‹ Chasses dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 35 sur 79 · PES · texte numérisé non relu

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à l'asphyxier. Heureusement, nos deux autres chiens, qui comprenaient le danger, retournèrent près de nous.

La panthère avait atteint l’autre bord, et nous la suivions des yeux dans l'impossibilité où nous nous trouvions de traverser le fleuve Saint-John. Elle s’élança, au sortir de l'eau, sur un rocher qui bordait le courant, et de là, grimpant le long d’un arbre, nous la vimes se blottir sur une branche exposée au soleil, afin de faire sécher sa magnifique fourrure.

Bientôt apparut à nos yeux étonnés un Caraïbe rampant sur le sol. L’Indien grimpa à son tour le long d’un arbre rapproché de celui où se trouvait la panthère et dont les branches s’'enchevètraient dans celles de son voisin : il parvint à peu de distance de l'animal. Entre le Caraïbe et la panthère il n°v eut bientôt qu'un espace de quelques mètres.

La panthère paraissait déjà calculer la force et la portée de son élan; seulement, elle hésitait, dans la crainte que les branches ne fussent trop faibles pour supporter son poids et celui de l’ennemi qui venait ainsi l’attaquer. Quant à l'Indien, armé d’un épieu et d’un bowie-knife, il attendait le carnassier, qui levait avec précaution ses pattes, enfonçait ses vriffes aiguës dans l'écorce glissante de l’arbre, s’avançait pouce à pouce, tandis que son œil d’émeraude brillait d'une ardeur sanguinaire.

Ce spectacle émouvant nous avait cloués sur le sol; cependaht un instinct secret paraissait nous avertir que, quoique

le péril fût grand, l’homme vaincrait l'animal. Aussi nc pouvions-nous pas nous empêcher d'admirer l'élégance, la vigueur et la souplesse de la panthère. ljne haleine chaude, sortant de sa gueule béante, semblait atteindre le visage du Peau-Rouge, qui, levant son épieu, lui en asséna sur la tète un coup violent, auquel répondit un rugissement

urd et profond. L'animal, ainsi averti, se détourna de manière à placer son museau sous une branche qui le couvrait et le protégeait. Tout à coup le Caraïbe avisa sa gueule entr'ouverte, y introduisit la pointe de son épieu, et le même hurlement se reproduisit plus terrible encore que le pre-

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mier. La panthère ramassait son corps et étenüait une de ses pattes en avant, pour atteindre une branche qui l'eût placée de niveau avec son ennemi. La situation devenait critique : ses énormes griffes louchaient déjà le genou du Peau-Rouge; sa poitrine haletante annonçait l'effort vigoureux qu'elle allait tenter, et mon ami et moi nous aurions mis un terme à celte horrible lutte, si nous n’eussions pas craint d'atteindre et l’homme et l'animal, car nos fusils étaient chargés avec des chevrotines.

A cet instant suprême, le Caraïbe, faisant un mouvement violent, plongea la lame de son couteau dans l'œil de la panthère, qui, ne pouvant n1 reculer ni avancer, retenue qu'elle était par l’arme implantée dans l'orbite de son œil, exprimait sa fureur impuissante par des cris longs et saccadés. Sa rage finit par l'emporter sur l'instinct de prudence particulier à sa race : furieuse, elle voulut s’élancer; mais un second coup d'épieu lui fit perdre l'équilibre, et elle tomba sur la rive du fleuve à une portée de carabine. Une terrible explosion. causée par la décharge simultanée de nos quatre coups de fusil. cloua l'animal sur le sol, où il se débattit quelques instants et se roidit dans une dernière convulsion.

A ce bruit insolite, le Caraïbe avait tourné les veux de notre côté, et poussait en même temps un hoop vigoureux, lequei dans sa langue était à la fois un remerciment et un cri de victoire. Il descendit de l'arbre avec l’agilité d’un chat, et manifesta par une danse folle la joie où il était d'avoir été délivré d’une manière si miraculeuse et si inespérée. Grâce à son couteau, l'animal fut bientôt dépecé, et sa robe, qui mesurait cinq pieds trois pouces de long, de la tête à la naissance de la queue, fut roulée et attachée sur son dos. Le Peau -Rouge, à qui nous fimes comprendre que nous étions bien aises de le garder en notre compagnie, traversa la rivière à la nage, et nous suivit sans trop de répugnance jusqu'à Saint- Augustin, où mon camarade de chasse, ami du gouverneur de l'État, lui fit obtenir une récompense pour son audace et son courage.

Le Caraïbe que le hasard avait amené sur notre route n'était pas un obscur chasseur indien, c'était le célèbre Billy Bowlegs , qui est devenu le chef des Caraïbes de la presqu’ile floridienne, et dont la tribu menace souvent encore le repos et quelquefois la vie des planteurs de Talahassée.

e repos

En 1847, pendant l’automne, un matin, avant le jour, je me trouvais sur les hauteurs qui dominent la ville de Hartford, dans le Kentucky, chassant devant moi les « robins, les merles et les rice birds, lorsque tout à coup, à la sortie d'un bois, je m'aperçus que l'horizon s’obscurcissait; et, après avoir attent'vi.cnt examiné quelle cause pouvait amener ce changemer :: : l'atmosphère, je découvris que ce que je prenais poui :&° nuages était tout simplement plusieurs bandes énormes 4: pigeons ‘. Ces oiseaux volaient hors de

1 Le pigeon de passage de l'Amérique du Nord appartient à une espèce particulière que l’on rencontr: dans tous les États du nord des États- Unis, aussi bien que dans le haut et le bas Canada, Un grand nombre de ces oiseaux passent l'hiver jusqu'au soixantième degré de latitude , el vivent ©: baies de genévriers, d’épiniers et de vers. La beauté du plumage 2 ces oiseaux est vraiment remarquable : c’est un mélang: miroitant de. », l'or, de pourpre et de vert, qui n’a vraiment pas d'égal

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