. Crockett.
Je passe sous silence les détails de notre voyage, qui s'opéra dans un light waggon, conduit par un mulâtre qui ne cessa de siffler depuis notre départ de Philadelphie jusqu'à notre arrivée à Mac-Comb - Dam.
Dès ie matin, mon Nemrod américain et moi, suivis du mulâtre Dolly, nous entrions en chasse. Deux jolis terriers folâtraient en quêtant devant nous. Tout à coup l’un d'eux donna de la voix, l’autre lui répondit , et après quelques pas faits dans les broussailles, ils levèrent un opossum, qui d’un bond s’élança sur la branche d’un hêtre, et de là sur la cime de l'arbre. M. Crockett mit en joue; je le laissai faire , prêt à tirer moi-même, s’il manquait l'animal ; mais, à mon grand étonnement, je vis le sarigue tomber sans que la moindre détonation eût frappé mes oreilles.
Jallais interroger M. Crockett, lorsqu’avec sa main il me fit sicoe de ne pas parler. Les chiens venaient de lever ua autre opossum qui se livrait au même manége que le premier, À mon tour, je me disposais à faire feu, lorsque mou camarade, qui avait épaulé son fusil avant moi, l’abattit de nouveau sans bruit: au même moment le gibier tombait à mes pieds. en ricochant de branche en branche jusque sur le sol.
Cette fois je n'v tins plus. Rien ne pouvait m'expliquer comment M. Croekett forçait aimst les opossums à tomber devant lui, sans coup férir, rien qu'en faisant le geste de leur tirer dessus.
« Vous êtes donc sorcier, mon cher monsieur”? lui dis-je.
— Moi! allons donc! vous n'v pensez pas: » et, sans
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ajouter un mot de plus, M. Crockett me tendit l'arme qu'il tenait à la main. C'était un fusil à vent: le mystere était résolu, je connaissais le mot de l'énigme.
Shakespeare a écrit quelque part l'hémistiche suivant. lequel — je le crois vraiment depuis que j'ai eu entre les mains le premier opossum qui fut tué devant moi — se rapportait à ce sarigue :
Tereby hangs a tail! (il y a là une queue) a dit le barde d'Avon. Certes, jamais cet appendice de Fourier n'eut son pareil sous la calotte du ciel. Cette queue, longue de quinze pouces, noire et dépourvue de poils, sert à l'opossum pour grimper sur les arbres et se tenir suspendu à une branche lorsqu'il guette au passage la proie dont il fait sa nourriture. Rien n'est plus curieux que de voir un opossum se balancer ainsi, soit pour s'amuser, soit pour dormir, comme si, afin de garder ou d'abandonner cette position, il n'avait besoin d'autre chose que de dire : Je veux, ou cela me convient. La force de cette attache naturelle est si grande, qu'on peut tuer l’animal sans qu'il dérape de la branche d'arbre où il s'était suspendu. Lui eût-on même coupé la tête avec une poignée de chevrotines, il n’en resterait pas moins lié jusqu'à ce que les oiseaux de proie eussent dévoré sa carcasse abandonnée. Bien plus, lui eût-on coupé la queue à l'extrémité de l’épine dorsale, cette queue sans pareille demeurerait en place comme le bâton oublié d’un berger d’Arcadie.
Un ministre de la religion méthodiste qui, suivant le précepte des apôtres, allait de ville en village et de bourg en hameau, pour exhorter ses frères en Jésus-Christ à songer à l'éternité, prononçant certain soir un discours diffus, interminable, et voulant donner plus de force à la démonstration qu'il faisait, dans le but d'engager ses auditeurs à persévérer dans la pratique du bien, compara le véritable chrétien à un opossum suspendu par la queue au sommei d'un sapin agité par une tempête violente.
« Oui, mes frères, disait-il, telle est votre image : Île
vent , dont la violence peut vous arracher à l'arbre de J'Évanile, sur la force duquel vous comptez pour être sauvés, est formé par le concours du souffle corrompu du monde, des passions et du diable. Ne lâchez point! tenez bon, comme fait l’opossum pendant l'orage! Si les pieds de devant de vos passions abandonnent leur support, tenez ferme avec les pieds de derrière de votre conscience ; enfin, si ce point d'appui vous manque aussi, il vous reste une dernière prise qui sera votre ancre de salut, et au moyen de laquelle vous irez rejoindre au ciel les saints, qui ont persévéré jusqu'à la fin. »
Comme gibier, le sarigue est par quelques personnes considéré comme un mets exquis. On dirait, à le manger, que l’on mord sur un morceau de porc tendre, au goût quelque peu sauvage. Pour faire cuire l’opossum, les Indiens le suspendent par sa longue queue à un bâton, à l’aide duquel ils le retournent dans tous les sens. Quoiqu'on ne puisse point trouver la chair de ce sarigue une chose immangeable, je dois avouer que lorsque j’y goûtai pour la première fois, il me fut impossible de rien manger après, tellement j'avais été écœuré par l'odeur de cette viande musquée. Mais la seconde fois que mes dents se trouvèrent en contact avec la viande d’opossum, je fus moins délicat. Il faut dire que le plat avait été préparé par les nègres, excellents cuisiniers en général, surtout quand ils font la cuisine pour leur propre compte. Et voici comment ils procèdent pour préparer à point un opossum gras et dodu. Dans une marmite profonde, sur un lit de patates douces, on étend le gibier, que l’on recouvre des mêmes tubercules: on saupoudre le tout de poivre de Cayenne, en ajoutant, pour augmenter la sauce, une ou deux cuillerées de saindoux bien frais : on laisse le tout mijoter pendant cinq heures, et alors on sert chaud.
Je dois dire ici que le mets est délicieux, et que je ne connais rien de plus succulent au monde. C’est pourquoi je conseillerai à tous nos Épicures modernes d'aller y goûter
di par eux-mêmes, Certes un tel repas vaut bien le voyage, et LvéS, 4 je suis certain que tous reviendraient des Etats-Unis en 198 4 chantant comme le font les noirs des plantations du Sud : JON , ‘ s de e Pour faire un bon repas nez Es. tomme il ne s’en fait guère, fin, Faut manger, quelle chère !
une Un’possum gros et gras!
\ de Djing! bing! bou ! boum! bang! ba!
Et puis boire à plein verre PSES Du rhum et du tafia!
Djing ! boun! djang! bing! ba!
con- lah! Jah! ah!
que Pshou ! Pshou!
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quel Isse anès, us-
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Je voyageais dans le Kentuckv, à la fin de l'automne.
Un fermier des environs de Riallon, petite bourgade si- a tuée au pied des montagnes Cumberland, M. Danielson, d à qui j'apportais une lettre de recommandation, m’avail r sracieusement-offert l'hospitalité. J'étais arrivé le soir, gelé, ( morfondu, pénétré par le froid jusqu'à la moelle des os. ( La température avait baissé tout d’un coup, grâce aux tour- S billons de neige réduite en pluie et poussée par un vent du nord très-violent. La froidure était sensible; mais ce chan- l gement imprévu ne prenait pas mon hôte au dépourvu, car les deux piles de bois qui s’élevaient sur un des côtés de sa i maison auraient pu servir à alimenter le foyer de dix familles. On eût dit un de ces chantiers placés au centre de $ Paris pour la consommation de tout un quartier. Le bois, comme on le pense bien, n’est pas rare dans les forêts du Kentucky, et les habitants ne sont pas paresseux à manier
la hache.
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LES RACCONYNNS 69
Le soleil avait déjà disparu depuis deux heures à l'horizon des montagnes Cumberland, et toute la famille de mon hôte était assise auprès d'un grand feu, devisant de tout ce
qui peut fournir matière à conversation pour des gens qui vivent dans un pays sauvage, au centre d’une contrée boisée. Il n'était question que de défrichements, de cultures, de plantations, des ravages que de nombreuses bêtes puantes et
des oiseaux de proie avaient commis et commettaient encore dans la basse-cour, et des dégâts faits dans les champs de blé et de maïs par les corneilles, les corbeaux, les écureuils wris et les raccoons.
« Les raccoons surtout, disait M. Danielson, sont les plus terribles maraudeurs que j'aie jamais connus. Quels gourmands ! Quels pillards! Les premières de nos récoltes sont pour eux seuls, et les premiers épis de maïs en lait les attirent de plusieurs milles à la ronde. Aussi malheur à eux quand ils passent à portée de nos rifles! ils nous laissent alors, en dédommagement de ce qu'ils ont volé, leur peau, qui est très-eslimée pour fourrer nos vêtements, etleur chair, dont nous faisons d'excellents ragoûts. Dans nos comtés ils abondent, et c'est vraiment un plaisir que d’aller à la chasse de ces animaux par une nuit aussi claire que celle-ci. Il est rare que nous rentrions à la ferme le sac vide, à moins d'une très-mauvaise chance. C’est un passe-temps, mon cher monsieur, que nous vous donnerons à la première occasion, si le cœur vous en dit.
— Mais pourquoi pas ce soir? répondis-je à mon hôte; je ne suis pas tellement harassé à cette heure, après l’excellent souper que vous m'avez offert, que je ne puisse vous accompagner à la chasse.
— Je craindrais, ajouta le fermier, que le froid ne vous saisit, et que...
— N'ayez aucune crainte, je suis à vos ordres.
— Va donc pour ce soir, et préparons-nous. » Et sans plus de façons, M. Danielson décrocha deux rifles appendus à un magnifique bois de cerf qui était accroche au milieu du