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par une protubérance de chair que les nègres du Texas ont qualifiée de « nombril du. derrière ». Une autre particularité remarquable, c’est que le nombril proprement «il n'existe pas chez ces animaux à sa place ordinaire. Sur le dos, au-dessus du filet, s'élève une rugosité informe contenant un dépôt de liqueur musquée qui s'évapore dès que l'animal devient irrité, comme cela arrive chez la civette ct le raton musqué de l'Amérique du Sud.
Les épaules, le cou et la hure du peccari tiennent du sanglier; mais la partie extrême du groin est généralement plus délicate et plus effilée. Les pieds et les jambes sont pareils à ceux du sanglier. La nourriture qu’il préfère est celle qui se compose de baies, de glands, de racines, de cannes à sucre, de grain et de racines de toutes sortes.
Si nous nous sommes longuement étendu sur la conformation et sur les mœurs de cet animal, 1l nous reste encore à parler des habitudes bizarres qu’il met en pratique pour dormir. La bauge des peccaris est toujours située au milieu de ces cannicrs touffus et impénétrables qui croissent dans des endroits marécageux, autour d'arbres élevés et séculaires. Le vent et la foudre semblent s'attaquer de préférence à ces chênes et à ces érables isolés, géants des forêts du Texas, que l’on rencontre maintes fois renversés le long des rivières du pays, et recouverts d’un treillage de lianes et de vignes sauvages. Ces troncs d'arbres, qui mesurent habituellement huit à dix mètres de circonférence, sont presque (oujours creux, et servent de refuge nocturne aux peccaris. Ces animaux se retirent chaque soir dans un tronc d'arbre qui peut souvent en contenir une trentaine : ils s'y abritent tous en entrant à reculons , le dernier restant le nez en dehors, et montant, pour ainsi dire, la garde,
Les planteurs du Texas, qui redoutent les peccaris , leur ont voué une haine mortelle , non-seulement à cause des ravages commis dans leurs champs ensemencés, du meurtre de leurs chiens, de la mutilation de leurs chevaux, mais encore au sujet de la ridicule position où la rencontre des
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peccaris les a souvent placés, c'est-à-dire l'alternative de fuir à perdre haleine, ou de se hisser sur un arbre; les planteurs, dis-je, saisissent toutes les occasions qui leur sont offertes de détruire ces parasites dangereux. Dès qu'un d'entre eux découvre un tronc d'arbre creux qui lui paraît fréquenté par des peccaris, il organise une chasse des plus amusantes, quoique des plus dangereuses. Il faut, pour que cette chasse réussisse, que la pluie tombe, ou que le brouillard obscurcisse l'atmosphère. Habituellement, les peccaris ne quittent nas leur domicile par un temps aussi désagréable. Une demi-heure avant le point du jour, le chasseur, armé d’une carabine et de cartouches nombreuses,
va s'embusquer vis-à-vis de l'entrée de la tanière habitée. Là, caché à tous les yeux, il attend que la lumière lui permette de commencer le feu. Dès qu'il peut apercevoir les veux perçants du peccari placé en sentinelle, et derrière lequel dorment couchés ses compagnons, il épaule son arme, vise avec soin et lâche la détente. Le coup part, et l'animal atteint par le plomb s’élance hors de l'arbre et tombe sur le sol. se démenant dans une dernière agonie.
A peine le chasseur a-t-il eu le temps de recharger sa ca. ‘abine qu'un grognement souterrain s’est fait entendre, «1 deux autres yeux viennent se braquer à l'ouverture qui était. quelques minutes auparavant, occupée par la sentinelle. Un second coup de feu se fait entendre, et la seconde viclime éprouve le sort de la première; et ainsi de suite jusqu’à la vingtième et la trentième même, à moins qu’us des animaux, excité par les explosions fréquentes, n'attende pas le coup qui le menace, et ne fasse directement une trouée vers le chasseur, suivi de tous les autres peccaris qui étaient couchés derrière lui : auquel cas le chasseur n'a qu'un seul parti à prendre, celui de fuir à toutes jamhes et de s’élancer sur le premier arbre qui se trouvera à sa portée.
Si pendant la fusillade le peccari en tête reste mort dans le tronc d'arbre et obstrue l'ouverture, l’animal couché derrière lui pousse avec son groin la masse inerte, jusqu'à ce qu’elle lui permette de trouver une issue. Comme ces animaux ignorent le danger et ne savent pas d'où il vient, ils ne connaissent point la crainte et s’élancent audacieusement, depuis le premier jusqu’au dernier, à l’encontre du péril. Jamais ils ne se jettent sur un ennemi caché à leurs yeux ; leur instinct ne les guidera que si le chasseur fait remuer les branches derrière lesquelles il s'est abrité, ou s'ils entendent dans certaine direction un bruit qui indique la position occupée par celui qui les guette.
Quelque incroyables que soient les renseignements qui précèdent, je déclare solennellement que telle est la méthode de la chasse usitée par les habitants du Texas, à Canney-Creek et à Brazos-Bottom, où , vers 1848, le pays était impraticable, vu la quantité de peccaris qui l’infestaient. A l'heure qu'il est, grâce aux nombreuses chasses des planteurs et de leurs amis, les sangliers texiens sont devenus presque aussi rares que les nôtres dans les forêts du Nord. Au besoin, on les compterait.
Je n’oublierai jamais de ma vie la première aventure qui
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m'arriva à la chasse aux peccaris. J'avais reçu l'hospitalité chez un planteur de Canney-Creek, auquel j'avais été recommandé par son frère, qui vit encore à New-York et l'un de mes meilleurs amis. M. John Morgan avait émigré depuis 1837 au Texas, avec son frère, le plus jeune des trois, et la plantation dont il était possesseur était sans contredit la plus belle de toute la contrée. J'étais pour ces deux hardis pionniers un pauvre chasseur; aussi se plurent-ils à m'initier aux dangers de la vie de trappeur dans ce pays primitif. J'écoutais avec un plaisir impossible à déecrire de nombreuses relations de chasse, qui sont à la veillée le thème favori des habitants des frontières.
Les peccaris avaient pratiqué depuis peu de temps de très-grands ravages dans les champs de blé et de maïs de MM. Morgan, qui leur avaient fait une guerre à outrance, et naturellement ils se plaisaient à m'entretenir de leurs exploits et de leurs dangers. J'éprouvais un vrai plaisir à les entendre maugréer et sacrer lorsqu'ils me montraient leurs plus beaux chiens décousus accidentellement par les sangliers texiens; accidentellement, dis-je, car aucun chien ne se livre avec passion à la chasse du peccari, du moment qu'il y a pris part une première fais.
Un matin, M. John Morgan, en rentrant à l'heure du déjeuner, nous raconta qu'il était allé juger par lui-même des dégâts commis dans ses champs de maïs par un ours et par un troupeau de peccaris. Il avait bientôt rencontré les traces de l'ours, et, tout en les suivant, il était tombé nez à nez avec un troupeau de peccaris, qui aiguisaient leurs boutoirs contre les tiges de son maïs, et coupaient tout autour d’eux comme le fait la faucille d’un moissonneur. Il était trop tard pour opérer une retraite honorable; car il avait été aperçu par les peccaris, qui, suivant leur habitude, s’élancèrent sur-le-champ à sa poursuite, grognant et faisant claquer à chaque pas leurs mâchoires l'une contre l’autre. S'arrêter pour d'charser sa carabine était chose impossible; M. Morgan dut prendre ses jambes à son cou.
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