‹ Chasses dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 31 sur 79 · RUES RATE MR D · texte numérisé non relu

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vres qui, comme les Peaux Rouges, étaient attirés en ces lieux par l'abondance de la récolte.

Mon camarade de voyage, qui parlait assez bien la langue de ces chasseurs des bois, manifesta le désir d'aborder près du wigwam des Cherokees, ct je me rendis à son avis avec d'autant plus de plaisir, que j'éprouvais une très-grande envie de m'initier à leurs usages , aussi bien que de prendre part à leurs excursions cynégétiques. Une sympathie instinctive unit rapidement ceux qui ont les mêmes goûts, quelle que soit la nation à laquelle ils appartiennent. Tous ces Indiens, qui aimaient comme mon ami et moi la chasse, la pêche et les aventures, nous entourèrent bientôt , et, le soir de notre installation au milieu d’eux, nous étions les meilleurs amis du monde.

Le lendemain, à la pointe du jour, j'entendis un grand mouvement autour de notre bateau, et ayant entr'ouvert la porte de notre cabine, j'aperçus une douzaine d’Indiens, hommes et femmes, qui lançaient à l’eau leur grand canot d'écorce d'érable, et se disposaient à traverser le fleuve pour se rendre dans l’État de l'Illinois. Je m'habillai sur-lechamp, et mon camarade se vêtit avec la même hâte.

J'appris bientôt par son intermédiaire quel était le dessein des Peaux-Rouges : ils voulaient gagner un grand lac sur lequel s’ébattaient des cygnes en si grand nombre qu'ils empêchaient cette nappe d’eau de geler, grâce au mouvement qu'ils entretenaient en la sillonnant dans toutes les directions.

Nous cblinmes, mon ami et moi, la faveur de nous joindre aux chasseurs, et nous nous assimes à l'arrière du canot, dont les ra . : étaient mues par les femmes, tandis que les hommes, étendus au fond, achevaient tranquillement leur sommeil interrompu.

A peine débarqués sur l’autre rivage, les femmes, après avoir amarré le canot, s’occupèrent à chercher des noix, landis que les chasseurs se dirigeaient vers le lac, se frayant un passage à travers les cotonniers qui s’élevaient sur toute

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la route et ralentissaient notre marche. Il faut avoir vu soimême ces broussailles étroitement serrées , croissant sur les terrains fangeux des terres d’alluvion des États-Unis, pour avoir une idée exacte des difficultés que le chasseur doit surmonter pour se livrer à son plaisir favori.

Chercher à les abattre pour y tracer une voie serait chose impossible: on se glisse comme on peut entre les branches les moins touffues, se parant d’une main et éloignant de l'autre les maringouins qui vous environnent, vous assaillent en bataillons serrés et vous menacent d’un aiguillon aussi vénéneux que celui des abeilles. Ce fut au milieu de ces obstacles, entremèêlés de sauts périlleux par-dessus des flaques d’eau bourbeuse sans fond et recouvertes de plants: vertes , que nous parvinmes au bord du lac appelé « Muscle- Shoal ».

Quelle émotion pour un chasseur européen! Devant moi j'apercevais par centaines des cygnes d’une blancheur pareille à celle de la neige, les uns arquant leur cou gracieux au-dessus de leurs ailes, les autres s’inclinant avec grâce, la jambe droite étendue, les ailes arrondies, laissant la brise les pousser doucement, et se réchauffant aux rayons d’un magnifique soleil. Aussitôt qu'ils nous eurent vus, les cygnes s’enfuirent à l’extrémité opposée du lac, manifestant une crainte bien naturelle. Mais, hélas ! leur fuite était vaine : le plan d'attaque des Peaux-Rouges était si bien combiné, que, de l’autre côté de Muscle-Shoal, ils tombaient sous les coups de nos chasseurs. En cherchant à éviter le feu des uns , ils se jetaient sous celui des autres, et tous nos coups portaient en faisant une nouvelle victime.

Mes lecteurs comprendront quelle joie j'éprouvais à tirer sur ces cygnes superbes qui tombaient sous nos atteintes meurtrières, et dont le sang teignait en rose les plumes albes de leurs ailes. Quand le carnage cessa, l'on put compter au nombre de cinquante-neuf ces magnifiques oiseaux qui flottaient sur le lac, inertes, les jambes en l'air et la tête sous l’eau.

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Se jeter dans les embarcations et ramasser les uns après les autres les cygnes qui étaient restés morts, tout cela fut l'affaire d'une heure au plus, et chacun de nous, chargé de son gibier, reprit le même chemin qu'il avait suivi pour se rendre au Muscle-Shoal. Nous traversämes de nouveau le fleuve, et avant la nuit close les Indiens étaient assis sous les peaux de leurs wigwams, tandis que mon ami et moi nous rentrions dans notre cabine.

Cependant, dès notre arrivée au camp, les feux avaient été allumés; le repas du soir, formé de graisse d'ours, de viande de cerf boucanée et de noix, avait été savouré avec toutes les délices d’un appétit aiguisé par la fatigue, et chacun s'était étendu les pieds devant le feu ardent qui pelillait au centre du bivouac de chasse. Tandis que leurs époux , leurs pères ou leurs frères se livraient au sommeil réparateur, les Indiennes, accroupies sur leurs talons, dépouillaient les cygnes de leurs plumes, et pressaient ces légères dépouilles dans des sacs faits de peau de daim. Je les observai pendant quelque temps par la porte vitrée de ma cabine ; mais enfin le besoin de repos m'’attira sur ma couche, où je ne tardai pas à m'’endormir profondément.

C'est au milieu de ces ébats que nous passämes huit jours parmi les Cherokees. Durant ce temps-là, toutes les kickorynuls avaient été recucillies; le gibier, effarouché par nos coups de fusil, avait déserté ces parages, et les Indiens se préparaient à cnanger de quartier général. Le neuvième jour au matin, ils firent leurs paquets, démontèrent leurs wigwams et s’embarquèrent pour descendre l'Ohio jusqu’au Mississipi : ils comptaient traverser le Père des eaux dans ces parages, afin de retourner dans leurs prairies.

Nous n'avions plus rien à faire à Creek-River; aussi nous résolûmes, mon ami et moi, de continuer notre excursion. Dès le point du jour, nous démarrèmes notre bateau, et le soir nous parvinmes au confluent du Mississipi et de l'Ohio. en dessous du cap Girardeau, à dix milles du fort Jefferson. Le froid était devenu d’une intensité sans égale; aussi réso-

lûmes-nous d'établir un log-cabin, et de nous y abriter en attendant que le temps se radoucît un peu. Dès le surlendemain, je ne mettais en chasse, et au bout d’une semaine je connaissais tout le territoire voisin de notre camp. J'avais rencontré des indigènes, qui vinrent grouper leurs tentes de peaux autour de notre cabane et s'associer à nos chasses, La plupart de ces Peaux-Rouges appartenaient à la tribu des Osages , et d’autres aux loways; ils ne vivaient que du produit de leur adresse à poursuivre les élans et les bisons, lesquels étaient en assez grand nombre dans ces parages. Parfois aussi les Ioways dirigeaient leurs flèches sur les opossums et les dindons sauvages , et leur habileté à percer un oiseau d'outre en outre, à la volée, ou un petit animal à la course, tenait vraiment du prodige.

Nos journées s’écoulaient ainsi de la manière 16 mieux remplie. Du soir au matin, nous poursuivions les grosses bêtes et les oiseaux qui couvraient les petits lacs d’eau vive, si nombreux le long du Mississipi, et le soir nous faisions la chasse aux bandes de coyotes qui rôdaient autour de notre camp pour saisir les os et les débris que nous leur jetions pour pâture. À la lueur de notre feu, nous apercevions l’éclat de leurs yeux, qui nous semblaient pareils à deux tisons enflammés dans le manteau noir de la nuit, et ce point de mire nous servait pour leur loger une balle dans le crâne. Si, lorsque l'animal était à terre, nous négligions d'aller le ramasser, le lendemain nous trouvions place nette : les camarades du mort l'avaient dévoré.

Nous demeurâmes quinze jours dans cet endroit, et nos provisions commençaient à diminuer, grâce à la compagnie des Indiens, qui nous empruntaient volontiers notre whisky et notre pain; il fut donc décidé, entre mon ami et moi, que nous traverserions le Mississipi pour aller sur l’autre rive acheter dans un village de la farine et de l’eau-de-vie.

Le lendemain matin, nous partimes seuls, laissant notre camp sous la protection des Osages; mais, à peine arrivés à trente pas du fieuve, nous rencontrâmes une harde de

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