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gisantesque, dont la circonférence avait au moins trente nètres. C'était un érable de la plus respectable vétusté, dans le tronc duquel l'Indien assurait que l'ours avait fait élection de domicile, et où il se disposait à aller le troubler dans son repos. Jamais, j'ose le dire, je n'ai rien vu de plus admirable que cet homme, se disposant ainsi à affronter un des plus terribles dangers qu'il y ait au monde. Une joie qui tenait de la férocité éclatait dans ses yeux. Rejetant la couverture sous laquelle ses larges épaules étaient abritées, il leva ses bras en l'air, brandissant un terrible bowie-knife, et nous recommanda par le regard d'observer le plus profond silence.
J'imitai les Indiens qui étaient venus, comme moi, pour assister à cette chasse, unique dans son genre, et je m'elançai sur un jeune arbre qui fléchissait sous mon poids, me rappelant que les ours montent sur les gros troncs aussi facilement que les écureuils. Et dès qu’il nous eut vus en sûreté, l’Indien chasseur pénétra dans la tanière de l'ours,
Bientôt un grognement guttural se fit entendre, et aussitôt après l'fndien s’élança hors du tronc de l'arbre, s’écriant que l'ours avait vécu. Chacun de nous quitta son poste aérien, et deux Cherokees, pénétrant par l'issue étroite de l’érable. attachèrent les deux pattes de derrière de l'animal à une corde faite de lianes, et avec le concours de tous les chasseurs parvinrent à faire sortir à reculons le cadavre d’une énorme bête, qui pesait plus de deux cents kilogrammes. Au moyen de la même corde, l'ours gris fut pendu à dix pieds au-dessus du sol, et chacun reprit le chemin du camp de la Creek. Tout le long de la route, les Peaux-Rouges faisaient de nombreuses brisées ; et dès que nous fûmes arrivés, quatre Indiennes, s’orientant sur ces indices de chasseurs, partirent afin d’aller dépecer l'animal et en rapporter la viande cet la fourrure. Je ne crois pas devoir insister ici sur le festin copieux que nous procura la chair de maître Martin ; mais je saisis cette occasion pour justifier, une fois encore, mon cher ami Alexandre Dumas du reproche de
Les Chasses. 12
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häbleur qui a été dirigé contre lui au sujet des beefs-steaks d'ours qu'il assurait avoir mangés. Aux États-Unis les cuissots d'ours se vendent au marché, comme à Paris les gigots de chevreuil. C'est un mets ordinaire, dont la saveur rappelle celle des viandes de bœuf et de porc mêlées ensemble, avec cela de plus qu’elle est un peu sauvage. Qu'on se le dise!
Voici une anecdote de chasse à l'ours dont j'ai été moimême un des principaux héros pendant mon séjour aux Etats-Unis. La scène se passait sur le versant des montagnes Alleghanys. Je revenais, en compagnie de deux amis, d'une
chasse aux oiseaux de passage, qui s'ébattaient sur la surface d’un beau lac. La neige couvrait le rivage sur le bord duquel nous avions attaché notre barque. Un bois de cèdres s'élevait devant nous, et notre guide nous fit remarquer, au pied d’un de ces arbres séculaires, un amas de feuilles, de mousse et de branches d'arbres, au milieu duquel une ouverture était pratiquée. Il était persuadé que c’était la tanière d’un ours grizzly.
A l’aide d’une hache qu'il portait à sa ceinture, notre guide abattit un jeune cèdre dont il affila l'extrémité ; se postant ensuite à l’orifice de la tanière, cet épieu d’une main et sa hache de l’autre, il se mit à fourgonner dans l'intérieur de
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ce monceau de bois mort. À peine avait-il commencé ce jeu, qu'un ours s'élança par l'orifice ; mais le guide lui assena sur le front un coup de hache si terrible, que l'animal rugissant se retira au plus profond de sa tanière.
L'épieu fut de nouveau introduit dans l'ouverture, et le fourgonnement recommença. Comme tout bruit avait cessé, je proposai d'envoyer, à tout hasard, une balle dans l'intérieur. La balle partit en sifflant, et, «r:!.;ues secondes après, un ourson à peine gros comme un renard s'élança au dehors en faisant des bonds précipités; puis il se jeta à la nage dans le lac. Un de mes camarades et moi nous déchargeâmes nos fusils sur lui; je fus le plus heureux des deux : ma balle avait atteint l'animal, qui cessa tout mouvement et fut ramené vers la rive à l’aide du bateau.
Pendant ce temps-là le troisième chasseur faisait feu encore dans le fond de l’antre. Rien ne bougeait plus. Un silence profond régnait dans le trou obscur. Nous nous décidâmes à arracher les branches et la mousse pour mettre à découvert la caverne des ours. Au fond de la tanière gisait morte la femelle, dont le crâne avait été ouvert par la hache de notre guide. Une seule balle avait mis fin à ses jours : c'était la mienne. On la retrouva dans le corps en dépouillant l’ourse de sa peau, et comme j'étais le seul dont le fusil fût du calibre n° 16, mes camarades se virent obligés de convenir que j'étais le roi de la chasse. Le guide seul partageait avec moi les honneurs de la victoire, '
Encore une histoire de chasse à l'ours grizzly dont le récit m'a été fait par le héros lui-même.
Pendant mon séjour dans la ville de Saint-Louis, aux Etats-Unis, j’eus l’occasion de me lier avec quelques-uns de ces hardis marchands qui font un trafic lucratif, mais périlleux, au milieu du désert américain. Leur absence se prolonge quelquefois six mois et davantage; ils vont d’une tribu à l’autre avec leurs chariots et leurs serviteurs, jusqu'à ce que leurs marchandises soient vendues ; ils regagnent alors
le fort Leavenworth, rapportant des peaux, de l'or et autres denrées précieuses, qui leur donnent un bénéfice de quatre à cinq cents pour cent. La plupart de ceux que je connaissais bornaient leurs opérations à visiter les terres qui longent la “ôlé occidentale de l'Amérique , entre le Mississipi et les pos. sessions portugaises de Benguéla.
Un des plus entreprenints comme des plus heureux de ces marchands était un nommé John Jeffery, d'origine anglaise, qui avait amassé une petite fortune dans ses excursions parmi les Peaux-Rouges : il voulait se retirer du comnerce. On me l'avait dépeint non-seulement comme un homme habile dans sa profession et comme un vaillant chasseur, mais aussi comme un des plus intelligents explorateurs de l'Amérique du Nord. J'avais eu l’occasion de lui rendre un etit service, et il me donnait sur cette contrée tous les renseignements que je désirais. Le service n'avail pas été bien considérable cependant. Un esclave qu'il avait acheté à Cuba ayant été mis en prison, j'avais obtenu par mes démarches qu'on lui rendit la liberté.
J'avais été surpris de l’affectueuse sollicitude montrée par Jeffery dans cette affaire. D'où venait son attachement pour ce jeune mulätre? Narcisse n'avait rien de séduisant, ni dans son extérieur ni dans ses manières. Il semblait aimer son maître, mais son caractère n’était pas plus agréable que sa physionomie, et son intelligence ne paraissait point brillante. J'avais entendu dire que M. Jeffery, malgré son adresse de commerçant et sa passion pour la chasse, était honnète ét avait le cœur sensible. Je supposai que Narcisse lui avait été vendu par ses père et mère, avec la promesse solennelle d’avoir bien soin de leur fils, et que la tendresse du marchand avait pour cause l'honorable désir de ne point manquer à sa parole.
Il me rendit visite le soir même pour me remercier de mon obligeance. Dans le cours de l'entretien, je lui dis que son mulitre était sans doute un excellent serviteur, pusqu il Lui avait inspiré tant d'affection.
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