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mirent à ruer, le conducteur redoubla ses cris et ses jurements : nous frûlâmes la haie, et soudain un soubresaut sans pareil nous rejeta de l’autre côté, le traineau sens dessus dessous, les chevaux sur le dos, le conducteur sur la tête, et nous deux, Mac-Lean et moi, sur le ventre, à dix pas de notre véhicule et de nos coursiers. tien n'élait cassé, heureusement, ni nos côtes, ni les trails des chevaux, et, dès que l’ordre fut rétabli, nous continuäâmes notre marche. 1e soir du même jour, à dix heures, nous rentrions à Québec.
Je ne raconterai point à mes lecteurs quelles délices nous éprouvämes à trouver à notre portée de l'eau chaude, du savon, des rasoirs, des brosses à cheveux et un lit confortable dans une chambre bien chauffée. Il faut avoir été privé de ces articles indispensables de la civilisation pour ressentir le charme que l'on éprouve à les retrouver après six jours de séparation. *
Malgré ma passion pour la chasse, ami lecteur, je déclare que je n'ai nulle envie de recommencer mon voyage en traineau dans la neige. Si jamais j'éprouve la fantaisie de renouveler connaissance avec les élans, je prendrai Pomnibus qui mène au jardin des Plantes, où je pourrai tout à mon aise, à mon heure, m'asseoir près du ravage de ces animaux, et observer leurs mœurs sans crainte de voir l'un d'eux me faire têle.
Du reste, je ne suis pas précisément fàché d'avoir une fois dans ma vie visité les solitudes du Canada. Je proteste seulement contre le prétendu plaisir de s’aventurer, par un froid hyperboréen , à la poursuite des élans, et je mettrai au délti Nemrod lui-même de me prouver que c’est un déduit royal, à moins qu'il ne parvienne en même temps à me démontrer que les ignobles Peaux-Rouges de Lorette sont les dignes descendants de ces héros décrits par Cooper : les Uncas el les Chingach - Kooks.
Pendant le mois de janvier de l'hiver de 1843, qui fut aux États-Unis un des plus froids que l’on eût jamais éprouvés, j'élais assis, le soir, au coin du foyer de la vaste salle à manger d’un fermier de l'État de New-Brunswick. M. Thomas Howard, mon hôte, était un des plus intrépides chasseurs du comté, et, grâce à la recommandation de mon ami M. William Porter, le spirituel rédacteur en chef du journal des chasses de New-York, The Spirit of the Times, j'avais été reçu par ce Nemrod américain avec une hospitalité vraiment écossaise. La neige tombait au dehors en épais flocons, et foucttait les fenêtres de l'appartement où nous nous trouvions, M. Howard et moi, auprès d’une table sur laquelle un domestique avait placé une bouteille de vin de Xérès.
« Remplissez votre verre et le mien, Bénédict, me dit
fut aux ouvés, salle à , Thos chason ami journal j'avais é vrailocons, ; nous le sur vin de
me dit
M. Howard, je veux boire à la France, à votre cher pays, et à tous les chasseurs qui, comme vous, sont animés du feu sacré. Je n’ai pas oublié, mon intrépide ami, que je vous ai promis de vous faire tuer un caribou t avant votre retour à New-York. Vous savez que cet animal court avec une rapidité incroyable, et que, pour l’aborder à distance, il faut le suivre à la piste avec des souliers de neige, ces grandes raquettes que vous voyez là pendues à la muraille. »
Et M. Howard me montrait deux immenses patins de forme ovale, façonnés comme les raquettes avec lesquelles on joue au volant en France. C’est la chaussure dont se servent les Indiens pour ne pas enfoncer dans la neige.
« Vous aurez, reprit-il, assez de mal à vous servir de ces raquettes la première fois que vous les mettrez à vos pieds ; mais je suis sûr qu'après avoir fait tout au plus quinze pas, vous surmonterez bientôt cette difficulté. Vous savez, conüinua M. Howard, que mon ami l'Indien Monaï m'a promis de venir ici aussitôt que le temps serait favorable pour chasser le caribou ; or, comme rien n’est plus propice pour entreprendre cette chasse que la neige qui couvre aujourd'hui le sol, je suis persuadé que nous le verrons bientôt arriver, peut-être même ce soir. Le camp de la tribu à laquelle il appartient est dressé à cinq milles de ma maison, et un Indien, mon cher ami, ne manque jamais à la parole donnée. »
Il achevait à peine ces mots, que les aboïement prolongés des chiens annoncèrent l'arrivée d’un étranger. Un moment après, un sifflement aigu comme celui d’une locomotive résonna au dehors, et les chiens, changeant de
1 Le caribou est le plus grand cerf de l'Amérique du Nord, C'est un animal dont la forme ressemble beaucoup à celle du renne de la Laponie, mais dont les mœurs sont tout à fait différentes, Le caribou est, sans contredit, aussi dangereux que le bison, et quoiqu'on dise qu'il n'attaque point l'homme, il ne faut pas trop se fier à la timidilé qu'on s'accorde à lui attribuer. Comme gibier, le caribou est un délicieux manger, aussi délicat que le chevreuil, aussi juteux que le lièvre.
voix, firent entendre des cris de joie qui prouvaient que celui qui entrait dans la cour de la ferme leur était intimement connu.
« Voilà Monaï! s’écria M. Howard : quand on parle du loup, mon cher, vous savez... Mes chiens connaissent le Peau- Rouge, et lui font fête. »
En eftet, la porte s’ouvrit sans que personne eût frappé, contrairement à l'usage de la civilisation, et l'Indien Monaï entra dans la salle à manger. C'était un homme de moyenne taille, fortement constitué ; sa figure était belle et expressive. quoiqu'une profonde mélancolie fût empreinte dans son regard : ses yeux brillaient comme des escarboucles. Après avoir jeté un rapide coup d'œil autour de la salle, Monaï s'avanca silencieusement vers la cheminée.
ses vêtements consistaient en une blouse de peau de bufile ornée de broderies faites avec des piquants de porc-épic, et d'une frange taillée dans la peau elle-même. Ses jambes étaient recouvertes d’un calecon de peau formant guêtre sur les mollets et se boutonrant, du genou jusqu’à la cheville, par des olives ornées de franges semblables à celles de la blouse. Deux petits mocassins faits de peau de peccari chaussaient les pieds de Monaï, lesquels étaient aussi menus que ceux d’une senorila espagnole.
A un large ceinturon était suspendue une poche faconnée de la dépouille d'une loutre et ornée de dessins semblables à ceux qui tatouaient le costume entier de cet erfant des forêts. Monaï prit dans un coin de la salle une escal.elle de bois qui servait ordinairement de siége à une petite fil’e, le seul enfant de M. Howard, l’approcha du feu, s’assit, et, sans parler, tirant de sa poche un étui pareil à ceux dont nous nous servons en Europe pour porter nos cigares, il me l’offrit avec une uräce toute charmante. Pendant que j'admirais ce présent du Peau-Rouge , il remplissait tranquillement sa pipe de tabac, l’allumait au foyer incandescent, et, après avoir lancé quelques bouflées, il me la fit passer, m'engageant du regard à m'en servir à mon tour.
LE CARIBOU 239 L | À : .. UT at que J'aime peu la pipe, je l'avoue; le tabac fumé dans ces ca- 14! ntime- lumets me donne des nausées ; aussi j'allais refuser, lorsque Ex | | M. Howard me dit : Bill ne « N'ayez pas peur, mon hôte, ce tabac ne peut point vous HIER Panne faire de mal; essayez, et vous verrez que Monaï n'a point RUE | | envie de vous empoisonner. » LR { | rappé, Ë En effet, je trouvai le tabac de Monaï si délicieux, que je ‘1 14 $ Monaï ; fus assez indiscret pour charger de nouveau la pipe lorsque CO yyenne j'eus fini de fumer la première. Li | esgive. Pendant ce temps-là, M. Howard, remplissant un verre DA on re- avec du vin de Xérès, le présenta à Monaï. ù à | Après « Mon frère, lui dit-il, restera-t-il avec nous cette nuit? » Des à | Monaï Monaï, avant de répondre. avala le Xérès jusqu’à la der- | nière goutte. k buffle «€ L'’Indien va demain à la chasse, répondit-il. Le temps est pic, et favorable pour attaquer le caribou; la neige a neuf pouces et RE | ambes demi d'épaisseur. Mon frère blanc viendra-t-il avec moi ? : sen tre sur J'ai apporté deux paires de raquettes neuves, l’une pour lui, NE MR A eville, l'autre pour moi. il , de la — Dans quelle direction chasserons-nous, Monaï ? à 3. | chaus- — Au nc.d, vers le pays où nous sommes allés l’an der- f à us que nier : les caribous sont nombreux, car les Indiens n’ont point | encore visité la forêt. A L CS — Eh bien! Monaï, si tu veux me laisser emmener mon di Éles à ami que voici, dit M. Howard en me désignant au Peau- 4 à forêts. Rouge, j'irai avec toi. » 11 bis qui Monaï, à ces mots, jeta sur moi un regard rapide, et, ns! enfant après un moment de silence, il m'adressa directement la k parler, parole : “4 a ete « Le visage pâle, mon frère, sait-il se servir de ra- # SCune quettes"? » ii | L.
nd À vrai dire, je n’osais assurer Monaï de mon habileté à EE a | es marcher aisément avec une chaussure aussi nouvelle pour L: €. É quel- moi. J'allais répondre non, lorsque M. Iloward, qui comprit k. AR à mon hésitation, dit à Monaï : “a ja «Je me charge de mon frère le visage pâle; s’il ne peut 43)
nous suivre à la chasse, il restera au camp et préparera notre nourriture. »
Quoique l’Indien ne parüt pas apprécier beaucoup cet arrangement, il fit un signe d’assentiment, et nous commençâmes à convenir de tout ce qu'il fallait faire pour être prêts à partir le lendemain au point du jour.
Nous avions vingt-deux lieues à parcourir afin d'arriver au rendez-vous de chasse. M. Howard s’occupa sur-le-chamy de préparer les carabines, la poudre, les balles, les vêtements et les provisions de bouche. Je l’aidai dans tous ces préparatifs, qui nous avaient forcés de quitter l’appartement où nous étions assis avant l’arrivée de l'Indien; et lorsque nous revinmes, une demi-heure après, notre ouïe fut désagréablement surprise en entendant un ronflement sonore qui faisait retentir les échos de la salle à manger : c'était Monai, qui, étendu sur le tapis, devant le feu, avait jugé prudent de se préparer par le sommeil aux fatigues de notre chasse du lendemain.
« Cet original, me dit M. Howard, préfère ce morceau de lapis au meilleur lit de la maison. Nous n'avons qu'à lui laisser le bois nécessaire pour entretenir le feu, et il sera content comme un roi. Venez, mon ami, allons nous coucher. Demain matin, si vous êtes réveillé par un Peau-Rouge, n'ayez pas peur, ce sera Monaï qui peut-être viendra vous tirer par les pieds, suivant son usage. »
A trois heures et demie du matin, la lumière d’une lampe frappant mes paupières mi-closes me réveilla en sursaut : je croyais voir Monaï devant moi, lorsque la voix de M. Howard me lira de l'incertitude où m'avait jeté la vue d’un homme costumé d’une façon aussi bizarre.
« Debout! debout! mon cher, s’écria-t-il ; tout est prêt; le café se refroidit, et si vous ne vous hâtez, Monaï, qui est déjà à table, ne nous laissera ni une côtelette, ni une tranche de jambon à manger. Voici un costume semblable au mien: habillez-vous et descendez. »
Une fois le déjeuner expédié, lorsque notre estomac eut
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été réchauffé par un verre de whisky, nous nous élancames tous trois dans un light sleigh, traineau américain d'une forme particulière, et notre cheval nous conduisit en sept heures à un village situé à une lieue du rendez-vous de chasse.
Dans une auberge, à l'enseigne de l’immortel Washington, méchante taverne qui n'avait de confortable que le bar-room, ou plutôt la tabagie de la maison, nous trouvämes des lits aussi durs que des billards, mais sur lesquels nous dormîmes sans trop faire les difficiles. Le lendemain, à la pointe du jour, nous nous disposâmes à partir. Au moment où j'allais terminer ma toilette en chaussant les mocassins, M. Howard arrêta mon bras, en disant :
« Attention, mon ami, voici votre première leçon : passez d'abord ces chaussettes de laine; maintenant entortillez-vous les pieds de ces deux morceaux de feutre, et puis vous mettrez vos mocassins par-dessus; et enfin laissez-moi vous attacher aux pieds les redoutables raquettes. A présent, Bénédict, écartez les jambes pour marcher ; car si vous avanciez comme à l'ordinaire, votre nouvelle chaussure ayant trois pieds de longueur, vous seriez sûr de choir. »
Et, sans ajouter un mot, il prit son fusil et suivit Monaï, qui était à cinquante pas devant nous.
J'avais à peine remué trois fois les pieds, que je m'enchevêtrai dans mes raquettes, et je me laissai tomber sur le nez. Sans sourciller, je me relevai; et après deux ou trois chutes semblables, qui heureusement, eu égard à l'épaisseur de la neige, n'avaient point été dangereuses, je savais me servir de mes raquettes.
Après deux heures de marche au milieu d'une épaisse forêt de cèdres et de pins, nous arrivämes sur les bords d'une source d’eau chaude, où nous primes quelques instants de repos; puis nous nous remimes en route, J'observai que Monaï, qui nous servait de guide, s’avançant avec précaulion, examinait les empreintes sur la neige et les brisées aux branches d'arbres. A la fin, il s'arrêta devant un tronc d'arbre
Les Chasses. 11
renversé, et, se courbant sur un des côtés, 1l enfonca son bras dans la neige.
«I y a des cerfs près d'ici, me dit M. Howard: voici devant nous les fumées encore toutes fraîches. Ces animaux F. ne peuvent point courir sur une neige aussi épaisse; nous allons les rencontrer à peu de distance, dans une busse-
cour !, 4 «Maintenant, mon cher, observez le plus grand silence. et si un cerf venait à partir à votre portée, je vous en sup- es plie, ne tirez pas; car, quoique nous soyons encore à prés Le de trois milles du parc aux caribous, ces animaux ont l'ouie 1 si fine qu'ils pourraient nous entendre et disparaître avant | notre arrivée. — Ici, Jack! derrière! ajouta M. Howard en ! parlant à un magnifique chien courant. Regardez, me dit-il. 4 le voilà qui a trouvé la piste. » 3 Plus nous avancions, plus les empreintes étaient mar- M quées ; Jack fut mis en laisse; Monaï archaïit en avant, et 1 nous le suivions en silence. Jack fourrait son nez dans toutes 4
les fumées des cerfs ; il écumait, et les veux lui sortaient de la tête, mais il ne donnait pas de la voix. Tout d’un coup Monaiï se jeta par terre; M. Howard l’imita : moi seul je me tenais debout, lorsque je reçus sur les tibias un coup de la crosse du fusil de mon ami qui me força à me placer au même niveau que lui. J’allais lui demander ce que cela voulait dire, quand, en relevant la tête, j'aperçus à deux cents pas devant nous un cerf et six biches couchés sur la neige, et probablement endormis. Malgré la défense de M. Howard, j'avais mis en joue ma carabine; j'allais tirer, lorsqu'un autre cou}: de crosse me rappela le conseil que j'avais reçu. M. Howard se releva bientôt, et, se glissant d'arbre en arbre, de buisson en buisson, il chercha à s'approcher le plus près possible de la harde, pendant que Monaï et moi nous restions immobiles
1 C’est ainsi qu'on appelle un terrain déblayé par les cerfs, qui pie- {inent la neige dans un endroit qui forme un abri, sous un grand cidre ou devant un rocher.
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ient maravant, et ans toutes >rtaient de d'un coup seul je me coup de là r au même pulait dire, pas devant , et probaird, j'avais autre cou} I. Howard de buisson possible de immobiles
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spectateurs de cette scène émouvante, que tout chasseur appréciera comme elle le mérite.
Tout d'un coup la harde entière se leva, le cou tendu et les veux animés, cherchant à distinguer l'ennemi que linstinet lui faisait pressentir. L'odorat des cerfs semblait être en défaut et ne leur apporter que les senteurs de la forêt de cèdres, lorsque Le mâle de la harde s'avançea du côté de
M. Howard, suivi de ses biches, et parvint ainsi jusqu'à dix pas de l'arbre derrière lequel M. Howard était caché. Au mème instant, un mouchoir rouge déplové par mon hôte frappa la vue de l'animal, Au lieu de s’arrêter, le noble cerf, relevant sa tête, surmontée du plus admirable bois que j'eusse jamais vu, s’a ,ança encore ; et il allait presque toucher le mouchoir de la pointe de son museau, lorsque Jack, s'élançant sur lui, l’attrapa par le cou et lui fit une large blessure. Inutile de dire que le cerf et ses biches détalèrent devant nous avec la rapidité de l'éclair, poursuivis par Jack, M. Howard et Monaï, qui meurent bientôt devancé, glissant sur la neige, au moyen de leurs raquettes, aussi rapidement que les patineurs de Hollande sur les canaux du Zuyderzée.
Bientôt je les eus perdus de vue, quoique je fisse de mon mieux pour suivre leurs traces. J’arrivai enfin à un endroit
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où l'aspect du terrain m'indiquait qu'un combat avait eu lieu, car la neige était couverte de larges taches de sang, Au loin, devant moi, j'entendais les voix de M. Howard et de Monaï retentissant dans la forêt. Je suivis encore le sentier creusé dans la neige par mes camarades de chasse, et je parvins, au bout de quelques minutes, à une pente douce conduisant vers une vallée au milieu de laquelle s'étendait un lac aussi rond que le grand bassin des Tuileries. Jamais mes veux n'avaient été frappés par un plus admirable spectacle, Le vent avait balayé la neige qui recouvrait le lac glacé, et les rayons du soleil miroitaient sur cette surface polie comme une glace de Venise aux facettes multiples. M. Howard et Monaï, que je retrouvai à la lisière du bois, me montrérent le cerf blessé, poursuivi à distance par Jack, et fuyant autour du lac avec la rapidité d’une flèche.
« N'est-ce point là un magnifique coup d'œil? me dil M. Howard lorsque le cerf passa à quarante pas de nous, el ne serait-on pas tenté de loger une balle dans les flancs de cet animal? Venez, venez, ajouta-t-il en reprenant sa course. il nous faut arriver à la culée du lac, où se dirige notre gibier. Regardez, mon ami, il s'affaisse, Jack lui saute à la worge ! Le voilà qui se relève! — Brave chien! Tayaut! layvaut! sus! sus!... Ah! voyez! le cerf se relève, emportant avec lui Jack, dont les crocs ont pénétré bien avant dans les chairs... On dirait une souris à cheval sur un chat! Hourra! hourra!»
Et tout en parlant ainsi, M. Howard tombait comme la foudre sur le cerf harassé, se débattant avec les dernières forces d'un mourant, et tirant de sa gaine un très-grand couteau de chasse américain qui pendait à sa ceinture, il le plongeait sans sourciller dans la poitrine de l'animal.
Lorsque j'arrivai, tout haletant, à cet hallaïi d'un genre nouveau pour moi, M. Howard caressait Jack, qui, sans tro} se soucier des flatteries, lappait à pleines gorgées le sans qui s'échappait de la blessure béante.
« Bon limier! disait M. Howard, brave Jack! les meil-
ait eu San£r, det de sentier je par- ‘CG CON lait un us ines etacle, ace, el comme vard el drerent ant au-
me dil ous, el ancs de course, e nolre ute à la 'ayaut!
portant nt dans chat!
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in genre ans tro} le sang
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leurs chiens courants d'Angleterre n'auraient pas mieux tra vaillé que lui; et d'ailleurs, au lieu de glisser sur la neige, comme Jack, ils y enfoncent trop profondément ; et puis aucun d'eux n’est capable de saisir un cerf par le cou sans le cher! — Monaï, dit-il, s'adressant à l'Indien, qui regardait ce tableau avec l'impassibilité d’une statue, allons, tu vas dépecer cet animal avant qu'il soit gelé ; coupe les meilleurs morceaux, et laisse le reste aux covotes. Nous avons assez de venaison pour nos provisions de chasse, Venez avec moi,
Bénédict, je vais creuser un trou dans la glace, et essayer de vous faire pêcher quelques truites, afin que nous ayons à notre diner de la chair et du poisson. Je ne crois pas que vous puissiez trouver mieux à Paris, chez Véry ou aux Frères-Provençaux. »
Aussitôt dit, aussitôt fait : la hache rencontra bientôt l’eau limpide du lac, qui rejaillit en perles brillantes sur nos habits de cuir. Monaï amorça deux lignes de fond avec un morcecu de poumon de cerf; et pendant que je les tenais des deux mains, M. Howard alla préparer le feu pour faire cuire notre repas.
Une à une, je pêchai quatre truites magnifiques, et je prenais goût à ce sport nouveau pour moi, lorsque M. Howard me héla pour me dire de venir le rejoindre et d'apporter le produit de m: pêche.
Les truites furent livrées à Monaï, qui leur ôta les écailles, les vida, et, les fendant de la tête à la aueue, les embrocha à une branche de bois sur laquelle quatre autres branches placées en croix les tenaient ouveries en forme d'éventail, Sur un brasier ardent, au-dessus duquel rôtissaient plusieurs lranches de venaison, nous plaçâmes les truites ainsi 5réparées: ensuite nous étendimes au-dessous sur deux pierres quelques tranches de pain qui devaient servir de rôties à la graisse de ce poisson succulent. Le repas était prêt : j'appelais déjà l’Indien pour y prendre part avec nous, lorsque M. Howard me dit:
«Ne perdez pas votre temps à inviter Monaï, qui ne prend sa nourriture qu'une fois par jour, et ne boit jamais au’à ce repas. Nous qui ne sommes pas accoutumés à cette sobriété, nous allons procéder. »
Et, s’asseyant sur un tronc d'arbre renversé, il attaqua à belles dents le menu qui fumait devant nous.
Je dois l’avouer ici, à part l’appétit qui assaisonne toute nourriture, les deer stealis et les truites étaient dignes de la table du plus difficile gourmet ; et c’est à peine si Jack put trouver quelques bribes de notre diner pour assouvir sa faim : heureusement qu'il ne détesteit pas la chair crue, et que Monaï lui tailla une ou deux portions qui le récompensèrent au delà de ses désirs. Une pipe de tabac indien termina le festin, et nous nous étendîmes sur le sol, en attendant que Monaï © achevé de dépecer le cerf.
Nous nous livrions ainsi, M. Howard et moi, aux douceurs du repos depuis trois quarts d'heure, lorsque Mona s'avança vers nous, tirant par une courroie un traineau sur lequel il avait placé toute la venaison. Non-seulement l'Indien avait dépouillé l'animal, et enveloppé dans sa « nappe : lous les morceaux qu'il avait choisis pour nous, mais encore,
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dans l’espace d’une heure, il avait construit le traineau qui devait les transporter: et ce véhicule grossier était si solide, qu'il v avait amarré cent cinquante livres de viande.
Nous continuñmes notre route, et quand nous parvinmes dans la région où nous devions trouver les caribous, le soleil allait disparaitre derrière l'horizon.
Le pays au milieu duquel nous nous trouvions était couvert de bois : devant nous s'élevait une haute montagne, el dans la vallée qui s’ouvrait sous nos pas coulait, sur un lil de rochers, un torrent dont les eaux bouillonnaient comme celles d’un courant d’eau thermale.
Partout, sur la neige, les fumées étaient visibles, et M. Howard me dit, en me montrant une large empreinte sur le tapis glacé au-dessus duquel nous marchions :
« Comme c'est la première fois que vous voyez une trace de caribou, observez qu’elle ressemble à celle du pied d'un bœuf, aussi large et aussi pesante ; et quand vous apercevrez cet animal gigantesque, je vous promets un plaisir qui vous paiera de toutes vos fatigues. »
Nous parvinmes, après une série de marches et de contremarches, ou plutôt de glissades sur la neige, devant une cabane qui servait depuis plusieurs années de rendez-vous de chasse à M. Howard et à Monai. C'était une hutte de forme carrée, faite de troncs d’arbres posés les uns sur les autres, et soutenus dans celte position horizontale par des pieux plantés, en dedans et en dehors, dans la terre. Le toit, formé aussi de troncs d'arbres inclinés, était recouvert, comme les autres parois de la hutte, de boue délavée et d'écorces d'arbres qui remplaçaient la tuile. Cette log-cabin, quoique inhabitée, était en fort bon état, et la couverture de neige qui l'enveloppait rendait cet abri fort confortable.
Monaï eut bientôt déblayé l’entree de ce logis agreste, nettoyé l’intérieur, et allumé dans une cheminée informe, dont le foyer était fait avec des pierres brates que le marteau d'un ouvrier n'avait jamais touchées, un feu petillant qui ranima nos membres engourdis et fatigués. Pendant que l'Indien