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Je m'arrêtai naturellement pour examiner à loisir ce quadrupède, que je voyais sous mes yeux pour la première fois. Celui-ci était à peu près de la grosseur d’un renard, avec ectte distinction que son corps était plus gros, plus ramassé. Comme le museau du vulpes de France, celui du raccoon était effilé et pointu, la tête s'élargissait du côté des tempes. Ce qui distinguait le raccoon du renard, c'étaient ses oreilles, conformées tout différemment, ce qui donnait à l'animal unc physionomie peu semblable à celle de son congénère. Sa queue était plus touflue, et partagée en zones brunes et noires. Les jambes de devant étaient plus courtes que celles de derrière, de sorte que, posé sur quatre pieds, le raccoon avait le train de derrière plus élevé que celui de devant, et par conséquent le dos voüté. Un raccoon qui marche ne pose sur la terre que la pointe des pieds, comme le font les chiens ; ce n’est que lorsqu'il est au repos qu'il s'appuie sur les talons. Au moyen de ce point d'appui il a la facilité de mouvoir son corps d’une manière verticale et oblique à la fois, facilité qui lui est particulière à lui comme à l’écureuil. C'est avec les pieds de devant qu'un raccoon porte les aliments à sa gueule, et les soutient à la portée de ses dents. La fourrure du raccoon est d'un brun rouge sur les côtés, nuancée de noir sur les reins, et presque blanchâtre sous le ventre. Les oreilles sont noires ainsi que le bout du museau, tandis que les joues sont d’un rouge clair. Comme on le voit, cest là un animal d’un aspect singulier, qui mérite bien la digression que je viens de faire dans mon récit de chasse. Mes lecteurs m'excuseront d'avoir ainsi... rompu les chiens. Je reviens à ma narration.
Les chiens de M, Danielson avaient trouvé une nouvelle piste et s'étaient remis en quête; ils suivaient tous, sans la moindre hésitation, un sentier à travers la forêt, et nous nous dirigions de notre mieux en suivant les méandres presque impraticables de ce sentier enchevètré de lianes, de ronces et d’arbustes aux feuilles piquantes. Comme on le voit, ce chemin était aussi mauvais que mon hôte me l'avait annoncé.
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Les Chasses,
Nous arrivions dans un site marécageux, et le sol devenait si glissant que nous trébuchions à chaque pas. Tantôt je me heurtais contre le tronc d’un arbre abattu, tantôt une ronce venait menacer l'équilibre de mon chapeau et de mes lunettes ; enfin, au moment où je m'y attendais le moins, je fus arrêté tout net. Mon pied, ou plutôt ma chaussure s'était enfoncée dans un trou formé par deux racines en forme de tire-bottes, et pour qu’il me fût possible de me retirer de là, mes camarades de chasse furent obligés de se servir de leur hache. Sans cela j'aurais élé retenu par le pied comme Milon le Crotoniate le fut jadis par les mains. Eussé-je éprouvé un sort pareil à celui du célèbre athlète? Je ne puis le dire ; mais si je ne craignais pas les raccoons, j'aurais eu peur d'être dévoré par les coyotes, et même mordu par les serpents crotales , en dépit du froid.
Cet incident burlesque, au lieu de me décourager, avait, au contraire, ranimé mon ardeur. Nos nous remîmes en marche et, non sans broncher à chaque pas, nous arrivämes près d’un « bayou », dans la fange duquel le raccoon avait pénétré pour mieux se défendre contre la dent meurtrière des chiens. Gràce aux lueurs de la torche de Tom, nous aperçümes bientôt le quadrupède clapotant au milieu de la vase, qui lui allait jusqu’au ventre, le poil hérissé, ce qui faisait paraître son corps énorme, et sa queue gonflée d’une telle manière qu'on aurait juré qu’elle appartenait à un loup de forte taille. Sa gueule laissait couler une bave écumante, ses veux jetaient feu et flamme, et, sans perdre de vue un seul des mouvements des chiens qui l’entouraient, il se tenait prêt à saisir par le nez le premier qui se trouverait à sa portée. Les chiens n’osaient plus approcher, et se bornaient à faire contre le raccoon quelques fausses attaques, dont le seul résultat, bien apprécié par l'instinct de nos limiers , était de fatiguer l’animal qu’ils poursuivaient. Bientôt le raccoon manifesta des symptômes de lassitude qui n'étaient point équivoques. Quoiqu'il miaulât plus haut et plus violemment que jamais, nos chiens, sans se laisser inti-
mider par ce tapage effroyable, qui faisait résonner tous les échos de la forêt, commencèrent à le serrer de très-près. Un d'eux, plus hardi que les autres, parvint à s'emparer de sa queue; mais un coup de dent le força à lâcher prise. Un second l’atteignit dans le flanc sans plus de succès. Bien au contraire, le raccoon réussit à lui prendre le museau dans ses mâchoires aux dents acérées, et retint le pauvre chien, qui hurlait de douleur, sans oser faire le moindre effort pour se dégager. Le racccon semblait se croire victorieux, il savourait sa vengeance avec une expression de joie, lorsque tout à coup les autres chiens, comprenant qu'ils n'avaient plus à redouter ses morsures, s’élancèrent tous à la fois sur lui et le terrassèrent après une lutte qui dura près de dix minutes. La raccoon n'avait pourtant pas lâché prise, et tout en cherchant à se défendre, il retenait son prisonnier à l’aide de ses dents, jusqu’à ce qu'enfin un des fils de M. Danielson lui fendit la tête d’un coup de hache.
La chasse avait été heureuse, comme on le voit ; nous avions déjà deux raccoons, dont la peau valait à peu près un dollar pièce, et la chair la moitié environ, comme me l’apprit le nègre Tom, qui appréciait tout par schellings et par pences.
Je pensais vraiment, moi Européen, peu habitué aux fatigues d’une chasse prolongée, que nous allions rentrer au logis et nous réchauffer au foyer de mon hôte; mais ce n'était point ainsi que l'entendaient MM. Danielson ét leur esclave.
« Nous avons bonne chance, mon ami, me dit le fermier, sachons en profiter ; allons de l’avant! »
La meute avait déjà repris sa course , et bientôt elle eut éventé une autre bête qui, courant en avant, se hâta de grimper sur un grand arbre placé sur son passage. Lorsque nous arrivâmes au pied du tulipier protecteur du raccoon, tous les chiens, assis sur leur train de derrière, avaient la tête levée en l’air et abayaient comme des enragés.
Tom, aidé par les deux fils de M. Danielson, se mit, sans
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aucun retard, à attaquer le tronc de l'arbre à coups de hache : les éclats de bois volaient de ‘outes parts, et l'un d'eux faillit m'aveugler, Heureusement j'en fus quitte pour la peur et pour la perte de l'un des verres de mes lunettes. A la fin l'arbre commençait à craquer; il s'inclina d’abord lentement, puis il tomba violemment sur le sol avec un fracas épouvantable.
Par le grand saint Hubert, ce n’était pas un seul raccoon qui se trouvait hissé dans ses branches, il y en avait trois ensemble. L'un d'eux, fin matois, n'avait pas attendu la chute du tulipier pour s’élancer à terre; les deux autres cherchèrent un abri dans les cavités du tronc, où les chiens les découvrirent à l'instant. Les deux jeunes gens se chargèrent de leur prise, tandis que leur père et moi nous suivions un des chiens qui galopait sur la piste du fugitif en donnant de la voix à pleins poumons. Nous avions aflaire à un vieux raccoon, dont le sac était rempli de malice; aussi notre chasse se prolongea-t-elle. J’eus cependant la bonne chance d’entrevoir dans une clairière l’animal qui fuyait, et, tirant au jugé, je le frappai d’une balle à la tête. Il tournova quelques secondes sur lui-même et s’aîfaissa dans les convulsions de l’agonie. Ce raccoon était d’une grosseur démesurée.
Les fils de mon hôte n'avaient pas éprouvé les mêmes difficultés pour s'emparer des deux raccoons. Allumer quelques broussailles, enfumer le terrier si malheureusement choisi par les animaux, guetter leur sortie et les assommer à coups de bâton bien assenés, tout cela avait été l'affaire d’un quart d'heure ; les victimes gisaient à terre lorsque nous rejoignimes le groupe de chasseurs et la meute, qui se reposalent autour du feu mourant.
La lune était levée, et ses rayons se glissaient à travers les ombres de la forêt, c'était le véritable moment de la chasse. Nous nous avancions avec toule la rapidité permise par les obstacles du chemin, jetant les veux au ciel aussi souvent qu’à terre, et cherthant à découvrir quelque raccoon endormi dans les fourches des branches.
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J'en aperçus enfin un qui se détachait en noir sur la partie du ciel éclairée par la lune, et, l’ajustant avec prestesse, j'eus la chance de le jeter à terre d’un seul coup de ma carabine,
Mes camarades eurent à leur tour occasion de prouver leur adresse, et nous eussions ainsi continué cette chasse très-intéressante, si nos estomacs, qui commençaient à nous tirailler, ne nous eussent fait souvenir qu’un bon souper nous attendait à la ferme.
Comme on le pense bien, nous fimes honneur au repas préparé par les soins de mistress Danielson et de sa charmante fille. C'était vraiment plaisir de voir quatre chasseurs dévorer des tranches de jambon de peccari fumé, des muf-
Jins, des galettes de maïs trempées dans une crème aussi
épaisse que du beurre, et grignoter des patates douces comme du sucre, rôties sous la cendre. Je ne passerai pas non plus sous silence une gibelotte de raccoon, que le vieux Tom, excellent cuisinier, s'était hâté de préparer avec tous les condiments nécessaires. Mes compagnons la trouvèrent exquise ,et per nolitesse, pour ne pas faire affront au maîtrequeux de la, , je me crus obligé, malgré ma répugnance, à mettre la uer:. dans un morceau de râble de raccoon. Je fis des eflorts pour ne pas rejeter l’unique bouchée que j'avais portée aux lèvres ; mais, je l'avoue en toute humilité, ma gourmandise préférait une tranche de bœuf à un filet de raccoon , et j'aimais mieux voir ces animaux debout sur une branche que couchés en capilotade au milieu d’un plat.
Le lendemain, Tom se fit un plaisir et un devoir d’écorcher tous les raccoons, et tandis qu’il procédait à cette opération, j'apprenais de sa bouche les détails suivants sur les mœurs de ces gracieux quadrupèdes. « Oui, Massa, me disait-il, le raccoon est aussi intelligent qu'un singe, et il s'apprivoise très-facilement. J'en avais élevé un, il y a trois ans, qui jouait avec moi comme un petit chien, montait sur mes genoux et fourrait sa tête dans les poches de ma veste pour voir si elles ne contenaient rien de bon pour lui. J'avais toujours grand soin de fermer les portes du poulailler, sans