‹ Chasses dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 30 sur 79 · PR ES TS EE TE · texte numérisé non relu

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quoi la petite vermnine m'eût volé lous mes «ufs; car, VOyezvous, Massa, c’est son instinct à cet animal de dénicher les ufs de quails, de part-ridges et de toute espèce d'oiseaux. Nul quadrupède ne sait mieux que lui découvrir sur quel arbre les nids sont placés. Un jour que mon raccoon avait

quitté la maison, je le découvris sur ce grand peuplier que vous voyez là-bas à l’extrévité de la pelouse. Ce rascal, à l’aide de ses pattes, retirait d’un trou de l'arbre de jeunes pies-verts qu’il dévorait à belles dents, tandis que la mère éplorée voltigeait autour de sa tête. Mon raccoon aimait aussi les moules d’eau douce, et nul mieux que lui ne savait

les retirer du fond de la vase. Les œufs de tortue lui paraissaient fort exquis; il avait un instinct tout particulier pour suivre les traces humides laissées par la bête à carapace et pour arriver à son nid. Une fois, — oh! Massa, voyez comme cetle vermine était intelligente, — je le trouvai couché à plat ventre sur le bord du pond (sorte de petit lac) de la clairière, près duquel nous avons passé hier soir; il s'était fourré sur un tas de joncs et semblait dormir comme une marmotte. Une bande de canards sauvages s’ébatlait sur les eaux et s'approchait du rivage sans défiance. Tout d'un coup mon raccoon prend son élan et happe, je dirai presque au vol, un des plus gros ducks de cette société ailée. Le seul reproche que je n’aie pas eu à lui faire, c'est de ne pas avoir respecté les oiseaux de notre basse-cour. Sous ce rapport-là, Massa, il était exemplaire : il ne volait que les œufs, quand il le pouvait. Du re:°:, à part les excentricités dont je viens de vous entretenir, inon raccoon se nourrissait de maïs cuit à l’eau, sur lequel je versais un peu de lail quand je tenais à le regaler. Hélas! ia pauvre bête est morte victime de sa gloutonnerie pour avoir mangé, un beau matin, un lièvre tout entier, poil, chair et os, comme l’eût fait. un boa constrictor. » Et tout en disant cela, maitre Tom versait une larme de regret, tandis que sa bouche démesurément ouverte laissait échapper de nombreux ya! ya! ya! suivis des deux pshou! pshou! stéréotypés dans la bouche de tout nègre qui rit.

J'achèverai cet article, trop long déjà peut-être au gré de mes lecteurs, en leur racontant trois incidents de chasse au raccoon dont j'ai été témoin aux États-Unis.

Aux environs de Charleston, je parcourais un matin les plantations de mon ami M. Elliot, suivi de deux chiens, Rover et Black. Ils firent lever un raccoon, qui se réfugia dans un buisson adossé contre un rocher taillé à pic, une muraille naturelle, d'une hauteur de quinze mètres. Acculé dans une impasse d’où il lui était impossible de s'échapper, le raccoon se détermina à livrer bataille. Voilà mon animal

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qui tout à coup s'élance dans nn étroit espace laissé vide par la végétation épineuse dont le rocher était entouré. Se campant hardiment sur son train de derrière, il se plaça dans la position d'un »oxeur prêt à parer les coups de son adversaire. Black, le poil hérissé, la gueule ouverte, écumant de colère, s'avança seul contre le quadrupède, le dominant de sa hauteur et le tenant, pour ainsi dire, en arrêt. [| y eut une pause de quelques secondes, pendant laquelle quatre yeux se dévoraient et jelaient une lueur phosphorescente, indice d’une rage concentrée chez les animaux. Enfin Black s’élança sur le raccoon , le saisit au poitrail, tandis que son antagoniste enfonçait ses dents aiguës dans l'épaule droite de mon pauvre chien. Black, profondément blessé , ni poussa pas un cri; mais, renversant le raccoon sur le sol, il le pressa si fort contre une pierre qu'il parvint à l'étouffer. lover, qui s'était enfin, quoiqu'un peu tard, élancé au secours de son camarade de chasse, ne lui fut d'aucun secours. J'avais moi-même pris le raccoon par la queue, prêt à le faire tournoyer et à lui briser la tête contre la paroi du rocher; mais l'animal, quoique mort, avait enfoncé ses dents avec une telle force dans la chair de mon chien, qu’il me fallut employer un bâton pour desserrer ses deux mâchoires. Le pauvre Black ne pouvait plus remuer; je fus obligé de le charger sur mes épaules et de le porter jusqu’au logis de mon hôte, où il mourut de ses blessures.

Six mois après celte aventure, je trouvai chez un de mes amis, à la ferme de Beaufort, près de la Colombie, dans la Caroline du Sud , un jeune raccoon que le régisseur de la plantation avait pris dans un terrier quelques jours après sa naissance. Le petit animal avait à peine deux mois, et, laissé libre dans la maison, il avait vécu comme le fait un jeune chat, jouant avec les négrillons, qui l’a ppelaient Tomy, léchant les assiettes à la cuisine et volant de temps à autre un lambeau de viande, un poisson, un morceau de la:d. A différentes reprises on avait remarqué que maître Tomy se glissait près de jeunes poulets, canards et autres

volatiles de la basse-cour, et essayait sur leurs plumes la force de ses griffes. Lo'n de combattre ces dispositions naturelles, le régisseur de mon ami passa une corde dans l'anneau de son collier, à l'extrémité de laquelle il attacha une büche assez pesante. Geci avait pour but de rendre impossible au raccoon le moindre saut au moyen duquel il serait parvenu à s’élancer sur la volaille. Pendant mon séjour à la ferme de Beaufort, nous voulümes, mon ami et moi, faire un essai des dispositions sauvages du jeune raccoon. On le lächa dans la cour, et lorsqu'il se crut bien assuré que personne ne l’examinait, il se mit à ramper du côté où les poules et autres oiseaux picoraient le grain qui leur avait été servi. La gent emplumée ne faisait point attention à cet ennemi, considéré depuis longtemps par elle comme un être inoffensif, un commensal presque , lorsque tout à coup le raccoon s’élança sur le dos d’un vieux coq, qui, surpris de cette attaque inopinée, emporta dans une course vagabonde, autour de la basse-cour, son ennemi cramponné sur son dos, entraînant lui, la corde et le bloc de bois y attaché. Inutile d'ajouter que toute la basse-cour était en émoi, et voletait de toutes parts. Enfin, le rusé raccoon, loujours à cheval sur son coq, réussit à saisir la tête du rooster entre ses dents, et la comprima avec une religieuse componction, les yeux fermés comme un béat qui digère; puis il l'écrasa sans pitié, et sans se laisser le moins du monde désarçonner par les convulsions de l’agonie de sa victime.

Chassez le naturel. il revient au galop.

a dit un de nos grands poëtes; et certes le raccoon de la ferme de Beaufort me montra la force de vérité de ce vers devenu proverbe.

Cependant une pareille perversité naturelle ne pouvait et ne devait pas rester impunie. Il fut décidé, séance tenante, que maître Tomy allait expier son crime, dont aucune circonstance atténuante n’excusait la perpétration. Saisi par

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un nègre de la plantation, il fut pendu haut et court à un hickory dont le feuillage abritait la cour du poulailler, à l’aide de la même corde et du même bloc de bois dont on s'était servi pour chercher à vaincre ses mauvais penchants. Le coq fut mis au pot et mangé le soir à souper, assaisonné de piment rouge et couché sur un plat de riz cuit à point. Que mes lecteurs déduisent de ce dernier incident la concelusion qui leur servira le mieux.

Je termine en quelques mots par la narration suivante :

Dans un bois de cèdres qui croissaient le long de la petite rivière de Crow-Nest , non loin de l’École militaire de West- Point {comté de New-York), je chassais un matin avec mon ami, M. d'O..., professeur distingué, bien connu et fort aimé de tous les cadets de l’'United States military Arculeiny. Une meute de cinq chiens courants avait fait lever un raccoon : le rusé animal, fuvant devant les limiers, était parvenu à éluder leur poursuite. Il avait disparu comme par enchantement, au détour d’un pont de bois jeté sur le torrent écumeux. La meute en défaut allait decà et delà, grognant, ramonant, ne sachant à quel diahle se vouer. Nous les excitions de la voix et du geste. Nous allions enfin abandonner la place, quand un paysan vankee s’avançant vers nous, nous proposa d’un air goguenard de nous livrer le fugitif, si nous voulions le rétribuer de sa peine {remunerate him of his trouble) en lui donnant deux dollars.

Nous nous consultâämes des yeux, mon ami d'O... et moi, et, sans mot dire, je tirai de mon portefeuille un b:{{ de deux piastres que je tendis au Normand américain.

Thur ! Look up in that tree and see his « tayle » hanginy out o’that crow’s nest.

« Là, fit-il, regardez dans les branches de cet arbre (il nous montrait un immense peuplier), et voyez cette queue pendante en dehors de ce nid de corbeaux. »

Rien n'était plus vrai; le raccoon avait sauté sur le parapet du pont; de là il s'était élancé contre le tronc de

l'arbre; puis, s’aidant de ses grifles, il était parvenu jusqu'à un nid de corbeaux abandonné depuis le printemps, cet s’y était bloiti, oubliant, — l’imprudent qu'il était, — que sa longue queue zébrée pourrait trahir l'asile qu'il avait choisi pour refuge. Cette retraite lui était sans doute bien connue, et tout portait à croire que la primogéniture du corbeau avait été croquée par lui en temps et lieu. J’ajouterai en forme d’épisode que le rusé raccoon, bien loin d'être épargné par nous en faveur du fou rire que sa ruse avait fait naître, périt de cette mort subie avant lui par ses nombreux congénères.

Un coup de carabine déchargé dans le nid de corbeau fit tomber la bête au milieu de nos chiens , qui houspillèrent le raccoon jusqu’à ce que son agonie fût terminée. Le supplice, du reste, n’avait pas été de longue durée.

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En 1844, à l’époque des fêtes de l'Épiphanie, je me trouvais à Louisville, chez des amis qui m’avaient offert la plus cordiale hospitalité, lorsqu'un des fils de la maison, grand chasseur et amateur intrépide de sport dans toute la force du mot, me proposa de l'accompagner dans une excursion qu'il avait projetée le long des bords de l'Ohio, jusqu’au point où la rivière se jette dans le Mississipi. Une fois nos préparatifs terminés , nous partimes tous deux dans un keelboat, sorte de chaloupe ayant une cabine à l'arrière, et dont le gouvernail est formé d’un tronc élancé, servant. comme la queue à un poisson, à diriger la marche de ce genre d'esquif. Deux rameurs, placés à l'avant du bateau, lui donnaient une impulsion de cinq à six milles par heure.

Les rives de l’Ohio offraient un triste coup d'œil : l'hiver

avait desséché toutes les plantes, et la seule verdure qui s’offrait à nos regards était celle de quelques canniers entremêlés de lianes aux feuilles rougeâtres. La neige tombait par flocons lors de notre départ, et le froid était âpre comme en Sibérie ou dans le Kamtchatka; mais, au point du jour, la tourmente fit place à un calme plat. Nous étions arrivés à l'embouchure de la rivière Wabash, aux environs de la petite ville de Henderson, et déjà nous pouvions voir, aussi loin que s’étendait notre vue, que la rigueur du froid avait congelé toutes les rives du fleuve , les iagunes et les ponds poissonneux du pays ; car l'air était comme obscurci par des milliers d'oiseaux aquatiques qui passaient et repassaient d’une rive à l’autre, et s’ébattaient à tire-d’aile sur les eaux glacées. Notre bateau s’en allait à la dérive, au milieu de la gent emplumée, et, après chaque décharge de nos fusils, de nombreuses victimes étaient suspendues aux parois extérieures de notre cabine.

C’est en chassant ainsi que nous parvinmes, le quatrième jour de notre voyage, à six milles de l'embouchure de l'Ohio. Cet affluent du Mississipi se réunit au Père des eaux un peu au-dessous de la Creek-River, dont les bords ombragés de caroubiers, d’érables et de cannes, entremêlés de lianes et d'orties, offraient à la vue une muraille inextricable, réceptacle de volées de canards, de sarcelles, de foulques, de grèbes et de poules d’eau. Le froid avait chassé ces oiseaux des régions polaires, et ils accouraient là pour trouver une température plus douce.

Sur une langue de terre qui s’avançait en aval du confluent de la Creek et de l'Ohio, à l’abri d’un énorme rocher dont la base était dénudée par les eaux, une quarantaine d’Indiens appartenant à la tribu des Cherokees avaient élevé leurs tentes, dansle but d'y ramasser leurs provisions d'hiver de hickory-nuts ! et de chasser les ours, les cerfs et les liè-

1 Noix américaines qui sont très-communes dans cette partie des Etats- Unis,

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