‹ Chasses dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 40 sur 79 · WEST M1 STREET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

WEST M1 STREET WEBSTER, N.Y

Sciences Corporation

Il s'élançca dans la direction d'une barrière, et fut assez heureux pour y arriver avant que les peccaris l’eussent alteint. Il grimpa au sommet du plus haut échelon de bois dont cette barrière était faite, et sur ses talons s’élancèrent les peccaris, qui se haussèrent sur leurs pieds de derrière, déchirant le bois avec leurs boutoirs. Les échelons de la barrière étaient chironés, et M. Morgan nous assurait qu'il se trouvait dans la position d'une poule qui danse sur un uril de fer rouge, tandis qu'il faisait feu avec toute la rapidité possible. Déjà il avait tué plusieurs peccaris; mais la rage de ceux qui restaient semblsit s’accroitre. Tout à coup il sentit le bois de la barrière fléchir sous ses pieds. Avant qu'il eût pu chercher un point d'appui, il se trouva étendu sur le dos, au milieu du cannier situé par delà. $e relever et se sauver encore, avait été pour M. Morgan l'affaire d'une minute. Il était enfin parvenu à rejoindre l'habitation sans se trouver sur la route des enragés peccaris.

Nous nous hâtâmes d'achever notre déjeuner, et, metlant les morceaux les uns sur les autres pour aller plus vite. nous fimes sur-le-champ nos préparatifs de manière à retrouver l'urs, qui était pour MM. Morgan un voisin plus dangereux que les peccaris.

Tous trois nous montâmes à cheval, précédés par un nègre qui sonnait d’une trompe creusée dans une corne de vache, dans le but, disait-il, d’effaroucher cette « vermine de porcs ».

La meute de chiens était superbe. Tous étaient dressés à la chasse à l'ours, et appartenaient à une race croisée de boule dogues et de chiens courants. Leur peau portait les traces de blessures faites par les boutoirs des peccaris et les ongles formidables des ours. Tout en avançant dans la direction de la chasse projetée, M. Morgan me donna les instructions nécessaires pour éviler une rencontre fâcheuse avec les peccaris. Il me recommandait surtout de ne pas résister, et de fuir, à moins que je ne voulusse faire écharper mon cheval, et risquer d’avoir les jambes décousues. Na-

assez ent alle bois icèrent rrière, de la it qu'il sur un la ranais la à coup Avant étendu relever d'une n sans

, mets vite, à ren plus

ar un ne de rmine

bris et ans la na les heuse e pas Larper . Na-

turellem nt, je promis d’être fort prudent: mais les hurlements et les aboiements joyeux des chiens chassèrent bientot de ma mémoire le souvenir même du dangereux gibier que nous allions attaquer.

Nous avions atteint les canniers, et nos chevaux avaient toutes les peines du monde à se frayer un chemin au milieu des lianes et des vignes qui s’entrelaçaient, et rendaient le passage impraticable. Un lézard-iguane aurait lui-même éprouvé une grande difficulté à se glisser dans les sentiers où nous poussions nos montures. Aussi longtemps qu'il nous fut possible de rester dans les passes, tout alla bien. Nous suivions avec ardeur les limiers, qui donnaient des coups de gueule formidables ; mais tout à coup un bruit terrible se fit entendre devant nous, accompagné de hurlements à faire dresser les cheveux sur la tête. Chacun de nous alors se laissa aller à son inspiration et prit le chemin qu'il erut favorable pour avoir l’occasion de tirer sur l'ours, car c'était bien là l’animal que chassait la meule.

Le cheval sur lequel j'étais monté s’élança au plus épais du fourré, se livrant à des écarts qui réclamaient toute mon habileté d’écuyer pour ne pas être jeté à bas. Pendant ce temps-là, l'ours faisait tête aux chiens, dans un endroit voisin de celui où je me trouvais. Tout d’un coup il se précipita en avant et passa à quelques pas de moi sans que je pusse l’apercevoir , à cause de l'épaisseur du rideau de verdure qui le cachait à ma vue. Dans ce moment, mon cheval devint furieux; il me fut impossible de le diriger, je me sentis enlevé de ma selle par les lianes qui m’enlaçaient de toutes parts. Heureusement j'eus la présence d'esprit de üirer fortement les rênes, et je retrouvai mon équilibre, sans songer même aux contusions que je venais de me faire. Le choc m'avait forcé à comprendre réellement la position perplexe dans laquelle je me trouvais, et je songeai alors à me faire jour dans le fourré au moyen de mon couteau de chasse.

Dans ce même moment, l'ours, qui avait rencontré sur

ses pas mes trois camarades de chasse, revint de mon côté poursuivi par les chiens, brisant et arrachant sur son passage les cannes et les lianes. Mon cheval fut alors saisi d’une terreur qui le rendit plus furieu: que la première fois. [Il piqua en avant; mais, tournant et retournant pour se dégager, il se trouva bientôt pris dans un filet formé d’arbustes grimpants de toute espèce, dont la solidité eût défié le bras nerveux d'un Samson ou d’un Hercule. Dans ce moment suprême , l'ours repassa devant moi, hañcelé par les chiens, qui le mordaient avec rage.

En voyant l'animal féroce, le premier qui s'offrait peut- Ôlre à sa vue, mon cheval se mit à reculer avec une force nerveuse telle, que je me sentais suffoqué et étouffé par la pression des lianes qui s’opposaient à ma retraite hors du fourré. A grands efforts, et en perdant la manche entière de mon habit, dont les lambeaux restèrent accrochés aux ronces du cannier, je parvins à dégager mon bras, et, mon bowie-knife aidant, je coupai tant de branches, que je réussis à sortir tout à fait du labyrinthe au milieu duquel je me trouvais. À ce moment, je pus prêter l'oreille æu concert formidable de hennissements , de hurlements, d’aboiements et de clapissements que nous donnaient les chevaux, les chiens et l’ours qui faisait tête à ses ennemis. Je m'avançai de mon mieux dans la direction du combat, qui paraissait avoir lieu au pied d’un arbre gigantesque. J’entendais distinctement les cris de mes hôtes, qui, comme moi , arrivaient vers le centre des opérations.

Tout à coup M. John Morgan et moi nous perçâmes la haie de cannes qui masquait la vue à chacun de nous. Au milieu d’un espace vide d'environ dix mètres, qui avait été fauché par les combattants, nous aperçûmes l'ours cherchant à se hisser sur le tronc de l'arbre. Les chiens, qui se sentaient appuyés par l'approche des chasseurs, avaient fait un élan suprême contre leur ennemi, ils coiffaient littéralement l'ours devenu furieux. Nous essayâmes inutilement, M. Morgan et moi, de trouver un endroit sur la peau

n côté pas-

saisi e fois.

se dé- Justes > bras ment 1iens,

peutforce par la rs du ntière S aux

, mon que je uquel

le tu , d’as cheis. Je , qui J’enomme

es la s. Au it été cher- , qui aient littétilepeau

de l'ours pour loger une balle; nous avions peur de tuer les chiens.

Du temps que nous hésihiwons ainsi à faire usage de nos armes, pendant que l'ours secouait les chiens à droite, à gauche, dans tous les sens, un troupeau de peccaris parut tout à coup, et chargea simultanément l'ours, les chiens et les chasseurs. Les cris, les hurlements, le sauve-qui-peut général , rien ne saurait être compris par ceux de nos lecteurs qui ne se sont pas trouvés dans une situation analogue. Les chiens, la queue entre les jambes, se précipitérent de notre côté; l'ours, que les morsures rendaient enragé, se démenait comme pourrait faire le diable dans l'eau bénite, et des pieds et des dents il distribuait aveuglément la mort autour de lui.

Le premier sentiment éprouvé par nous quatre avait été de la stupeur; mais bientôt la conscience du danger que nous courions nous réveilla de notre torpeur momentanée.

« Sauve qui peut! » s’écria M. Morgan d'une voix qui exprimait la colère et le fou rire. Son frère et le nègre qui nous avait suivis se joignirent à lui pour crier : « Les peccaris ! les peccaris ! fuyons! sauve qui peut ! »

A ce cri insolite, se joignit le bruit de la décharge de nos carabines au milieu du cannier, où les peccaris se livraient à une course désordonnée. La rapidité de nos chevaux, ac. tivée par la frayeur plus encore que par nos éperons, nous ramena bientôt à la plantation de M. Morgan. Là je pliai soigneusement dans ma valise l’habit de chasse qui devait me rappeler, au besoin, ma première rencontre avec les peccaris américains.

Peu de temps après cette aventure, je m’embarquai à Galveston pour retourner à la Nouvelle-Orléans, et de là au nord des États-Unis. Le soir, dans la cabine du steamer the Star of the West, un pionnier de l’ouest du Texas, qui avec ses amis était assis autour d’une table sur laquelle s'étalaient de nombreux verres remplis de « brandy-punch »,

ROSES Duras AE AN LITE

Le. 3

leur racontait une histoire de chasse aux peccaris que je me plais à reproduire ici, sténographiée mot pour mot.

« Je me trouvais, disait le chasseur texien, chez un de mes amis, fermier à Trinity-Swamp. Vous savez que nous autres planteurs nous sommes très-amateurs de chasse : aussi mon ami et moi nous passions toutes nos journées la carabine en main. Un matin, me promenant seul sur la lisière d'un bois, je rencontrai un troupeau de peccaris. J’ignorais alors le caractère vindicatif de ces maudits cochons sauvages; aussi je tirai imprudemment sur l’un d'eux et je le tuai. Voilà aussitôt le reste de la bande qui court sur moi et m'attaque à coups de boutoirs. J'eus beau me défendre à l’aide de la crosse de ma carabine, dès qu'un assaillant roulait à terre un autre prenait sa place. De guerre lasse , je m'élançai vers un tronc d’arbre légèrement incliné, et, me pendant à l’une des branches, je me hissai bientt jusqu’à une fourche élevée à près de cinq mètres au-dessus du sol.

« J’élais là, je le confesse, dans une position très-pénible. Une heure, deux heures, trois heures se passèrent : aucun secours ne m'arrivait. Mes terribles assiégeants entouraient l'arbre où je me trouvais perché à l'exemple de saint Siméon Stylite sur sa colonne, et ne paraissaient pas avoir la moindre envie de se retirer. Tout à coup une idée me passa par la tête : Peut-être mon ami me cherche:t-il, me dis-je: si je tire un coup de carabine , il m’entendra et viendra me délivrer. Tout en lui faisant cet appel, ne pourrais-je pas brûler ma poudre avec profit et tuer un de ces satanés peccaris? Sur-le-champ je mis ma pensée à exécution, et le plus gros de ces animaux roula au pied de l'arbre dans les convulsions de l’agonie. Une première idée en amène une autre. J'ai vingt balles dans ma gibecière, et je ne compte que dix-neuf peccaris encore sur pied autour de moi, me dis-je. Rien n’est plus facile que de les tuer tous les uns après les autres, comme je l'ai fait du premier. L'exercice à feu commença, et sans cesser je me mis à charger el

> je me

un de 6 NOUS hasse ; nées la sur la eccaris.

lits con d'eux ai court eau ne l'un asguerre incliné, bientôt -dessus

pénible.

: aucun uraient int Siavoir la e passa dis-je:

dra me s-je pas és pec-

, OL le lans les ne une compte ol, me les uns Bxercice

rger el

à tirer, poussant à chaque victoire un « hourra! » qui faisait retentir les échos de la forêt. Enfin, cette fusillade incessante attira mon ami, et au moment où il apparut à mes veux, je venais d'abattre le dernier peccari. Vous jugez quelle fut sa stupéfaction à la vue du massacre dont j'étais l'auteur. »

Toutes les personnes à qui le Texien faisait ce récit v avaient pris un fort grand intérêt, et félicitèrent le chasseur de son habileté au tir.

Deux mois après, je descendais le Mississipi de Saint- Louis à la Nouvelle-Orléans, à bord du steam-boat Black- Eagle, et mon chasseur texien se trouvait par hasard au nombre de mes compagnons de voyage. Le soir, les passavers, pressés autour du poêle, devisaient politique, affaires commerciales et aventures de chasse. Mon Texien (c'est alors que je le reconnus) se garda bien d'oublier ses peccaris. Je ne fus pas non plus le seul à me rappeler que déjà j'avais ouï la narration de ses exploits; mais quelle ne fut pas ma surprise, lorsque j'entendis la variante que voici :

«Une heure, deux heures, trois heures se passent ; aucun secours n'arrive : j'étais très-mal à mon aise physiquement et moralement. Je cherchai à faire un mouvement pour changer de position, mais je perdis l'équilibre et je tombai. Par bonheur, je laissai échapper ma carabine, j'étendis le bras et je saisis une branche. Je me trouvai ainsi suspendu d'une manière très-gênante; mes pieds n'étaient plus qu'à environ cinq pieds de terre, et je voyais les peccaris bondir autour de moi pour me saisir et me déchiqueter. Par bonheur leurs efforts furent vains. Je me croyais sauvé; mais voyez jusqu'où peut aller l'instinct de ces animaux. Plusieurs d’entre eux se couchèrent sur le ventre: d’autres montèrent sur leur dos ; à eux tous ils formèrent une sorte d'escalier sur lequel un énorme peccari s’élança à l'assaut et me happa par le talon du pied droit. Je résistai avec l'autre jambe, et je ruai comme un cheval. Durant la lutte l'escalier vivant s’écrouia, et voilà le peccari suspendu lui-

Les Chasses,

mème par ses boutoirs à mon pied, tandis que ses compagnons grouillaient autour de nous et grognaient à ne pas s'entendre. C'était un bruit infernal. Mes bras commencaient à se fatiguer ; je voyais avec terreur le moment où il me faudrait lâcher la branche. Tout à coup une détonation retentit à mes oreilles. La commotion me fit tomber; je roule sur l’enragé peccari : il était mort! Mon ami, survenu à point, l'avait tué net. Ramassant aussitôt ma carabine, je me joignis à lui, et à nous deux nous eûmes bientôt raison de nos ennemis; il resta vingt-cinq peccaris sur le champ de bataille. »

Cette narration, faite avec un aplomb imperturbable, une mise en scène parfaite, accompagnée de gestes expressifs et débitée au moyen d’une voix émue, avait réellement fait pôlir plusieurs auditeurs du Texien, ceux surtout qui n'avaient jamais été initiés à la vie des bois.

A quinze jours de là, bizarre rencontre! parmi les passagers du steam-boat Red-Rover, qui remontait le Mississipi jusqu'à Saint-Louis, je retrouvai mon chasseur texien. Un

groupe nombreux de Kentuckiens l’entourait et prêtait l'oreille à une histoire de chasse. Je fis comme eux ; mais jugez de mon étonnement, de ma stupéfaction, lorsque j’entendis le conteur faire subir à son histoire une nouvelle transformation.

« Une heure, deux heures, trois heures se passent, dit le chasseur, aucun secours n'arrive, et je sens que mes forces s'épuisent. J'aurais bien cherché à tuer les peccaris, mais malheureusement, pour grimper sur l'arbre, j'avais jeté ma carabine à terre. Que faire? J’allais m'abandonner au désespoir, sauter au milieu de mes assiégeants, et faire une sortie désespérée, lorsque tout à coup mon ami parut devant moi. Dès qu'il me vit dans cette position terrible, sans même réfléchir au danger qu'il allait courir, il coucha en joue le plus gros peccari, fit feu et le tua. Aussitôt la bande se retourna contre lui et poussa des grognements terribles. L'instinct de la conservation porta mon ami à m'i-

compa- \ ne pas encaient ù il me ation reje roule arvenu à abine, je ôt raison e champ

able, une xpressifs ment fait qui n'a-

es passa- Mississipi xien. Un rôtait l'oais jugez j'entendis transfor-

ssent , dit que mes peccaris,

, j'avais andonner , et faire ami parul terrible, il coucha ussitôt la pnements mi à m'-

miter, il grimpa sur le premier arbre venu. Je descendis alors, pendant que les peccaris sautaient au pied de l'arbre où mon ami était perché: je m’emparai de ma carabine, je la chargeai et j'envoyai une balle à l'adresse d'un des animaux. Ils se ruèrent alors sur moi; mais, prompt comme un écureuil, je regagnai ma branche. Mon ami descendit à son tour, prit son rifle, s’avança à portée, tua un de nos adversaires et remonta sur son arbre. Je redescendis, je rechargeai, je tuai un autre peccari, et je fus de nouveau poursuivi; mais je parvins encore sain et sauf sur ma branche. Que vous dirai-je, Messieurs? quinze fois je répétai cette manœuvre, mon ami en fit quinze fois autant, et ces animaux stupides ne manquèrent jamais de courir au dernier qui avait tiré sur eux. Quand nous eûmes tout abattu, nous comptâmes : il se trouvait exactement quinze peccaris au pied de mon arbre, et quinze autres devant celui où mon ami avait cherché un refuge. »

L'imagination féconde du chasseur du Texas dépassait véritablement ce que j'aurais pu rêver dans ce genre; je m'informai auprès du capitaine du steam-boat, qui paraissait connaître intimement le conteur, du lieu de sa naissance, et j’appris que ce héros des hois avait vu le jour sur les rives de la Wabash. J'étais édifié, et mes lecteurs ie seront comme moi, lorsque je leur dirai que la Wabash

n'est ni plus ni moins que la « Garonne » de l'Amérique du Nord.

me ee ee mn

meme me =

fl |

Page 1