FREE
Il y a dans la Caroline du Sud, sur les côtes baignées par l'Océan, une île magnifique qui s'appelle Édisto, plantée en partie de cotonniers dans les endroits cultivés, et couverte, au centre et à l'extrémité nord, d’une immense forêt remplie de gibier de toutes sortes. Les colons, qui se sont divisés, ou plutôt à qui leurs pères ont transmis par héritage les différentes habitations ou fermes entourées de nombreux acres de terre, sont les plus hospitaliers, les plus aimables que j'aie jamais connus pendant mon séjour aux États-Unis. Les élégants cottages dans lesquels ils habitent pendant les belles saisons de l’année, l'automne et l'hiver, renferment tout le confortable que l’on peut désirer. En un mot, la vie que l’on mène à Édisto m’a toujours paru semblable, à peu de différence près, à celle qui faisait dormir le grand Annibal lors de son séjour à Capoue.
rnées par , plantée , et counse forêt i se sont par héurées de | les plus jour aux habitent t l'hiver, r. En un aru semit dormir
Quant à moi, je déclare n'avoir jamais passé de plus douces heures que celles dépensées avec mes hôtes de Schooley's- Mansion, et si ce souvenir arrive jusqu’à eux, qu'il soit un témoignage de gratitude sincère pour toute la famille de M. Dallifold et pour lui-même. Que mes lecteurs se figurent une charmante maison de briques, peinte en blanc teinté de rose, couleur de magnolia. Une vérandah ombrée de vert, supportée par une colonnade tressée de lianes tout autour de l'habitation, donne à cette résidence un aspect féerique, rendu plus gracieux encore par les arbres à fleurs plantés de tous les côtés de la maison, qui se trouve à l'ombre, comme un nid d'oiseaux-mouches caché dans un buisson d’acacias aux grappes odorantes. Les balsamiques senteurs des orangers et des citronniers sont d'autant plus suaves, qu’elles arrivent portées par une brise douce et tiède qui émane de la mer, dont les vagues viennent mourir à l’extrémité de la pelouse du manoir. Des faisans dorés, des oiseaux de Chine et du Japon, picorent dans les allées des grains que leur distribuent deux jolies créoles, filles du planteur, et dans les canaux remplis d’eau salée, renouvelée à chaque marée, se jouent des poissons de toutes sortes, parfaitement acclimatés et subissant sans maigrir leur captivité momentanée. Cet Éden fleuri est sans contredit le plus pittoresque du monde; j’ai cru devoir le décrire de mon mieux avant de me mettre en chasse.
J'avais emporté, avec ma malle de voyage, un excellent fusil de Lepage, qui m'avait déjà servi en mainte excursion cynégétique. Dès le lendemain de mon arrivée à Édisto, prenant avec moi un nègre de la plantation, je me laissais guider par l’Iolof, et j'allais, avant déjeuner, reconnaitre le terrain.
En deux heures, j’eus assez de chance pour voir de nombreux vols de canards, plusieurs couples de faisans, une dizaine de dindons, deux cerfs et mieux encore, un lvnx de la race appelée catamount (chat des montagnes), l’un des plus gloutons carnassiers de l'Amérique du Nord. De
ar 7 « è we OR Élse Dne mnt. 2 die tee mue à iv
tel antenne
De D ml lé em, ddl à boss mundo toruà < Res x M plie
tout ce gibier j'avais tué ma part, et une douzaine de piéces pendaient sur les épaules d'Adonis, c'était le nom de mon porte-carnier, quand nous rentrèmes lui et moi au cottage 1: de M. Dallifold.
4 Pendant le déjeuner, mon hôte me proposa de faire, en compagnie de ses amis, une grande chasse sur l’île de Saint- John, contiguë à Édisto, dont les bois renferment des hardes de cerfs de Virginie . Ce projet me souriait, et j'acceptai avec reconnaissance. Dans le courant de la journée, mon
hôte fit prévenir plusieurs planteurs ses voisins, et le lendemain, à cinq heures, c'était le 25 janvier 1843, nous traversions sur une chaloupe le bras de mer qui sépare Fdisto d de Saint-John, pour aborder devant une petite maisonnette « servant d'écurie et d’étable à quelques bergers sardiens v : d'une manade de mustangs, appartenant à M. Dallifold. ct Les chiens étaient accoup! :, les chevaux sellés, le dé- M jeuner servi sur une table rustique recouverte d’une nappe d blanche : aussi, lorsque nous eûmes apaisé la faim aiguisée I par l'air vif de l'Ucéan, chacun se dépêcha-t-il de choisir le le tackié qui devait lui servir de monture. di Dans le nombre de nes camarades de chasse se trouvait fo M. de L..., ex-député d’un de nos départements sous le sc règne de $. M. Louis-Philippe et sous la République de IK4N, qui avait été amené là par son beau-frère, un des cl planteurs d'Édisto. M. de L.…., mari d’une fort jolie créole d américaine , avait la vue si faible, que pendant la chasse H 1 Ceci est un nom générique, un titre de famille que le savant Audu- e bon à donné au noble animal que Gaston Phæbus et tant d'autres au- le teurs cynégétiques ont illustré dans leurs écrits. Mais il est bon de noter el en passant que le cerf des Etats-Unis est, à peu de chose près, de la d mème taille et du même pelage que celui de France. La seule partie qui :
le distingue de nos grandes bêtes, c'est le bois, qui, au lieu d'être placé comme celui des cerfs d'Europe, pousse de manière à décrire une courbe, la pointe tournée du côté du museau : c'est-à-dire, pour mieux expliquer cette bizarrerie de la nature, que, tandis que nos cerfs frappent et se défendent en levant la tête, ceux d'Amérique emploient le moyen conl'aire, et procèdent comme le marteau sur l’enclume.
le piéces de mon collage
aire, en le Saints hardes Acceplai 0, mon le lenous trae Edisto sonnette wardiens lifold.
. le déle nappe aiguisée > choisir
trouvait sous le lique de un des ie créole h chasse
ant Auduautres aun de noter rès, de la partie qui ‘ètre placé ne courbe, expliquer pent et se oven con-
il prit un poulain pour un cerf et l'étendit roide mort, les quatre fers en l'air, à une distance de quarante pas.
Nous partimes au nombre de six, précédés par autant de nègres tenant les chiens en laisse; et après avoir parcouru une distance de six milles au petit galop, nous arrivämes à un carrefour de la forêt qui était naturellement coupé par trois chemins. Là nous attendaient quatre autres gentlemen, dont les habitations à ldisto s'élevaient à un quart d'heure de chemin de ce lieu de rendez-vous.
L'un d'eux, un vieux chasseur, n'avait pas pris de carabine ; car, disait-il : « Le cerf n’est véritablement gibier que de juillet en décembre. Je ne tirerai donc point ma poudre contre aucun d'eux; mais je n'ai pu résister au plaisir de voir courir ces nobles bêtes, et l'attrait de votre aimable compagnie m'a seul décidé à manquer au serment que je me suis fait de ne pas chasser en temps prohibé. » Et, soit dit en passant, vers le milieu du jour, un cerf se jeta sur lui si près, que sa botte fut labourée par un des andouillers. Le vieux planteur se contenta d'appliquer une volée de coups de fouet à la pauvre bête, qui disparut dans un lourré où le chasseur sans armes ne crut pas prudent pour
ses habits de se lancer à sa poursuite.
Nous étions tous les six armés de fusils à deux coups chargés de chevrotines, et chacun portait son arme à l’arcon de la selle.
Le piqueur en chef de M. Dallifold , un vieux nègre nommé Hector, vint au « rapport » devant nous. C'était une bizarre créature que ce Nemrod africain, dont j'ai toujours sous les yeux la face ridée, les cheveux crépus blanchis par l’âge, et la lèvre inférieure lippue et rouge comme une cerise, pendante de manière à laisser voir des dents blanches encore, malgré l'usage du tabac qu'elles avaient mâché pendant
1 Aux Etats-Unis, dans certaines provinces où les lois de la chasse sont observées, la chasse aux cerfs est défendue pendant six mois de l'année.
à » ES - . Le " ; rte ce ar EL æ ee LS. 8 % D Ve do co
soixante ans ‘. Dès sa plus tendre jeunesse Hector avait été chasseur , et son maître l'avait institué le fournisseur de sa bouche et le grand veneur de Schoolev's-Mansion. À examiner son œil vif, ses jambes fines et maigres, recouvertes d’une paire de bottes armées d’éperons; à le voir monté sur un poney portant sur son dos une selle étroite, les pieds reposant dans de larges étriers, on devinait sans peine que notre veneur connaissait son métier et que nous ne rentrerions pas bredouilles au logis.
«€ Eh bien! Hector, quelles nouvelles”? ferons-nous bonne chasse aujourd’hui? fit mon hôte à son esclave.
— Bien bon! répondit Hector dans son patois: moi. montrer gros cerf à vous, mais chasseurs devoir tirer leurs fusils droit.
— Bravo! mon vieux! fais claquer ton fouet et lâche les chiens. |
— Allons, Messieurs, dit-il en se tournant de notre côté. prenez vos fusils, et choisissez vos places. »
En quelques minutes, les limiers avaient eté découplés. el nous avions grand'peine à les suivre au galop sur une route droite , le long de laquelle ils s'étaient élancés sentant la piste qu'Ilector leur avait montrée. Enfin, à l’angle d'un rocher, la meute pénétra dans le bois, et sur un signe du piqueur, comme cela avait été convenu à l'avance, chacun alla se placer à cinquante mètres de distance l’un de l’autre.
Je me glissai sous un chêne gigantesque, dont les branches m'abritaient et me cachaient à tous les regards. Devant moi j'avais une passe, une large coulée dans les futaies, qui, suivant ma science stratégique de chasse, devait être un bon passage pour les cerfs. J’éprouvais une émotion que tout chasseur comprendra aisément, émotion mêlée de crainte,
car je songeais autant aux chances que j'avais de voir un cert
à portée qu’à celle de recevoir à la tête une balle égarée.
1 Dès l'âge de dix ans, les nègres s'adonnent au plaisir de chiquer. Hector avail soixante-dix ans,
avait été ur de sa
À exaouvertes onté sur ieds reeine que > rentre-
as bonne
IS; moi.
rer leurs
lâche les tre côté.
écouplés, ) sur une is sentant ngle d'un signe du , chacun e l’autre.
les brans. Devant futaics, it être un
que tou
crainte,
ir un cer
arée.
le chiquer.
J'adressai mentalement une oraison au grand saint Ilubert, et ma prière ne fut interrompue que par la voix des chiens aboyant près de moi.
Tout à coup le taillis s’ouvrit à vingt pas en avant, vour donner passage à un magnifique dix-cors qui se plaça au centre de la coulée, comme l’eût fait une fusée un jour de réjouissance publique, au milieu de la foule serrée sur la place de la Concorde. Une agitation fébrile s'empara de tout
mon être : j'étais atteint du mal qu’on appelle aux États- Unis la fièvre du cerf, émotion bien naturelle quand on se trouve si près d’une énorme bête. Lorsque machinalement je mis en joue et je lâchai la détente, la vision av . disparu , la réalité n’était plus qu'un rêve. Porté sur les ailes du vent, le cerf s'était jeté entre deux chasseurs : leurs quatre coups de fusil avaient été inutiles, et il courait au milieu de la plaine, détalant üe son mieux pour s'éloigner d'un voisinage aussi dangereux que l'était le nôtre.
Les chiens retrouvèrent la piste, et nous nous élançèmes sur leurs traces. C'était le moment de montrer notre science hippique. Nous comprenions que le cerf cherchait à at-
ne : nee
mem
rm mes es
Ad
ia ne * —
teindre l’autre partie de la forêt; la tactique était de l'empêcher d'y pénétrer en le devançant, afin de lui barrer le passage.
En avant de nous tous galopait un chasseur monté sur une jument qui l’emportait avec une rapidité sans égale. Je le vis mettre son fusil en joue et tirer; mais le cerf n'avait pas été touché : il bondit à ce bruit insolite et se rejeta de côté, toujours dans la direction du grand bois. Ce coup de feu n'avait fait que hâter sa course vagabonde. Notre compagnon de chasse avait une autre chance pour lui, c'était de forcer le cerf du côté d’une crevasse profonde qu'il lui serait impossible de franchir d’un saut. 11 prit ce dernier parti, car nous le vimes enfoncer les éperons dans ies flanes de sa monture et la diriger vers la lisière du bois, où il parvint au moment où le cerf traversait le chemin, à cent mètres loin de lui. Nous perdimes de vue pendant quelques instants le chasseur et le cerf; mais soudain le bruit d'une arme à feu fit retentir les échos. Chacun de nous se lança en avant pour arriver le premier, et lorsque nous parvinmes près du chasseur, un triste spectacle s’offrit à nos yeux. Devant nous gisait expirante la jument de notre camarade, et à quinze pas plus loin le cerf, pleurant et bramant, ràlait sa dernière agonie.
Qu’était-il donc arrivé ?
Dans l’ardeur de sa poursuite, le chasseur avait voulu forcer sa monture à franchir un palmier nain derrière lequel se hérissait un tronc d’arbre coupé en forme d’épieu, et la jument, retombant sur ce cheval de frise, s'élait empalée d'elle-même par le milieu de la poitrine. Le cavalier avait été jeté à quelques pas, sans éprouver grand mal, Au moment où il se relevait, tenant encore son fusil dans la main, il avait aperçu le cerf à dix mètres devant lui, et d’un seul coup l'avait étendu sur le sol.
Le vieux Hector, qui nous avait rejoints, embrassait la pauvre jument, tout en récitant son oraison funèbre; mais bientôt M. Dallifold l’arracha à eette douleur intempes-
se se I ani bor quid
mir que P con
Un
e l’emarrer le
nté sur œale. Je n'avait ejeta de coup de re comM- , C'était qu'il lui dernier :s flancs s, où il , à cent quelques it d'une se lança rvinmes eux. Derade, el rälait sa
it voulu re lequel eu, et la empalée ier avait Au mola main, ‘un seul
assait la ‘e; mais itempes-
tive et lui enjoignit de trouver une autre piste. Deux des amis du chasseur démonté proposèrent de lui tenir compagnie jusqu’à ce que les nègres de notre hôte vinssent enlever le gibier et prendre les harnais de la jument. Nous nous remimes en chasse au cœur de la forêt, dont les arbres de haute futaie laissaient à peine tamiser quelques rayons de soleil, Jamais la hache n'avait touché ces géants des bois, et Robin Hood , s’il eût vécu en Amérique, n’eût pas désiré une plus sûre retraite pour lui et pour ses hardis compagnons.
Hector, qui guidait notre marche, nous fit enfin faire halte : il cherchait une piste, et pendant qu’entouré de ses chiens il faisait le bois, nous profitâmes de ce répit pour nous refaire l’estomac. Un lunch improvisé, consistant en viandes froides et en excellent vin de Bordeaux, nous rendait à la fois nos forces et notre bonne humeur.
« En selle! s’écria tout à coup M. Dallifold : Hector et ses chiens ont lancé un autre cerf. »
A peine nos pieds étaient-ils assurés dans les étriers, qu'une harde composée de six biches et d’un cerf passa devant nous à vingt mètres, suivie par la meute entière, qui donnait de la voix à pleins poumons. Nous étions sept chasseurs, le fusil en main, ayant chacun deux coups à tirer. La décharge fut simultanée, et quand la fumée de la poudre se fut dissipée, nous comptâmes cinq biches et un dix-cors se roulant sur le sol dans une ultime agonie. Le septième animal, blessé au poitrail, près du poumon, avait eu la force de poursuivre sa route : on le retrouva mort le soir, sur le bord de la mer, non loin de l'endroit où nous nous embarquions pour retourner à Schooley’s-Mansion.
Nous ne quittèmes Saint-John que très-tard ; la lune se mirait dans le sillage de notre chaloupe, sur l'avant de laquelle le produit de notre chasse avait été entassé.
Pendant le souper, qui fut servi chez M. Dallifold, chaque convive racontait des histoires de chasse fort intéressantes. Un d'eux, à propos de la loi défendant l'affût du cerf fait
LR de cube -vm cames tu T's s ER
* e “ > rie. x 3 2 der is art ee 5 CT
ane rs +
nr para Gr
la nuit au moyen du feu, chasse de braconnage très-usitée aux États-Unis, nous fit le récit que je vais fidèlement transcrire à mes lecteurs.
« Certain soir d'automne {il y a trois ans), l’air était frais, presque froid ; et quoique les étoiles brillassent à l'horizon, il régnait une humidité pénétrante, qui se condensait en brouillard pour retomber ensuite en gouttelettes sur les arbres plantés autour de la maison de plaisance de mon ami Remson, le plus riche planteur de la Caroline du Sud, qui est connu de nous tous gentlemen. L’overseer | l’intendant de mon bon camarade causait, devant l'habitation, avec un nègre qui venait de lui remettre une lettre.
«— Ah! tu reviens de Charleston, et tu as parlé au maître, à ce que je vois. Pourquoi, méchant drôle, lui astu dit que les cerfs venaient chaque nuit manger ses champs de fèves ?
« — Massa Slouch, répondit le moricaud en riant, ce n’est pas moi qui ai appris cela au squire Remson.
«— Tu mens. César. Le désir d'obtenir un schellinge t'a délié la langue, et pourtant je t’avais recommandé de ne faire part de cette découverte à personne. C’est bien, tu me paieras ce bavardage. Va-t'en , et envoie-moi Pompée. »
« Le roir que l’intendant gourmandait ainsi ne se fit pas intimer une seconde fois l'ordre de s’en aller, et, laissant le mejordome de M. Remson à ses réflexions, il courut dans la direction des cases des nègres qui bordaient la pelouse verdoyante semée au nord de la plantation.
« Quelques moments après, Pompée arriva près de l’over seer, et celui-ci, sans écouter les nouvelles réclamations du camarade de César, lui enjoignit d'aller ramasser des pommes de pin et de préparer une poêle, afin de pouvoir, le soir même , faire une chasse au feu.
«— Mais, objecta timidement Pompée, lorsque M. Remson arrivera demain , si les cerfs ont cessé de venir le soir dans son champ, il nous accusera de les avoir pourchassés pour notre propre compte.
rès-usitée nt trans-
lait frais.
horizon, ensait en ir les armon ami Sud , qui tendant , avec un
parlé au >, lui ass champs
,, ce n’est
ellinge Ua dé de ne n, tu me pée. »
se fit pas aissant le irut dans a pelouse
de l’over lations du des pomir, le soir
. Remson soir dans ssés pour
«— Que t'importe? tu diras que tu ne sais pas ce qui s’est passé : c'est à cette seule condition que je ne raconterai point à notre maître que tu as déjà tué, à Loi tout seul, quatre cerfs, vendus ensuite à Charlestown. Je connais ta maraude, comme tu le vois, et je te tiens sous ma main. Silence pour silence. »
« Pompée baissa les veux devant les preuves de son braconnage particulier, et, sans plus se faire prier, il promit de tout préparer pour la chasse du soir.
« Une heure après le coucher du soleil, l’intendant, précédé du nègre qui portait un sac de pommes de pin et une poêle à frire, quitta la maison du maître, monté sur un cheval recouvert d’une peau de mouton au-dessus de laquelle était fixée une large selle. Il tenait, roulée dans ses mains, une corde terminée par un crochet, destinée à traîner le gibier quand il aurait été tué.
« La nuit était venue, l’atmosphère était limpide, et les étoiles brillaient au ciel. Aucun souffle de vent n'agitait les feuilles de la forêt, et l'écho répercutait à peine le bruit des pas du cheval et de ceux du nègre qui éclairait la marche.
« — Nous voici arrivés, dit enfin Pompée; la lune va bientôt disparaître derrière la montagne, le vent fraichit, et dans une demi-heure, si rien n’a dérangé leurs habitudes, les cerfs viendront au pacage.
« Tandis que l’intendant examinait sa carabine et la chargeait avec soin, Pompée préparait la poêle , la suspendait à un arbre, et, après l'avoir remplie de pommes de pin, il mettait le feu à cet engin de chasse d’un nouveau genre.
«— Maintenant, fil-il, massa Slouch, prêtez-moi la carabine , . je vais vous faire voir comment on travaille à la chasse au feu.
«— Non pas! grosse brute, répliqua rudement l’overseer,; j'aime mieux faire le coup moi-même; d’ailleurs je ne me fie pas à ton adresse : tu tirerais trop loin.
« — Je suis plus habile que vous ne pensez, et je sais deviner, rien qu’à la grosseur des yeux, à quelle distance se
trouve le coyote ou le cerf qui s’avance dans l'obscurité. Au reste , faites comme vous voudrez, massa Slouch. Mais surtout taisons-nous, et rampons sur le sol de manière à ne pas effaroucher le gibier. »
« Sans plus tarder, les deux braconniers s’avancèrent dans l'obscurité, évitant les rayons de lumière que produisait le feu de joie dans la poêle. A peine avaient-ils fait cinquante pas, que devant eux, à dix mètres, ils aperçurent un magnifique dix-cors broutant les fèves du champ de M. Remson. Mais Slouch n’eut pas le temps d'ajuster l'animal, qui d'un seul bond disparut à ses yeux.
«— (ioddam ! s’écria l’overseer, j'ai perdu là une belle chance; mais n'importe, si celui-ci n’est pas seul, gare à son camarade! »
« Le silence se fit de nouveau, et les deux hommes continuèrent à s’avancer à quatre paltes dans les sillons du champ de fèves. Le premier s’arrêta tout d’un coup, et du pied il frappa l'épaule du nègre, qui fit halte à son tour.
A cinquante pieds, dans le sillage de la lumière, un cerf
aussi gros que le premier restait immobile, comme celui qu'Albert Durer a représenté dans la Vision de Saint- Hubert.
« Avancer davantage eût été imprudent. Aussi Slouch épaula-t-il sa carabine, et, après avoir visé pendant quelques secondes , il lâcha la détente. Le cerf fit un bond, et reltomba lourdement sur le sol. Il était mort!
« La détonation avait réveillé tous les échos d’alentour, et les hiboux, qui sautillaient sur les arbres, s'élancèrent dans les airs, effravés par ce bruit insolite. Ce spectacle était solennel. S'élancer vers l'endroit où gisait le noble animal, s'assurer qu'il avait cessé de vivre, l’éventrer, arracher les intestins, l'attacher par les quatre pattes et le placer sur la croupe du cheval, tout cela fut l'affaire d’un quart d'heure.
« Cette opération s'était passée en silence. Aussi, lorsque tout fut fini, au moment où Pompée, qui tenait la bride du
ité. Au is Sure à ne
nt dans isait le quante an inaemson.
ai d’un
e belle gare à
S Conons du , et du \ tour.
n cerf e celui Saint-
Slouch , quelnd, et
ntour, cèrent le était ninal , ner les er sur quart
)rsque de du
cheval, s'apprêtait à reprendre le chemin de l'habitation de M. Remson , les deux braconniers tressaillirent-ils, car un bruit avait troublé le silence üe la nuit.
« Slouch, qui avait rechargé à la hâte sa carabine, se tourna du côté du feu qui brillait encore : ses yeux rencontrèrent ceux d’un animal qui avançait de son côté.
« Un autr: coup de feu se fit entendre. Aussitôt Pompée, s'élançant en avant, s’écria avec terreur :
«— Hélas! hélas! c’est le poulain de la jument favorite du squire Remson que vous avez tué! »
« C'était en effet un magnifique poulain de deux ans qui gisait sur le sol , roide mort : la balle l'avait frappé au cou et s'était perdue dans les chairs.
« — Que faire? demanda Slouch : enterrer la bête? on la découvrira par l'odeur; la jeter à l’eau dans l'étang ? il en sera de même. Ah! fit-il, comme frappé d'une pensée subite. Aide-moi, Pompée; j'ai trouvé le moyen de cacher ma maladresse, el personne ne saura rien. »
« Les deux braconniers traînèrent l’animal vers une haie formée d’épieux superposés les uns sur les autres, et ils accrochèrent le poulain à un des morceaux de bois, précisément à l'endroit où la balle avait pénétré dans le corps.
«— Demain, fit Slouch, les aigles et les busards auront attaqué la bête, et avant le soir nul ne pourra dire comment le poulain est mort: il sera seulement prouvé qu'il s'est accroché ainsi en voulant sauter par-dessus la haie. Maintenant, Pompée, pendant que je vais rentrer à l’habitation, toi, Lu iras jusqu’à la maison du maitre de poste, et tu remettras à Jack le voiturier le cerf que j'ai tué. Tu lui diras de le placer sur le sloge-coach (diligence) qui va à Charleston : une fois là, il le fera porter à l’adresse convenue. Va ! silence et discrétion surtout. Tu recevras pour la peine un dollar et deux livres de tabac. Un moment! je fais une réflexion : au lieu d'emmener mon cheval, va prendre la jument de M. Remson; de cette manière elle sera loin de la maison, et ne pourra pas chercher le pou-
ne us —s ST Et RE CS RIT PES
Pere CLÉ
dcstateenreet
OURS DV DE art
ar tm mammatngnatneenens e
Se
lain. En revenant, tu la lâcheras dans les champs, et s'il lui arrive malheur, ma foi, tant pis! »
« Les deux braconniers se séparèrent, et tandis que Slouch, l'inidèle intendant, se couchait tranquillement, Pompée, obéissant à ses ordres, allait chercher la jument, chargeait sur son dos la venaison destinée à être vendue au marché de Charleston , et se rendait à la maison du maître de poste, où l’attendait Jack le voiturier.
L'affaire était conclue, et Pompée regagnait, monté sur la jument, l'habitation Remson, lorsque soudain la bête
fit un écart et le jeta par terre. Un coup de feu venait de retentir, et des gémissements terribles troublèrent la tranquillité de la nuit. Se relever d’un seul bond et s'élancer dans la direction de cette agonie, tout cela fut l'affaire d'un instant pour le nègre braconnier.
« Devant lui, au pied d’un arbre, gisait sur le sol un homme murmurant une prière et sur le point d’expirer. Horreur ! Pompée avait reconnu dans le moribond son frère César, frappé à mort par une balle : l’infortuné râlait, baigné dans son sang.
« — Ah! mon Dieu! s’écria-t-il, mon frère! qui a fait ce
et s'il
Slouch, ompée, argeait rché de poste,
nté sur la bête
ait de a tranlancer re d’un
sol un Xpirer.
n frère baigné
fait ce
mauvais coup ? serait-ce Slouch, l'overseer ? Réponds! Ah! si c'est lui, je le tuerai comme un chien. »
César fit signe à son frère de l’adosser contre l'arbre; et puis, à mots entrecoupés, le malheureux nègre lui raconta que, sa femme ayant été atteinte depuis deux heures des douleurs de l'enfantement, il était parti sans rien dire à personne pour chercher le médecin du comté. Arrivé près du champ de fèves, il avait aperçu un feu qui brülait dans une poêle. La curiosité l'avait attiré, et, malgré les ruades du cheval qu’il montait, il s'était avancé jusque auprès de la haie. Soudain la détonation d'une arme à feu s'était fait entendre, et il s'était senti atteint par une balle. Au cri d'agonie qu'il avait poussé, un braconnier s'était précipité à son secours, et, se mettant à genoux, l'avait supplié de lui pardonner sa fatale méprise. Il avait cru, en voyant les veux de la mule, tirer sur un cerf. Au bruit fait par Pompée et par la jument, le braconnier, craignant d'être surpris par un témoin, s'était relevé pour prendre la fuite.
«— Béni soit Dieu ! ajouta César, car tu es arrivé à temps: je craignais de mourir seul au milieu des bois. Oh! que ne puis-je encore une fois embrasser ma femme, mon enfant qui va naître! Ah! je meurs, je vais expirer sans les voir! Pompée, mon frère, tu serviras de père à mon premier-né, lu lui apprendras mon nom. Adieu! adieu! ah !... »
« Le malheureux était mort!
« Cet événement produisit une terrible impression sur le nègre Pompée. Saisi de remords, il avoua à M. Remson, qui arriva le lendemain à l'habitation, tous les détails de la chasse au feu. L’intendant Slouch, cause première du malheur qui était arrivé, fut renvoyé par son maître, el comme il ne put trouver à se placer sur aucune habitation des Carolines, faute du certificat indispensable à tout surveillant de plantation , il quitta le pays et s’'embarqua pour la Californie.
« Pompée vit encore à Remson-Cottage : il a remplacé
Dis LE MDIT DE LAS asie ne PRES > do
ul
t H Fi
sn
4 DU ee
Emme
A EE SON BA RE MDP m5 on SERRES 452 Ace "de Cu Cum ne here means Æ LR RE ER Dame cc rends
Slouch dans la gestion des affaires du maître, qui n'a pas perdu au change. »
Voici une autre chasse dont j'ai été le héros moi-même,
Par un beau jour d'automne {c'est ainsi que commencent les romans, mais ceci est véritablement une histoire), je me trouvais, en 1844, à la taverne d’un Irlandais, sise sur les bords du lac Big- Woolf, à trente milles environ des vrandes nappes d’eau nommées les Paranac, dans la partie nord de l’État de New-York.
J'avais été convié par un gentleman farmer, dont j'avais fait la connaissance à Newport, pendant la saison des bains, à aller passer une ou deux semaines chez lui pour chasser le cerf à courre, à traque, à tir, à l'affût et de toute manière. A entendre M. Eustis, charmant camarade de table et de chasse, gai compagnon de « sport », quel qu’il fût et comme il se trouvât, les bois qui environnaient sa ferme de « Crow- Nest » foisonnaient d'animaux, et j'aurais grand plaisir à abattre une ou deux douzaines de Roe bucks :, Certes, la douzaine de cerfs m'eût suffi, deux par journées, pendant une semaine, mais quatre par jour me paraissait un chiffre exceptionnel, et je voulus savoir si M. Eustis mentait peu ou prou et ne vantait pas trop son territoire de chasse.
J'élais arrivé à Crow-Nest par une belle journée d’octobre, et M. Eustis m'avait reçu avec une cordialité tout américaine. La maîtresse du logis, très-aimable femme,
1 Le Roe Luck, plus vulgairement appelé deer, autrement dit le cerf, diffère de son congénère d'Europe, d'abord par sa robe, qui est unie, d'un beau ton rougeûtre, aux poils gris sous le ventre, à la queue menue el blanche, entourée d'un carré de même couleur, pareil à celui de nos chevreuils. Le cerf des États-Unis est « coiffé » comme celui de France. Je redirai seulement que sa ramure, aux andouillers aplatis et dentelés, est plus courbée et qu’elle dessine presque un demi-cercle, retournant en avant sur le mufle de l'animal. Quant à la conformation des jambes, à la taille, à la légèreté, à la vivacité du cerf américain, je n'ai aucune différence à signaler entre les deux espèces. Comme en Europe, ces animaux vivent en hardes, s'’accouplent aux mêmes époques, perdent leurs bois vers décembre, et sont dans toute leur beauté aux mois de juin et de juillet,
na pas
1ème.
nencenl ire), je sise sur ron des a partie
j'avais s bains, chasser \anière.
le et de comme «Crowlaisir à rtes , la pendant , chiffre Lait peu e.
ie d’ocité tout femme,
L le cerf, nie, d'un menue el nos cherance. Je telés, est irnant en bes, à la une difféanimaux eurs bois in el de
originaire de Baltimore, la ville des États-Unis où le sang est le plus beau, la race la plus distinguée, me mit sur-lechamp fort à mon aise, en me traitant comme un frère, un ami; et cela tenait à peu de chose si l'on veut, mais à un fait très-important pour celui qui arrive dans une maison pour la première fois. Je m'explique. Mistress Eustis avait un fils, joli enfant de sept ans, qui, tout en me voyant, m'avait sauté au cou, me nommant son Pet friend et déclarant d’une voix argentine qu'il ne voulait plus me quitter. Par quelle affinité, quel atome crochu, ce gentil petit être s'était-il pris de visu d'une si belle amitié pour moi”? Je ne saurais le dire; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne me quitta que sur le seuil de la chambre que l'on m'avait desnée , et que le lendemain, à la pointe du jour, lorsque son père vint me réveiller pour prendre part au déjeuner et partir ensuite pour la chasse, James, c'était le nom de l'enfant, l'accompagnait, tout joyeux de venir souhaiter un hearty welcome à son ami le Français.
Mistress Eustis, en vraie ménagère, en femme qui sait son monde et comprend que la jeunesse et la fraicheur n'ont pas besoin d’apprêts, était déjà à son poste, assise devant une table abondamment couverte de viandes froides, d'œufs à la coque , de muffins, de cakes de maïs et de blé noir chaudes et fumantes. Tout ce qui était sur la nappe était cuit à point et servi avec une propreté sans pareille; mais ce qui doublait le plaisir des yeux et celui du goût, c'était la bonne humeur de mon hôtesse, la gentillesse de son enfant , et le joyeux caractère du maître de la maison.
Ces huit jours passés chez les aimables fermiers de Crow- Nest, m'apparaissent dans le brouillard de ma vie passée aux États-Unis comme une fraîche oasis où j'aurais oublié toutes les fatigues d'une route hérissée de dangers et émaillée d’ennui.
La première journée de mon arrivée à Crow-Nest s'était écoulée à la promenade; le soir on avait causé de la chasse du lendemain, et la veillée s'était prolongée jusqu'à dix
DAT Pots és romeg ee Mes me
core
Ds
PRE MR gd EE one ne à
ë ; — ———- La D 85 ASC ERRE MA PRencemni d pu r SCR RmR EE je Li ae ns HT CUT Eee Er tete
RE dep 2 -2p 2 giron ur
heures autour de la table sur laquelle le thé était servi, heure indue à la ferme de Crow-Nest, où l’on se couchait de bonne heure pour se lever avant l'aurore. C'était l'usage, et certes cet usage en valait bien un autre... pour l'entretien de la santé.
Le lendemain matin, nous élions donc assis tous les quatre, y compris mon ami James, savourant les bonnes choses que nous présentait le nègre David, valet de chambre et cocher, en un mot le « maître Jacques » de la maison, lorsque la sonnette du logis retentit d’un coup sec et nous fit tressaillir sur nos chaises. David alla voir ce que signifiait cet appel magistral, et revint quelques secondes après annoncer à son maître que le serrurier était là, et qu'il apportait les lanternes.
« Ah! bien, je sais ce que c’est : dis-lui d'entrer. »
David exécuta cet ordre, et introduisit le locksmith du village voisin de Crow-Nest, qui dans chaque main tenait une lanterne ayant la forme de celles dont on se sert habituellement dans la campagne, avec la seule différence qu'elles étaient creuses dessous comme la moitié d’une citrouille, et munies à l'intérieur d'un réflecteur destiné à renvoyer au loin la lumière de la lampe. J’ajouterai à cette description, qu'à ces lanternes était adaptée une visière pareille à celle d’une casquette et deux mentonnières identiques aux lanières à écailles que portent les soldats aux parois de leurs shakos.
«Eh! bon Dieu! m'écriai-je en examinant de près ces deux objets, dont je ne comprenais pas encore l'usage, à quoi voulez-vous employer ces engins ?
— Vous ne comprenez pas? me réponcit M. Eustis. Voyez, mon cher Monsieur, et tâchez de deviner ce que je veux faire de ces lanternes, sans que je m'explique davantage. »
En disant ces mots, l'aimable fermier plaçait sur son bonnet grec une des deux lanternes et adaptait sous son menton les deux courroies appendues à la machine. Et mon ami James, imitant ce que faisait son père, à l'instar de
| LÉ CERF 180 4 è ht tous les enfants, se coiffait de l'autre lanterne, au grand 10 ouchalt plaisir de sa mère, qui riait à cœur joie et regardait son | 1 l'usage, mari et son fils, dont les visages étaient vraiment fort | | ntretien drôles. ; :
Je ne pus moi-même retenir mon sérieux, el je m'aban- pu 1 ous les donnai follement à une hilarité immodérée; je me permis HNUE bonnes même de lever les bras en signe d'étonnement. HI hambre « Là, là! tout ceci est bel et bon, mon cher Monsieur; ai: eo mais ce soir, à la brune, vous ne rirez pas, j'en suis cer- JURA et nous lain. Vous ne comprenez pas, tant pis pour vous. Ce sera “LUE Li Lys votre punition, et je ne vous dirai rien d'ici là. Sur ce, si ML ie le cœur vous en dit, en route, à moins que vous ne soyez ni Ÿ pas encore prêt à me suivre. » | Comme on le pense bien, je fus sensible à ce reproche, æ et je me levai tout d’une pièce, avalant ma dernière tasse mit du de thé et saisissant ma carabine à double canon, appendue br avec celle de M. Eustis à un magnifique bois de caribou , a-
qui ornait le panneau du milieu de la salle à manger de Crow-Nest.
« En route! fis-je; et, adressant à la maîtresse du logis un salut des plus gracieux, j'embrassai mon ami James et je sortis, tandis que le maître de la ferme rappelait à sa femme qu’elle ne devait pas nous altendre avant minuit, ou plutôt une ou deux heures du matin.
La maison de M. Eustis, située au fond d’une crique du lac Big- Woolf, entourée de cèdres séculaires, de chênes vigantesques et de noyers touffus, était admirablement située pour un amateur de chasse. Des bois à droite, des champs cultivés à gauche, champs entourés de troncs d'arbres disposés comme des chevaux de frise, afin d'empêcher le gibier de faire des dégâts dans les plantations de maïs, de pommes de terre, de patates, d'orge et de froment; un lac admirable devant l'habitation , lac de vingt kilomètres de long sur quatre de large, aux bords couverts de roseaux et hantés par des hérons , des butors, des grèbes , des poules d'eau, des milouins, des oies et des canards de toute espèce,
fférence ’une ci-
estiné à i à cette visière es idenals aux
près ces sage , à
. Voyez, je veux ntage. »
sur son ous son Et mon istar de
LÀ
Te nt a nn DA re
y compris le fameux canvass-back, le roi des palmipèdes de l'Union américaine. Tout concourait à faire de Crow-Nest la plus royale des hunting bores (cabane de chasse) des États-Unis.
Une barque nous attendait au fond de la crique, à une portée de fusil de la ferme. David se tenait à l'avant, une gaffe à la main, retenant le canot au rivage, afin de laisser monter son maître et son ami l'étranger.
Une fois installés à l'arrière, M. Eustis prit en main le gouvernail et donna le signal du départ. David, dégageant la barque des nymphéas et des roseaux qui croissaient sur les bords, se trouva bientôt au milieu des eaux claires, et fit force de rames dans la direction du nord.
C'était, comme je l’ai dit en écrivant les premières lignes de cet épisode de chasse, par un beau jour d’automne; le soleil brillait à l'horizon, les oiseaux aquatiques s’ébattaient devant nous, et, avant d'arriver à la cabane de l’Irlandais, nous avions, M. Eustis et moi, tué une vingtaine de pièces, qu'un excellent épagneul, fidèle compagnon de mon ami américain, se hâtait d'aller chercher sans même qu’on l'en priât, plongeant au besoin, lorsque l'oiseau démonté croyait par ce moyen éviter sa poursuite obstinée. Et toujours, à une ou deux exceptions près, le quadrupède l’emportait sur le palmipède.
L'Irlandais, nommé Samuel Patrick Donneghue, plus ordinairement connu par l’abréviation de « Pat », était tenancier d'une taverne où il donnait à boire et à manger à une compagnie d'ouvriers exploitant une mine de vif-argent pour le compte d’un citoyen de Boston. La fourniture du mess de ces travailleurs et la chasse faisaient vivre maître Pat, qui passait, avec juste raison, pour le plus habile chasseur du pays.
« Bonjour, monsieur Eustis et la compagnie, s'écria-t-il en levant son bonnet de peau de renard, dont la queue, attachée par-dessus la tête, faisait ressembler cette coiffure à un casque de carabinier. Salut! maitre. Vous arrivez à point.
des palmipèdes re de Crow-\est de chasse des
à crique, à une t à l'avant, une ,afin de laisser
prit en main le vid, dégageant | croissaient sur eaux claires, et
premières lignes r d'automne; le ques s’ébattaient e de l’Irlandais, rlaine de pièces.
de mon ami améu'on l'en priàt, nté croyait par toujours, à une mportait sur le
eghue, plus orit », était tenan- \ manger à une e de vif-argent a fourniture du ent vivre maître blus habile chas-
nie, s’écria-t-il
t la queue, atr cette coiflure à s arrivez à point.
J'ai fait le bois, ce matin, et nous avons, à une heure d'ici, dans les halliers du « Devils’ hole » trois hardes de cerfs, dont le nombre s'élève au moins à vingt têtes. »
Tandis que Pat nous annonçait ces bonnes nouvelles, David, qui avait amarré l’embarcation, apportait d'une main nos sacs de chasse, et de l’autre les deux lanternes, rendues le matin par le serrurier de M. Eustis.
« Bravo! s’écria Pat, au comble de la joie en apercevant les ustensiles de fer-blanc peint en noir. Bravo! oh! cela lera bien l'affaire. Nous allons voir comment ils trouveront la chose.
—- C'est bien! c’est bien! pas un mot de plus. Je désire faire une surprise à mon ami le gentleman français : ainsi, Pat, gardez-moi le secret jusqu'à ce soir. Fermez vos lèvres, et parlons d’autre chose.
— All right! s'écria le bon apôtre, qui, sans ajouter un mot de plus, passa dans l'intérieur de sa cabane, prit en main son fusil, siffla deux chiens hounds el nous précéda dans un petit sentier qui conduisait au milieu des montagnes environnant le lac du Big-Woolf et aboutissait au Devils’ hole .
Le sentier était abrupt, très-étroit, montueux, sinueux et quelquefois dangereux: mais nous avions tous les trois le pied marin, et nul accident ne nous arriva pendant cette pérégrination, qui dura environ une heure et un quart.
Les cèdres, serrés les uns contre les autres, rendaient le passage très-difficile. Mais, grâce à nos mains vigoureuses, nous nous frayions une issue et nous parvenions enfin devant une espèce de clairière, au milieu de laquelle, à cinquante mètres, se tenaient, les uns couchés, les autres debout, broutant l'herbe, l'oreille au guet, l'œil en éveil, une quinzaine de cerfs de toute taille, de tout sexe, de toute venue.
Eh bien! me glissa doucement à l'oreille M. Eustis, êtes-vous content, Nemrod d'outre-mer? Allons! il s'agit de viser juste et de tirer droit. Attention, nous sommes à bon vent et nous avons trois carabines à décharger. Pat,
ti!
je Me A
es nennnnn
em pe
QE pme
D AR DE és
ajouta-t-il en parlant à voix basse à notre guide, vous tirerez à gauche; moi, au milieu, et vous, Monsieur, — il s'adressait à moi, — à droite, c'« t convenu. Prenez votre temps: comptez jusqu'à vingt, et puis, feu! »
Nous nous séparämes là-dessus, et chacun prit sa place: puis, sur un signe de tête de M. Eustis, nous épaulämes nos armes, et le calcul commença.
Tout à coup une triple détonation se fit entendre, suivie de deux autres coups, tirés à un très-court intervalle, par mon hôte et par moi, qui avions des fusils à double canon.
« Bravo! bien joué! s’écria M. Eustis, qui s'était élancé d’un bond dans l’espace vide, et contemplait les victimes de cette quintuple décharge.
Il y avait quatre cerfs étendus sur l'herbe de la clairière, «gigottant » encore dans les étreintes suprêmes de l'agonie.
Le cinquième coup de feu n'avait pas été aussi habilement tiré que les quatre autres. C'était moi qui m'avouais coupable, car l'émotion avait paralysé mes moyens et j'avais atteint l'animal — un beau dix-cors — dans la cuisse gauche, au lieu de le frapper au cou. Aussi la bête avait-elle détalé de toute la vitesse de ses trois pattes, et les hounds de maître Pat s'étaient élancés sur ses talons, gueulant à pleins poumons et tenant pied comme de nobles bêtes qu'ils étaient réellement.
Nous les laissämes faire tout d’abord, pour contempler nos quatre victimes : deux mâles, une femelle et un faon. Puis, tandis que Pat, qui s'était chargé de vider les cerfs et de les suspendre à des branches pour les mettre hors de portée des carnassiers, s’occupait activement de sa besogne, nous nous élançämes, M. Eustis et moi, sur la trace des chiens. Le concert de ces vaillants limiers continuait toujours et retentissait dans les gorges du Devils’ hole. Ce fut ce bruit qui nous guida pour suivre la trace, et nous reprimes forcément le sentier que nous avions suivi pour arriver à la « clairière aux cerfs. » Les voix se faisaient toujours entendre dans le creux du vallon, et au bout d’une
s tirerez s'adrestemps:
\ place; mes nos
>, suivie lle, par anon.
it élancé victimes
lairière l'agonie.
bilement ais cout j'avais gauche, le détalé unds de à pleins s étaient
templer un faon.
les cerfs > hors de besogne, race des ait toue. Ce fut nous reivi pour faisaient but d’une
demi-heure de course, il nous parut évident, à M. Eustis et à moi, que l’animal blessé se dirigeait vers le lac.
Ce fut ce qui arriva. La bête, harcelée par les limiers de Pat, détalait toujours, perdant son sang, mais vaillante et défendant sa vie avec toute l’énergie du désespoir.
Tout à coup nous aperçümes le miroitement de l’eau dans une lagune du lac Big-Woolf. C’était là que le cerf allait être pris : nous allons jouir de la vue d’un hallali à l’eau !
Au détour d’un sentier que nous avions suivi pour couper court et arriver plus vite, nous distinguämes le dix-cors enfoncé dans l’eau jusqu’à mi-corps, et faisant tête aux chiens. La bête allait mourir, car elle répondait faiblement aux attaques de ses ennemis , et, quand nous parvinmes sur la rive , elle s'affaissait sur elle-même ; le sang l’avait étouffée.
Nous nous hätèmes de retirer l’animal de l'eau, et je pus bientôt admirer à mon aise le plus magnifique cerf que j'eusse onques vu de ma vie. a ramure était d'une régularité sans pareille, d'un grain fin comme une peau de chien de mer, et son pelage d’un brun rouge de toutes nuances.
De l'endroit où s'était passé l’hallali à la cabane de Pat il y avait tout au plus la distance d’un demi-kilomètre. Je n’en allai querir le domestique de M. Eustis, qui s'empressa de venir aider son maître à transporter le gibier, tandis que moi j'allumais le feu, afin que tout fût prèt pour préparer le repas du soir.
David , une fois revenu avec mon hôte, alla chercher un mulet dans une étable attenant à la taverne de Pat, et partit aussitôt pour la clairière afin de rejoindre l'Irlandais, avec lequel il reparut deux heures après, ramenant les quatre cerfs de Devils’ hole.
M. Euslis et moi nous avions préparé le souper, consistant en tranches de venaison grillées et saupoudrées de piment et de sel, et le couvert se trouva mis lorsque nous fûmes tous ensemble.
Dès que la nuit fut venue, nous songeñmes à la chasse du soir; car, on s’en souvient, il avait été question la veille
Les Chasses, 9
SE
à = re Sais open SES Er Da Ep ue nn nn — ue Eee de VU) SU ed ul =
# | # fi I à
Drames
7 Poe fe green an name ans = ==
d'un affût fantastique qui devait faire impression sur le « jeune français », grand amateur de chasse.
Je m'étais laissé « gouailler » sans demander mon reste: aussi, lorsque le moment de se mettre en route arriva, quand Je vis M. Eustis prendre les deux lanternes, que l'on avait préalablement garnies de mèches et d'huile, je ne fis aucune question et j£ me contentai de suivre mon hôte. Celui-ci, précédé de Pat et de David, entra dans la barque, me fil asseoir à ses côtés et donna l’ordre du départ.
La nuit était sombre, et n’eût été que nos veux s’accoutumèrent bientôt à l’obscurité du paysage, il nous eût été for! difficile de savoir quelle direction nous devions prendre. Mais dix minutes après nous être aventurés sur le Big- \Voolf, nous avions obtenu « la vue des chats », et nos deux rameurs nageaient avec une ardeur sans pareille.
Une demi-heure leur suffit pour nous amener au fond d’une anse profonde , entourée d’une forêt de cèdres et de sapins, où, suivant le dire de Pat, nous devions « faire chasse ».
« Allons! c’est bien, fit tout d’un coup M. Eustis. Il s’agit maintenant de nous armer en guerre. Attention aux lanternes : une allumette, le feu aux mèches, et le tour sera joué. »
Je ne comprenais pas trop ce qui allait se passer, mais je m'étais juré de ne pas faire la moindre question; aussi je me contentai d'attendre et de voir faire M. Eustis, qui alluma les deux lanternes, et, à mon grand étonnement, plaça l’une d’elles sur son chef, et noua les deux mentonnières autour de son cou.
Je ne pus réprimer un éclat de rire; mais lorsque notre hôte m'eut expliqué que toutes les grandes bêtes, sans exception, accouraient du fond du bois pour voir ee que signifiait une lumière au milieu de la nuit, je compris à l’instant que le réflecteur des lanternes était destiné à projeter la lumière aussi loin que possible, en laissant le chasseur dans une grande obscurité, et lui donnant, par conséquent, la possibilité d'ajuster à son aise.
sur le
\ reste:
quand n avait aucune elui-ci, , me fil
ccoutuété fort rendre.
le Big- , et nos eille.
nd d’une sapins, hasse ».
Il s’agit aux lanour sera
, mais je aussi je , qui alnt, plaça onnières
ue notre sans eX- > que Siis à l’inprojeter
chasseur
séquenl,
« Et vous, maintenant, mon cher ami, me dit M. Eustis, coiffez-vous de cette lanterne, et descendons à terre. »
J'obéis machinalement, tandis que Pat et David poussaient l'embarcation vers la rive. Au même moment, par un contre-temps fâcheux, les nuages qui avaient obscurci la lune se dissipèrent en partie, et la forêt se trouva illuminée a giorno. Cette clarté inattendue dérangeait fort nos plans; mais M. Eustis m’engagea à avancer et à bien regarder devant moi, prétendant que ce clair de lune ne nous empècherait pas tout à fait de trouver notre gibier.
Il avait bien raison, car, dix minutes après, tandis que nous longions la rive, mes yeux se reposèrent sur un magnifique cerf qui venait, au petit trot, à l'encontre de la lumière. Je m'arrêtai tout d’une pièce, j'ajustai l'animal à la poitrine et j’attendis.
Le cerf avançait toujours : lorsqu'il fut à vingt pas, je lächai la détente de ma carabine. Bang! la bête bondit comme si le sol eût fait explosion sous ses pieds; puis je la vis retomber lourdement à terre : elle avait vécu.
« Bravo! bravo! bravo! s’écrièrent à la fois M. Eustis, Pat et David, qui vinrent à mon aide pour relever la bête, que l’on transporta dans le bateau.
— À mon tour maintenant, fit mon hôte, et fasse le grand saint Hubert que j'aie autant de chance que vous! »
Ce souhait fut bientôt réalisé. La lune avait cru devoir voiler sa face en présence du meurtre qui venait de se commettre devant elle. L’obscurité la plus grande régnait de nouveau autour de nous, et nous avancions à pas de loup sous les branches touffues des arbres verts de la forêt.
« Voyez là-bas ! devant nous, murmura soudain mon camarade de chasse à mon oreille. Laissez-moi tirer s’il n'y a qu’une bête, et ajustons ensemble, vous à droite, moi à gauche , si les cerfs sont au nombre de deux, ou bien en harde, »
Je fis un signe d’assentiment , et nous continuâmes à nous glisser sous bois.
M. Eustis avait prévu juste. Les cerfs étaient au nombre de sept, et tous, mâles et femelles, vieux et jeunes, l'oreille au guet, l'œil brillant, l'attention éveillée, s’avançaient à notre rencontre, curieux de savoir ce que signifiait une pareille lumière, à une heure aussi insolite.
Mon hôte s'était arrêté : j'avais imité sa manœuvre, et nous épaulions nos carabines simultanément.
Je voyais à ma droite un énorme buck, autrement dit. en bon français, un vieux cerf à la ramure luxuriante, qui marchait côte à côte avec une biche, sa femelle sans doute, et courait à sa perte sans le savoir. M. Eustis devait, selon nos conventions, viser la biche, et quand, sur un signe de tête, je compris qu'il allait faire feu, je pressai la gachette, et bang! les deux détonations se confondirent l'une dans l'autre.
M. Eustis avait atteint son animal: mais moi, je ne sais comment, j'avais seulement frisé l'épaule de mon cerf, qui prit la fuite avec toute la harde et disparut dans les profondeurs du bois.
J'étais certain d'avoir cruellement blessé mon dix-cors, mais 1! n'était plus possible de courir après. Pat se chargera de ce soin pour le lendemain matin, et nous songeñmes à retourner au logis. Onze heures et demie du soir venaient de sonner, lorsque, devant la taverne de Patrick Donneghue, nous embarquions notre butin, dont le poids était tel, que notre canot avait à peine la hauteur d'une main au dehors de l'eau. C'était suffisant pour ne pas chavirer.
La lune reparut pour faciliter notre navigation, et lorsque nous fimes halte devant le débarcadère de Crow-Nest, deux voix amies répondaient à notre appel, et mon jeune frtenrl James, qui s'était obstinément refusé à aller au lit pour nous attendre, frappait les mains de joie à mesure que David et les autres domestiques retiraient les cerfs de l'embarcation.
Le lendemain soir, Pat nous surprit à l'heure où nous nous mettions à table pour prendre le thé. Il avait, à force
ombre l'oreille aient à ine pa-
vre, el
dit. en te, qui doute, t, selon signe de ichette , ne dans
ne Suis
erf, qui profon-
IX=COTS , chargoa eàmes à aient de neshue , tel, que u dehors
lorsque st, deux
e friend lit pour sure qui de l'em-
où nous t, à force
0 PSS 5
mm — nn
a — Em
de recherches, retrouvé le cerf que j'avais blessé la veille, mais à moitié dévoré par les coyotes. Il me rapportait seulement le bois et la tête, trophée sans pareil qui orne encore aujourd’hui mon cabinet de travail.
Je termine ce chapitre par une histoire assez singulière.
Le cerf des États-Unis est susceptible d'éducation, et je n'en cilerai pour exemple que le fait suivant, qui pourrait être, au besoin, corroboré par de nombreux lémoignages,
Pendant la première semaine de mon séjour à New-York, en 1841, je fus fort étonné, certain matin, d'apercevoir, au milieu d’une compagnie de milice écossaise, un magnifique cerf portant au cou un collier d’argent, et dont le bois admirable , la démarche élégante, les yeux remplis de douceur et les jambes fines, étonnaient tous ceux qui assistaient au défilé des highlanders pour rire de la garde nationale américaine. Il cheminait derrière la musique, en tête des officiers, et ni les cris des enfants , ni le bruit des voitures, ni celui des instruments de cuivre, ne paraissaient produire aucun effet sur cet animal, chez qui ordinairement la timidité surmonte le courage. Il va sans dire que je voulus savoir comment le cerf en question avait été ravi à ses forêts pour venir se pavaner au milieu d'une grande ville, et fouler le macadam au lieu de piétiner les gazons des montagnes du désert. Je m’enquis pareillement d’un chien de Terre- Neuve qui paraissait être de la meilleure intelligence avec le cerf, comme aussi avec les Écossais , et voici ce que j'appris le soir même, de la bouche d’un officier de la 3° brigade de New-York.
La compagnie des highlanders, suivant un usage de la mère patrie, avait adoplé le cerf comme emblème de la lévèreté qu’un Écossais doit mettre en pratique pour gravir les montagnes , franchir les précipices et faire de longues étapes. Quant au chien, c'était pour eux le symbole de la lidélité, qui est, on le sait, une des qualités primitives de tous les compatriotes de Walter Scott. Il est bon d'ajouter
PESTE EE NT ART TE LE ns LED nn ae + —— he nv = x : =. sl ®s Six Ur D éme :
ici que, pendant la guerre de l'indépendance, les highlanders de Washington avaient donné au héros américain des preuves d’un courage et d’un dévouement sans pareil. Aussi le législateur avait-il cru devoir récompenser ce corps d’élite, en lui accordant, par charte privée, certains priviléges dont il jouissait sans encombre depuis 1781.
À la bataillle de Yorktown, lorsque le général Cornwallis, cerné d’une part par Washington et ses Américains, et de l'autre par la flotte française commandée par le comte de Grasse, fut obligé de se rendre avec son armée de sept mille hommes, le capitaine des highlanders de la 3° brigade, John Davidson, fut chargé par le vainqueur d'aller recevoir l'épée du vaincu. Cornwallis, enchanté de la courtoisie de son heureux ennemi, le pria d'accepter, comme gage de son estime, une claymore écossaise longtemps conservée dans sa famille , et ayant appartenu aux Mac-Fergus. Cette relique fut offerte par Davidson à sa compagnie, et c’est encore la même claymore que porte le capitaine actuel des highlanders de New-York.
Quant au cerf et au chien qui faisaient mon admiration en 1841, voici quelle était leur histoire. Le premier avait été rapporté de Virginie à New-York par mon ami Williams Porter. C'était en 1836 que le faon, privé de sa mère, tuée dans une chasse , s’était jeté dans les jambes de mon confrère en saint Hubert, comme pour lui demander aide et secours. Porter, avec cette générosité qui le caractérise, avait pris le faon dans ses bras, l’avait emporté au rendezvous de chasse, de là à la plantation de son hôte, et ensuite à New-York.
Le soir même de son arrivée, il avait envoyé le gentil animal au mess des highlanders avec ses compliments. D'abord les gardes nationaux n'avaient point compris la valeur et l'opportunité du présent; puis l'un d'eux avait suggéré l’idée de confier la bête aux musiciens de la compagnie, qui se chargeraient de son éducation. Tout d’abord la musique avait effrayé le timide quadrupède; mais peu à
ghlanain des . Aussi ps d’éviléges
Awallis, , et de mte de t mille rigade , ecevoir isie de rage de nservée s. Cette et c'est uel des
niration r avait illiams re, tuée on conaide et ctérise , rendezensuite
e gentil iments.
pris la x avait la comd'abord s peu à
peu il s'était apprivoisé et fait à ce bruit harmonieux, et au bout de six mois il était devenu aussi familier qu'un king'scharles. On le voyait, chaque matin, quitter la cabane élevée à son intention dans la cour de la caserne, monter les escaliers et frapper à chaque porte du corridor des musiciens afin d'obtenir un morceau de biscuit. Par un caprice assez bizarre, l'animal n'acceptait jamais un morceau qui avait été touché par la dent de l’homme : souvent avait-on essayé de tromper son instinct en lui offrant d’abord un biscuit entier, puis un autre sur lequel on avait posé les lèvres; le jeune cerf découvrait toujours la ruse et refusait le morceau souillé par le souffle de l’homme.
A l’époque où je vis pour la première fois le cerf des highlanders, il y avait déjà trois ans qu'il avait fait, pour la première fois, ses débuts en public, au grand ébahissement des cokneys de New-York. L'animal avait atteint son plus grand développement : il était vraiment beau à voir, avec sa tête superbement dressée et portant quatorze andouillers. C'était un dix-cors des plus majestueux ; seulement il était devenu en vieillissant quelque peu capricieux et irritable, et l’on avait grand’peine à l'empêcher de tomber tête basse sur l’audacieux pékin qui s'aventurait à passer entre lui et les musiciens lorsque la compagnie était en marche.
En jour, en 1844, pendant une excursion que la 3° brigade, à laquelle appartenait le corps des highlanders, faisait au fort Hamilton, le cerf, profitant du repos que les Ecossais prenaient à l'abri des murailles du fort et dans l'intérieur de la construction même, monta, par des chemins en pente qui conduisent au sommel, jusque sur le haut de la muraille. Une fois là, il se mit tranquillement à brouter l'herbe qui poussait entre les interstices des pierres. Un chat faisait la sieste au soleil entre les deux parois d'un créneau; à la vue de l’importun , effrayé comme pourrait l'être un écureuil surpris par un chien, il fit un bond tel, que le cerf, surpris lui-même, crut devoir l’imiter. Le pauvre animal recule en sautant; mais le précipice était là, béant derrière lui, etil
sa