‹ Chasses dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 52 sur 79 · TER · texte numérisé non relu

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La vie d'un chasseur indien est chaque jour accidentée par des traits d’audace qui, pour être fidèlement traduits, demanderaient la plume d'un habile Cooper. Les différentes tribus de ces enfants du désert ont chacune leur héros illustré par le courage dont il a fait preuve de diverses manières, l'un par son instinct à découvrir l'endroit par où son ennemi a passé, et l’autre par le nombre d'animaux sauvages qu'il a tués. Être un grand chasseur donne une haute position, un rang élevé parmi les Indiens; c'est, aux yeux de ces peuplades , un titre qui équivaut à celui de prince en Europe, et les exploits qui lui ont valu cette dignité sont pour lui ce qu'est pour nous, hommes civilisés, une brochette composée des décorations de tous les royaumes et empires de l'univers,

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de latitude, sur le 19° de longitude, le chasseur rencontre souvent sur son chemin l'ours grizzlv (grizsly-bear, l'animal le plus redoutable des forêts de l'Amérique du Nord, que la douleur d'une blessure trouve insensible, dont les mœurs n'offrent point de donnée certaine, et dont la force est telle qu'il peut broyer comme un grain de sable l'ennemi qui tombe entre ses pattes. Les guerriers indiens, quelle que soit la tribu à laquelle ils appartiennent dans les parages où se trouve l'ours grizZlv, n'apprécient rien au delà des grifles de cet animal pour en parer leur cou museuleux en guise de collier. Cet ornement, joint à la plume d’un aigle tué à la volée, que le Peau-Rouge plante au milieu de la touffe de ses cheveux relevés au-dessus de la tête et liés de manière à ressembler à un casque, lui donne un air d'audace qui lui acquiert une place au premier rang.

Le feu allumé à l'abri d’un rocher autour duquel les Indiens se rassemblent à la veillée du soir, n’est pas plus petillant que l'esprit étonnant déployé par cette race d'hommes primitifs dans la narration de leurs exploits. En les écoutant, on voit les heures s'écouler avec rapidité, et l'instant du repos arrive toujours trop vite. Bien souvent, dans ces récits animés, un vieux sachem, qui ne profère pas deux mots de suite dans le courant de la journée, retrouve tout d'un coup la parole; il babille comme une femme, en s’animant par degrés, tout en racontant les événements qui ont agité sa vie accidentée, Aucune histoire de chasse ne peut être comparée à la rencontre du chef avec un ours grizzlv. La mort d'un ennemi frappé au milieu d’un combat est dénuée d’intérêt, si on la raconte après cette émouvante aventure.

Nous, Européens, accoutumés à ces chasses modernes dont la plus dangereuse est celle d'un sanglier excité par un coup de feu, et décousant avec ses boultoirs lout ce qui se trouve devant lui, arbres, hommes et chiens, nous ajoutons à peine foi à ces attaques périlleuses, à ces émotions qui font battre le cœur à briser la poitrine, et dans notre scepticisme nous sommes loujou" tentés de traiter de mensonge un fait

raconté qui sort du terre-à-terre de notre expérience de chasseurs.

J'ai écouté souvent, à l'ombre de la tente des Peaux- Rouges, le : écit de ces hommes qui, entourés d’une magnilude immense, vivant au milieu de ces forêts grandioses, auprès desquelles les plus hauts arbres de l'Europe sont autant de pygmées, n'ont nul besoin d'agrandir les ombres du tableau pour en faire ressortir les beautés. La réalité est trop sublime et trop terrible pour être exagérée. Par cette raison même que l’Indien n’a point profité de la civilisation. il n’en a point éprouvé la souillure. À mes veux, la forfanterie et l’exagération font preuve de faiblesse, et ces deux marques de dégénération n’ont point encore pénétré au milieu des prairies de l'Amérique du Nord.

En général le chasseur, qu’il soit de race blanche ou rouge, possède par instinct les dons extraordinaires de la vue et du toucher, de l’ouïe et de l’odorat, que la pratique développe chaque jour de plus en plus chez lui.

Un malheureux aveugle sourd et muet sait trouver par le toucher sa nourriture, ses vêtements ; il parvient ainsi à deviner ceux qui s'intéressent à lui, car c’est sur ce seul sens que tout cet instinct est constamment dirigé : le chasseur des déserts a pour lui la vue, rendue si perçante par la pratique, que la plus légère trace laissée sur les feuilles, l'écorce des arbres ou même sur la terre, offre à ses veux des marques très-sensibles et par conséquent fort visibles ; mar.:ues qui, pour tout autre, seraient aussi fugitives que la trace laissée par le vol d’un oiseau dans l’espace.

C’est cette science qui dirige l’Indien dans ses chasses à l'homme et aux bêtes: c'est cette divination extraordinaire qui, parvenue à son plus haut degré, force le visage pâle à proclamer un Peau-Rouge le chasseur émérite des déserts américains; car le premier de tous les chasseurs est celui qui sait suivre la trace la moins perceptible, et qui ne laisse pas d’empreinte sur les lieux où se posent ses pieds.

Le chasseur qui attaque l'ours grizzly ne peut être guidé

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que par la vue, el cel instinet est bien plus certain que le flair d'un chien d'arrêt. L'empreinte des pattes d’un ours sur le: uilles, les brisées qu'il fait aux arbres, son gite enfin, sont bien plus vite trouvés que l'animal lui-même, et le chasseur expérimenté qui suit sa piste peut décrire à l'avance, et sans jamais se tromper, le sexe, le poids et l’âge de l'animal. C’est pour cela qu'il abandonne souvent telle piste parce que c’est celle d’un animal de petite taille ; telle autre, parce que c'est celle d’une ourse qui a des petits ; celle-ci, parce que l’animal est trop gras et que sa chair doit être mauvaise; et enfin celle-là, parce que la hête ne vaut pas la peine d’être forcée. C’est ce savoir, à mon avis, qui distingue le vrai chasseur du chasseur de fantaisie. Le premier n’a pas besoin d'aide pour atteindre le gibier, tandis que le second ne peut agir qu'au moyen d’un chien bien dressé.

Les moyens employés en Amérique pour détruire les ours urizzlvs sont peut-être aussi nombreux que les ours euxmêmes. Aucun de ces animaux ne peut être attaqué par un procédé uniforme, et c'est là sans doute ce qui fait qu'ils sont si dangereux et si difficiles à tuer. Ce qui a réussi une fois à un chasseur peut le livrer, dans une seconde rencontre, aux étreintes de l'ours, et Dieu sait si cette énorme bête, dont la force est telle qu'elle peut soulever un cheval et l'emporter au loin pour le dévorer, n’aurait pas beau jeu d'un homme seul! Je renvoie ceux de mes lecteurs qui voudraient avoir une idée de ce combat disproportionné, au groupe de M. Frémiet qui avait été placé il y a quelques années à l'exposition de peinture et de sculpture du Palais- Roval.

Les ours grizzlys, comme les lions et les tigres, se retirent en général, pendant la journée, dans des grottes où, en hiver, ils se livrent à un sommeil profond, qui est, pour ainsi dire, doublé à proportion de l’intensité du froid. C': dans ces caves qu'ils font élection de domicile à la fin de l'automne; ils ne les quittent que lorsque les neiges sont fondues et que le printemps a fait pousser l'herbe des prai-

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