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sont attribué l'usufruit de ces territoires et partagé la chasse. Toutefois ce partage n’est pas tellement convenu et respecté, qu'il ne faille quelquefois en venir aux mains pour garder ou reprendre son canton. Les chasseurs y descendent en nombre ; ils campent armés en guerre, prêts à repousse? l'attaque si elle a lieu; et souvent, dans mes excursions à travers les prairies, j'ai rencontré des crànes, des squelettes desséchés au fond de ravins obscurs, comme pour marquer le théâtre d'un combat et m'avertir du danger que l’on court en visitant le désert américain.
Un matin du mois d'octobre 1845, nous nous trouvions au nombre de uit sur les hauteurs des montagnes qui s'élèvent à l’ouest du Mississipi, à deux cents milles des grandes chutes d’eau de Saint-Antoine. Cinq d'entre nous étaient montés sur des chevaux, et les trois autres, Canadiens d’origine, enjoués et infatigables à la marche, formaient l’arrière-garde, conduisant deux chariots sur lesquels étaient rangés les ustensiles et provisions de toutes sortes doni l'homme civilisé a besoin lorsqu'il entreprend un voyage lointain. Trois chevaux de selle marchaïent aussi à la suite de ce convoi, et sous les essieux des véhicules, attachés à une chaîne, on voyait s’avancer deux chiens-loups de race écossaise, dont la taille élancée et la tête bien formée prouvaient à l'œil de tout chasseur que chez ces animaux la force et l'instinct étaient secondés par la plus grande vélocité. Nous avions, en outre, deux chiens d'arrêt, Black et Stop. excellents pointers, qui suivaient notre caravane sans être tenus en laisse.
Tous nous étions armés : les uns de ce‘!> carabine ravée, courte et pesante, d’une précision sans pareille dans la main d'un Kentuckien, et les autres de fusils à deux coups. Quant aux Canadiens, ils se contentaient de simples canardières francaises à silex, semblables à celles que l’on trouve encore dans les vieilles fermes du midi de la France. Chacun de nous portait, en outre, le couteau de chasse américain (bowie-knife), et, au lieu de nos habits européens, nous
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sse. avions lous endossé le costume des Indiens, qui consiste clé, 1 en un pantalon collant fait de peau de cerf tannée, en une lou ‘à blouse de la même matière et en mocassins à double sebre; ) 3 melle.
ue Si À De grands chapeaux de feutre complétaient cet accoutres les ment carnavalesque, sous lequel personne n'aurait pu rechés connaître MM. Daniel Simonton, de New-York: (ieorge éàtre Sears, de Boston; Horace Mead, de Philadelphie; Fortuné visi- Delmot, de Paris, et l’auteur de ce livre. Quant aux Cana-
diens , ils se nommaient tout simplement Duquesne, Bonnet ns au et Gemmel.
èvent Partis de Saint-Louis dans l'intention de chasser au mi- 4 andes lieu des Indiens Sioux et Foxes, nous comptions passer deux 4 taient mois sous la tente, el ne revenir dans les lieux civilisés qu'a- à 1s d'o- près avoir fait ample provision de trophées et de souvenirs. à t l’ar- M. Daniel Simonton, le chef de notre troupe, et moi, nous L statent
nous trouvions en tête de la caravane, devisant de chasse, de gibier, de toutes choses, et nous laissant aller au bercement monotone de nos deux chevaux, sur le cou desquels
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a suite nous avions jeté les rênes.
chés à « Ainsi, me dit mon interlocuteur, vous n'avez jamais vu le race de bison, mon cher ami, ni en vie ni empaillé”? Je vous a DEoUr i promets qu'avant dema aurez ce plaisir, Voici la quaa force É trième fois que je suis celle 1 , ét je reconnais à l'horizon élocité. È un des endroits fréquentés par maux; vous verrez si L Stop. 1 je me trompe. Je me rappelle qu'il y a deux ans, lors de ma ns être À dernière chasse, parvenu au centre de cette vallée que vous voyez là-bas, qui présente une sorte de cerele irrégulier dont rayée, | on découvre les contours de toutes parts, ; entendis tout à
la main coup dans le lointain un bruit semblable à celui du tonnerre.
. Quanl Pendant quelques instants je cherchai quelle pour ‘it être la
irdières cause de ce fracas insolite; mais, avant qu'il it été pos-
ive 6n- sible d'interroger les Indiens qui m'accompagnaient, cette
chacun cause devint sensible, et ce ne fut pas sans une grande émo-
éricain tion que je vis arriver au galop, par toutes les ouvertures nous
qui aboutissaient à la vallée, un troupeau de bisons qui,
sans exagération, était composé de dix mille têtes. Prompts comme la pensée, les huit Sioux mes guides commencèrent le feu, et, ne pouvant rester spectateur impassible, je m’élançai à leur suite au milieu du combat. La détonation de nos armes à feu, les mugissements des bisons effrayés, formaient une scène qu'on ne peut décrire, et, s'échappant par toutes les issues, ces animaux ne laissèrent autour de nous que dix de; leurs, dont trois blessés dangereusement, et les sept autres morts. Une heure après, on entendait encore au loin sur le sol le bruit des pieds de ceux qui fuyaient. Allons, mon cher, je n’hésite pas à croire, d’après quelques indices particuliers, que nous entrerons demain en chasse.
— J'en accepte l’augure, répondis-je à mon aimable compagnon ; car, je l'avoue, je commence à m'impatienter de ne pas avoir encore, depuis notre départ de Saint-Louis. üré un seul coup de fusil sur une grosse bête. »
Tout en causant de la sorte, nous arrivämes à l'endroit appelé par les Indiens Ehaü Bosiudatah, ou « rivière du roi élevé », devant un campement de Peaux-Rouges de la tribu des Sioux, dont les wigwams s'’élevaient le long du cours d'eau dans une situation pittoresque.
Ce camp offrait aux yeux d’un Européen un aspect vraiment étrange. Les tentes avec leur toit conique, faites de peaux de cerf tannées et ornées de dessins bizarres, formaiert un demi-cercle au milieu duquel, séparée des autres, s'élevait une tente plus vaste et plus embellie que celles qui l'entouraient.
M. Simonton, présenté au chef de la peuplade, lui montra la passe cabalistique qu'il s'était procurée à Washington, au bureau de la commission indienne, et Rahm-0-j-or {c'est ainsi que s'appelait le chef) donna des ordres pour que nous fussions traités en amis et en frères.
Fidèle aux traditions de ses pères et aux usages de sa nation, le chef remplit d’un tabac odoriférant sa pipe faite de pierre rouge, et, ayant solennellement aspiré quelques houffées, il la fit passer à M. Simonton, lui donnant à entendre
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que c'était pour lui un des plus grands serments possibles, et dont rien ne pouvait le dégager : celui de protéger ses nouveaux hôles, à qui, tour à tour, il fit l'honneur de donner aussi son calumet à fumer.
La tribu de Sioux au milieu de laquelle nous nous trouvions s'appelait Whapatootas, et comptait quatre cents guerriers et cinq cents personnes du sexe féminin. Leur langage était le narcotah, dialecte primitif qui, par la plupart des savants, est comparé au tartare-mantchoux.
A vrai dire, une légende que l’on m'a racontée à la veillée, pendant mon séjour au milieu des Peaux-Rouges, attribue l'origine de la race sioux à une horde de Tartares qui avait émigré par le détroit qui sépare l'Asie de l'Amérique.
Les hommes étaient en général fort et bien bâtis ; j'admirai leur visage régulier, leurs veux noirs comme un charbon. Chacun d’eux possédait un cheval de petite race, semblable à ceux que l’on a vus, il y a quelques années, au Champde-Mars, montés par des Arabes qui y représentaient les « fantasias » de leurs déserts.
Quant aux femmes, mignonnes et gentilles lorsqu'elles n'avaient pas dépassé quatorze ans, elles étaient laides et déformées même avant l’âge où en Europe nous considérons une jeune fille comme bonne à être mariée. Tous, hommes et femmes, étaient couverts d’une sorte de vêtement fait de peaux tannées et ornées de dessins tatoués par des procédés
particuliers, en couleur rouge, bleue et noire; blouse courte,, descendant à la naissance de la cuisse, pantalon à franges
cisaillées dans l’étoffe, mocassins aux pieds, coiffure composée d’une myriade de plumes de toutes sortes, au milieu desquelles pointait le fouet de l’aile d'un aigle. Les tentes sous lesquelles ces Indiens se dérobaient aux atteintes du soleil et à l'humidité de la pluie étaient, comme leurs vêlements, fabriquées à l'aide de peaux tannées, ornées de barbes de porc-épic, et soutenues par des perches de bois qui, quoique ténues et déliées, étaient cependant plantées de manière à résister au vent le plus impétueux.
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