‹ Chasses dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 33 sur 79 · LIST · texte numérisé non relu

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joncs. Le soir, mon ami, qui avait apporté un mauvais violon, faisait danser ces « dames », et les hommes de notre keel-boat disputaient à leurs rivaux les Osages et les loways la palme de la galanterie. N'eût élé le calumet rempli de tabac, qui donnait à ce tableau un aspect moderne, on aurait pu croire assister à une églogue antique.

Trois semaines s'étaient ainsi écoulées, lorsqu'un matin notre camp se trouva envahi par une tribu d’Indiens Pieds- Noirs, qui étaient venus renouveler amitié avec les Osages. D'abord les deux tribus se resardèrent d’un mauvais œil et en froncant les sourcils; mais bientôt le discours d'un sachem produisit une improssion favorable : la paix était faite.

Grâce à nos nouveaux compagnons, nous pûmes jouir, mon ami et moi, d’un plaisir qui n’est plus connu en Europe que dans la Hollande et en Écosse : je veux parler d’une chasse aux hérons faite à l’aide de faucons dressés à servir les passions de l’homme sauvage, auquel, soit dit en passant, l'homme civilisé ressemble toujours. Les faucons américains, tout à fait semblables à ceux d'Europe, sont de la même grosseur et de la même force : la seule chose qui les fasse différer des oiseaux de notre continent, c’est la couleur de leurs plumes, lesquelles sont plus foncées. Quant à l’éducation qui les rend propres à la chasse et obéissants au rappel de l’homme, mon ignorance de la langue indienne m'a toujours empêché de connaître quels étaient les moyens employés par les Peaux-Rouges pour obtenir ces résultats.

Le lendemain de l’arrivée des Pieds- Noirs à notre camp, nous nous dirigeàmes, en observant le plus profond silence, vers un marais formé par des sources d'eaux vives. Deux chiens s’élançant au milieu des joncs qui croissaient sur les bords, firent aussitôt lever un énorme héron gris, d’une immense envergure, qui, prenant son vol et se livrant au vent, monta devant nous comme s’il eût voulu se perdre dans l’espace. En dix secondes il n'était déjà plus qu’un point noir dans le clair azur du ciel. Mais à peine avait-il

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uvais parcouru la moitié de son vol, que l'un des cinq faucons que es de portaient les Peaux- Rouges dans de petites cages dé jonc , el les fut lâché contre lui.

D'abord l'oiseau resta immobile sur le bord de la boîte sombre qui lui cachait la lumière; mais tout à coup, son regard ayant embrassé l'horizon, il aperçut le

ages. volatile au long bec emmanché s œil d'un long cou, poussa deux ou d'un trois cris de colère, et d’un vol étail strident comme le sifflement d’une

; balle, s’élança à son tour perpenouir, . diculairement. Cependant le héarope ron montait toujours et semblait pos ; disparaître à nos regards; nous ervir : n'apercevions plus que deux pas- É points noirs qui paraissaient se amé- É heurter l’un contre l’autre, se de la À fuir, se rapprocher et tourbilii les É lonner. Tout à coup ces deux aleur 4 points noirs devinrent plus vi- ‘édu- + sibles : les oiseaux reprenaient rap à leurs formes à nos yeux; le héron m'a À regagnait son marais, poursuivi yens | par son ennemi, et les jambes tats. à allongées, le coup droit, la tête mp ; # roide, les ailes mi-ployées, on nce, à l'aurait pris pour un aérolithe

Jeux L. détaché de l’un des mondes inr les connus. En limier habile, le une faucon avait rabattu le gibier t au de notre côlé; mais celui-ci, ie puisant de nouvelles forces dans le danger qui le menahe çait, fit un rapide mouvement qui trompa le coup d'œil du it-il # faucon , et l’entraîna à vingt pieds plus loin. Cet espace fut

bientôt franchi de nouveau, et par un brusque soubresaut, il saisit le héron à la gorge, et la bataille corps à corps commença. Le héron, à bout de ruses, se renversa alors en arrière, et rendit à son ennemi coup de bec pour coup de bec, attaque pour attaque. Tout à coup, une large penne empourprée de sang appartenant à l’un des deux oiseaux tomba au milieu de nous; le faucon, — car cette plume était à lui, — roula sur lui-même, comme s’il avait été atteint par un plomb meurtrier, Nous pensions que tout était fini; mais ce n’était qu’un étourdissement, non une défaite. Plus furieux qu'auparavant, le faucon se précipita sur son ennemi, et la bataille qui se livra sous nos yeux est impossible à décrire : c'était une lutte folle, une fuite éperdue. Les deux oiseaux décrivaient des orbes immenses, tantôt ronde, tantôt ovales et siilonnés.

Enfin, après maintes feintes inutiles et mille détours sans espoir, le héron, enlacé dans les serres puissantes de l'oiseau de proie, l'estomac déchiré par le bec crochu comme une faux, — celle de la mort, — tomba violemment sur les rives du marais. Mais il ne fit que toucher le sol : le faucon se releva de nouveau et à pic, emportant le héron rälant sa dernière agonie, masse inerte, qui, lâchée tout à coup, vint choir lourdement à terre, sans vie et sans mouvement.

Trois fois, durant la journée, nous jouimes de ce saisissant spectacle, l’un des plus émouvants qui aient jamais frappé mes yeux.

Le froid continuait toujours, et la glace accumulée sur les deux rives du Mississipi ne laissant plus au milieu qu’un étroit passage pour l’eau qui s'écoulait dans ce canal, nous résolûmes de partir pour le cap Girardeau.

Il fallut alors quitter nos amis les Peaux -Rouges, et je laisse à penser à mes lecteurs avec quels témoignages d'amitié nous nous dimes adieu les uns aux autres.

Nous parvinmes au cap le soir même de notre départ, et le lendemain matin, après avoir dépassé la Grande-Tour, roc immense qui forme une ile ronde et élevée de quarante

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pieds au milieu du Mississipi, nous naviguions vers Sainte- Geneviève, où nous devions nous reposer de nos fatigues.

Pendant la nuit, nous entendîmes sur le rivage des Illinois les hurlements des coyotes qui faisaient la chasse aux cerfs. A la clarté de la lune, qui éclairait la terre comme la lumière électrique dans une décoration d'opéra, nous pouvions voir une centaine de coyotes groupés en meute comme des chiens courants, poursuivant un cerf et le poussant vers un point de la côte où une autre troupe de coyotes était en embuscade. Tout à coup l'animal harcelé se trouva en présence de ses nombreux ennemis, et à quelques pas de là il tombait sous les étreintes de leurs dents acérées. A ce moment, un nuage obscurcissait le tableau, et tout rentrait dans l'ombre, comme une vision dont la réalité se trahissait pourtant par les éclats sonores des aboiements rauques et saccadés des coyotes s’abandonnant aux délices de la curée.

Après deux jours de repos pris à Sainte-(reneviève, nous songeàmes, mon ami et moi, à retourner au logis. Avant traversé le Mississipi, nous nous trouvämes bientôt à pied sur le chemin qui conduit, à travers les montagnes, jusqu'aux bords de la Wabash. Mais, avant de parvenir au versant des collines, nous trouvâmes des prairies remplies d'eau qu’il nous fallut traverser : nos mocassins, dont la peau glissait, ce qui rendail notre marche très-pénible, ralentissaient nos efforts et nous empêchaient d'avancer comme nous l’aurions fait sur la terre ferme. Le premier jour nous fimes cependant dix lieues, précédés par des troupeaux de cerfs, dont les gracieux mouvements et la queue blanche agitée par la brise s’apercevaient à plusieurs milles.

Ces prairies, qui étaient, à l’époque où nous les traversions, désertes et arides, sont au printemps des jardins de fleurs, dont les émanations flattent l’odorai, comme leurs couleurs délectent la vue. Des nuages de papillons, aux teintes diaprées et brillantes, disputent aux oiseaux-mouches le butin

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de ce tapis soyeux; mais, hélas! toule médaille a son revers, et des maringouins sans nombre, véritable plaie d'Égypte, rendent cet Éden inhabitable. Réunis en corps opaque, comme des abeilles sorties de leurs ruches, ils forment des essaims si serrés, qu'il y a plus de cent de ces essaims par pouce carré. Les maringouins des prairies, lorsqu'ils attaquent un cerf ou un bison, le font périr dans les plus cruelles tortures. Chose remarquable, les hommes ne sont jamais poursuivis par ces dangereux insectes, et c’est seulement au plus fort de la chaleur qu'ils s'élèvent au-dessus des marais. Les cerfs, pour leur échapper, se plongent sous l'eau, et laissent seulement leurs naseaux en dehors.

Trois jours après notre départ de Sainte - Geneviève nous parvinmes sur les bords de l’Ohio, et à cent pas devant nous une fumée légère sortant du toit d’une maisonnette nous promeltait un diner et un lit. Une bonne femme, la maîtresse du logis, nous accueillit avec cordialité : tandis que les deux fils regardaient avec admiration nos fusils à piston, et que nous séchions nos vêtements devant un grand feu , une belle jeune fille, grande et découplée comme une Arlésienne, servait sur la table de la venaison cuite à la poêle, des œufs, du lait et du café. Un verre de whisky ajouta encore aux délices de ce repas.

Nous dormîmes dans cette maison hospitalière, et le lendemain, au moment de nous remettre en route, après avoir pris notre part d’un excellent déjeuner, comme la bonne femme notre hôtesse ne voulait point accepter de salaire, mon ami offrit à ses deux fils une corne pleine de poudre, don précieux pour les pionniers des prairies de l’ouest. A mon tour je prie’ la jeune fille d'accepter un foulard de soie rouge tout neuf, que j'avais gardé au fond de mon bissac, présent qui parut lui faire le plus grand plaisir.

L'après-midi, nous hélions un bateau à vapeur qui remontait l'Ohio, et le soir même, mon ami me reconduisait au logis de son père, où nous fûmes reçus comme des enfants prodigues , sans que pour cela on eût « Lué le veau gras.»

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J'étais engagé, un certain jour d'hiver, au milieu des forêts qui s'étendent le long du chemin de fer de l’Érié; deux amis, excellents chasseurs, m'avaient accompagné. Nous étions tous trois montés sur des chevaux du pays, armés de nos fusils et suivis d’une meute de six chiens. La partie du bois que nous parcourions était touffue, composée de cèdres, de cyprès, de roseaux, et parsemée çà et là de flaques pleines d’eau, que l’on appelle un bayou dans la Louisiane, et un pond dans le nord des États-Unis. L'ombre la plus épaisse régnait dans la forêt, qui paraissait être fréquentée par de nombreux animaux de toutes sortes. L'atmosphère élait chargée, l'horizon brumeux et noir, et, malgré l’obscurité, nous avions mis dans nos projets de ne rentrer au logis qu'après avoir tué un cerf. Tout à coup, un de nos limiers donne de la voix, et après maint et maint cireuit il nous amène devant un cannier touffu et rendu impénétrable par

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