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tais incapable de lutter plus longtemps contre la destinée qui m’accablait, lorsque tout à coup j’aperçus dans la prairie quelque chose qui, de loin, me fit l'effet d'un bouquet d'arbres. A cette vue, je recueillis tout ce qui me restait de force, j'oubliai un moment toutes mes souffrances passées, et je courus devant moi en m'écriant à chaque pas : « De l'eau ! de l’eau! de l'eau! »
Lorsque je me fus approché davantage du point qui avait attiré mes regards, je pus constater de loin la situation de plusieurs monticules, au pied desquels l'aspect seul du terrain me laissa deviner qu’un cours d’eau devait se trouver.
Je ne m'étais donc pas trompé; mes espérances se réalisaient; la source qui devait humecter mes lèvres ardentes n'était plus très-loin de moi.
Une heure me suffit pour aultteindre la colline la plus proche : elle était couverte de broussailles, et à sa base j’aperçus une surface brillante qui reflétait les rayons du soleil.
C'était un petit ruisseau !
Je jetai mon fusil pour courir plus vite, et me précipitai comme un insensé vers cette eau si vivement désirée. Je sautai dans le courant, et à plusieurs reprises j'y plongeai la tête jusqu'aux épaules.
Horreur ! cette eau était salée comme celle de la mer.
A cette affreuse découverte, le sang me monta à la tête, le vertige s'empara de moi, et je tombai sur le sol pr'vé de sentiment.
Je ne saurais dire combien de temps je restai dans cette position. La fraicheur de l’eau dans laquelle une partie de mon corps était plongée me tira enfin de cette torpeur. En revenant à moi, je me sentis plus calme que je ne l'avais été depuis plusieurs jours; mon esprit devint plus lucide, et pourtant mes espérances étaient déçues. Je le croyais du moins, et cette certilude me rendit tout mon sang-froid.
Je pensai aux efforts inouïs que j'avais faits pour conserver une aussi misérable existence, et à cette pensée un sourire de dédain vint contracter mes lèvres.
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Ne suis-je pas insensé, me dis-je, de lutter contre l'immuable fatalité ? Que ma destinée s’accomplisse! je vais mourir. D'ailleurs, qu'est-ce que la mort, sinon le sommeil et la lin de toutes souffrances ?
J'éprouvai cependant un dernier caprice, celui d’expirer doucement, étendu sur la mousse. à l'ombre des grands arbres. Il fallait faire un effort suprême pour arriver jusquelà: je le tentai; mais je me sentais extrêmement faible, et je retombai plusieurs fois sur la terre, où je demeurai couché quelque temps encore.
Mais le désir de mourir sur ce lit de mousse dominait tellement toute autre pensée, qu’à l’aide des genoux et des mains je parvins à me traîner sur la rive et à me remettre debout. Je ramassai en passant mon fusil, que j'avais jeté comme je l’ai dit, et me dirigeai vers le bouquet d'arbres. Je tenais à mourir en paix, et mon fusil était indispensable pour éloigner les covotes de mon lit de mort.
J’atteignis avec bien de la peine le bas de la colline.
Au pied d’un des plus grands arbres s'étendait une place unie et couverte d'herbe : c'était l'endroit que je cherchais. Je me trainai jusque-là, puis je m’étendis sur le dos la tête appuyée sur la mousse, et mor fusil à mes côtés. Mes yeux se fermèrent, une indéfinissable torpeur s’empara de mon être ; je sentais que je ne me relèverais jamais, et cependant j'étais heureux.
Mon agonie était douce, la fièvre avait diminué faute d’aliments, et je ne m’apercevais plus de sa présence que par l’'agréable délire dans lequel elle plongeait mon esprit. Les images des êtres gracieux que déjà j'avais entrevus vinrent de nouveau se grouper autour de ma couche solitaire; je vis les nuages s'ouvrir et donner passage à des têtes d’anges qui me regardaient en souriant. Ces êtres célestes portaient des ailes et m'invitaient à venir les rejoindre. Je me soulevai à moitié pour leur tendre les mains. Au même moment un rayon de soleil se fit jour à travers le feuillage de l'arbre qui m'abritait ; la lumière inonda mon visage et me força à me
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l'im- 4 rejeter en arrière. J'ouvris les yeux devant ce brillant visi- | ‘ mou- 4 teur, et je regardai dans l’espace. à et la à Juste au-dessus de ma tête, à cinq ou six pieds tout au À $ plus, j'aperçus un énorme écureuil se cachant à demi dans :18 pirer L les branches. A cette vue je sentis ma résignation s'évanouir, | a! ands L le sentiment de la réalité revint, et avec lui l'amour de la qu sque- Î vie. Je pensai que cette créature pouvait me sauver, et je ne ll e,el g. doutai plus qu'il ne me fût possible d'atteindre Bexar, si je MIE ! cou- à pouvais parvenir à la tuer pour m'en nourrir. Je songeai pen- hL de. dant quelques instants à combiner le moven de m'emparer : 1 t tel- à de l’écureuil; ma résolution fut bientôt prise. J'avais mon | à des 4 fusil près de moi; il fallait m'en servir: mais en aurais-je ‘f lettre : la force? J’essayai, et, : hose extraordinaire, quoique trop N | s jeté : faible l'instant d’auparavant pour remuer un seul de mes ei s. Je à doigts, je pus saisir mon arme d’une main assez ferme, l’en- à pour 3 lever et coucher en joue l'animal, sans avoir fait d’ailleurs 14 à : un seul mouvement qui pût l’effrayer et lui faire prendre la k k. fuite. ff place p. Je lächai la détente, le coup partit, et au même instant 4 1 hais. 4 l'écureuil tomba mort sur ma poitrine. Je me plaçai aussitôt À à tôte 1) sur mon séant, et, tirant mon couteau, je découpai l'animal 4 yeux | en menus morceaux, que j’avalai tout crus, sans autre pré- d mon 4 paration. La confiance revenant avec mes forces, je murmurai LE | dant une courte mais fervente action de grâces à la Providence, 4: i dont je reconnaissais la main divine dans ce secours ines- ra: d’a- péré, et je me recouchai sur la mousse, où je m’endormis ‘ù A > par : profondément. À | . Les à Ce sommeil dura vingt-quatre heures, autant du moins su nrent que je pus en juger à mon réveil. Je dévorai les restes de LR e vis l’écureuil, et je me sentis capable de continuer ma roule. | a s qui Lorsque j'essayai de me lever, j'épruuvai un moment de fai- à t des blesse comme si j'étais cloué sur le sol; j'étais tellement hi vai à persuadé que le Ciel m'avait pris en pitié, que, par un effort À t un surhumain, je triomphai de la douleur, et me trouvai entin # | e qui | debout et prêt à marcher. Je partis alors en chancelant, mais LE
à me sans perdre espoir. DE |
Après deux heures de marche, j'aperçus au loin trois hommes à cheval qui poussaient un troupeau devant eux. Cette rencontre ne me surprit point; je m'y attendais presque: car, je l'ai dit, j'avais repris confiance en Dieu; j'étais sûr qu'il ne m'abandonnerait pas après m'avoir sauvé. Ces trois hommes venaient à ma rencontre, et je reconnus en eux des Mexicains. Persuadé que je ne tirerais rien de bon de ces misérables par les moyens de douceur, je cachai avec soin mon fusil sous ma veste de chasse, et laissai mes trois gaillards s'approcher sans défiance à une bonne portée de fusil. Quand ils furent à trente pas de moi environ, je les mis en joue. Fort effrayés, ils s’arrêtèrent soudain et firent mine de tourner bride et de s'enfuir au galop; maïs il paraît que j'avais l’air peu commode et que mon geste les arrêta. Je leur ordonnai sous peine de mort de m'’attendre; ce qu'ils firent en tremblant. Je m'avançai alors vers eux, et je forçai celui des trois cavaliers qui me parut monter le meilleur cheval, à descendre et à me donner sa place sur sa sel! ?uis, faisant de la main un signe d’adieu à ces méchan ‘les, je les laissai tout ébahis de l'aventure.
L'allure du cheval que je montais me causa bientôt une horrible torture : je m'évanouis presque, et ayant à peine le sentiment de mes actions, je lâchai les brides pour saisir à deux mains le pommeau de ma selle.
Je me souviens encore d’avoir été reçu par les tirailleurs à la porte de Bexar, et d’avoir entendu une voix qui s’écriait :
« Pauvre garçon, je ne croyais pas le revoir ! »
On me descendit de cheval et l’on m’étendit dans un bon lit, où je fus parfaitement soigné. J'étais sauvé.
Le petit homme avait été légèrement blessé. Il me raconta en détail les événements qui s'étaient passés dans les montagnes de San-Saba.
Je compris à son récit que la troupe des Comanches se trouvait être fort nombreuse, et qu'ayant aperçu mes camarades de chasse dispersés par groupes, elle les avait attaqués séparément. Pendant l'affaire, qui avait été chaude,
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deux hommes avaient été lués, plusieurs autres laissés pour morts.
Le capitaine Shark, fait prisonnier par les Peaux-Rouges, avait été scalpé, triste opération aux suites de laquelle il n'avait point survécu.
Je l'avais donc échappé belle.
Quoiqu'il y ait longtemps de cela, je ne puis sans frémir retracer aujourd’hui cette terrible histoire; je m'étais cependant bien promis de l'écrire, et je tiens ma parole, car il y a bien peu de chasseurs qui puissent dire avoir été ainsi perdus dans le désert américain.
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Lorsqu'il a quitté le fort Leavenworth, sur l'extrême frontière de l'État de l'Illinois, à l'entrée du Missouri, et traversé, vers le nord, la rivière Arkansas, le voyageur se trouve bientôt en présence de ces grandes savanes verdoyantes, Sahara plein de fraicheur, dont les descriptions ne sauraient donner qu’une idée très-incomplète. Les prairies, comme on les appelle aux États-Unis, ne sont point des plaines immenses, üies et vêtues de trèfle, de sainfoin et de luzerne : ee sont des champs onduleux, sillonnés par de nombreux ruisseaux, sur les bords desquels croissent des cotonniers rabougris, le bufjalo-grass, herbe qui sert de nourriture aux ruminants de ces déserts, plante à la tige allongée, frisée comme une laitue, et d’autres végétaux, dont les fleurs bleues, jaunes, rouges et blanches, émaillent ce gazon inculte et le font ressembler à un magnifique tapis d’Aubus-
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son. Ces océans de verdure, qui atteignent quelquefois quatre à cinq pieds de hauteur, roulent sous l'effort du vent comme les vagues de i£ mer.
Rien n'est plus varié, rien n’est plus admirable que la {lo:e de ces steppes fleuris. Le natur- iste y rencontre, serrés les uns contre les autres, des pla:us, des euphorbes, des lis de toutes nuances, les uns à pétales blancs tigrés de noir et de rose, les autres aux lèvres rouge-cramoisi, au calice ponceau. Là ce sont des fleurs nuancées de couleurs éclatantes ; là des roseaux surmontés d’aigrettes jaunâtres. Sur ces fleurs sans nombre voltigent des papillons aux ailes diaprées, et butinent des abeilles qui vont au loin porter leur miel parfumé.
Cependant, quelque imposant que soit l'aspect des prairies, on ne peut s'empêcher de se sentir le cœur serré en portant ses regards vers leur horizon sans limite: pas un arbre, pas une montagne qui brise cette ligne continue: le ciel lui-même affecte une teinte grise et monotone, ou bien il se charge de gros nuages qui éclatent en ouragans cinq lois par semaine, balayant sur leur passage tout ce qui ose résister à leur violence. Le vent y rugit comme fait le mistral dans la belle Provence, et pendant l'hiver une neige fine et glaciale remplace la pluie et couvre le sol d’un linceul sans tache.
Sur ces terres, verdoyantes pendant les trois belles saisons de l’année, les bisons, les cerfs et les chevaux sauvages errent en liberté. Là se rendent les tribus des Peaux-Rouges, qui divisent entre elles la chasse de ce vaste territoire. Là se rencontrent les Osages, les Delawares, les Creeks, les Cherokees et quelques autres tribus dont les mœurs se sont adoucies au contact de la civilisation. Là aussi se trouvent en présence les Pawnees, ies Comanches et autres tribus belliqueuses et encore indépendantes, nomades des prairies et des Montagnes-Rocheuses,
Le pays que je décris n'appartient en feit à aucune de ces tribus ; mais, par un arrangement lacite entre elles, elles se
Les Chasses, 14
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